Mon Français, Ferdinand ALLOGHO OKE, Vitriol bantu, Libreville, éditions Raponda-Walker, 2001
Je jargonne pas
Je cause français
Français moule fidèle de ma culture
Français certifié conforme
De ma vision du monde
Je jargonne pas
Je cause français
Francophonie symphonie
De la diversité expressionnelle
Des voix isocèlement complémentaires
Mon français n’est un baragouin
Susciteur du rire polyphasé
Le long des rues mortier-pilon
Mon français n’est pas un baragouin
Tiré du petit nègre du couscous maghrébin
Mon français n’est pas ce machin vulgaire
Des gargotes de mengorokome fumivores
Mon français est bien francophone
C’est un affluent influent ravitaillant
Le courant des torrents conduisant
Au confluent du respect d’autrui
Mon français tam-tame au rythme de ma voix iodée
Il xylophone à la cadence vespérale des chats-huants
Il cithare au son de mes vocables
Préparés à la sauce de mon environnement spécifique
Baobab-okoumé-potopoto
Ozigo-foufou-bangala
Je ne jargonne pas
Je cause français
Du vrai français
Me voici nostalgique, Le crépuscule des silences, Magang-Ma-Mbuju Wisi
Afrique
mère
me voici nostalgique
la nuit est mûre
aux obsèques du soleil
défunt
une moitié de mes souffrances
se fait ténèbres
je n’ai pas oublié l’age
des nuits capricieuses
les regards de mon regard
au miroir de tendres rêves
effondrés
l’hymne du tam-tam sur les ondes
profanes
devenu message orphelin
et crispé aux coudes de l’espoir
déraillé
hélas
des hommes ont tenté de couper
mon nombril
pour me séparer de toi
mère
et notre dialogue
depuis le premier matin
de ma vie
est toujours troublé par des parasites.
A l’ombre de l’Afrique, Le soleil élargit la misère, Okoumba-Nkoghe
A l’ombre de l’Afrique
l’on conduit des autos de luxe
l’on fume du tabac de Havane
quoique l’on n’ait pas de gîte
digne de ce nom
L’argent et son existence
exaltent la pensée
incitent à choisir le coup d’état
comme unité de lieu d’une méditation
A l’ombre de l’Afrique
l’on passe sa vie entière
à offrir son petit sou
aux griots de la cour
chantant sa gloire
Cherchant à établir les conditions
d’une riche vie
l’on explore les étapes essentielles
qui lient l’individu à Lucifer.
A l’ombre de l’Afrique
l’on se dispute le privilège
de gober les provisions
appartenant à la nation.
Et l’on se montre l’un à l’autre
les miettes du pillage avec orgueil
tirant vanité de la resquille commise.
Nostalgie, Vitriol bantu, Ferdinand Allogho-Oke
Je suis à ma deuxième nuit en ville
Mais je n’arrive pas à m’habituer à ces bruits vils
Les « pong-pong » des camions
La musique stridente des bars
Le tonnerre des avions fous
Le ronflement des moteurs
M’ont volé dix bonnes nuits de sommeil !
J’aime les nuits de mon village
Avec leur concert de l’unau lointain
J’adore les nuits de mon village
Avec leur premier, deuxième chant du coq
Je regrette les nuits de mon village
Avec leur quiétude de totem pensif
Il faut qu’elles me reviennent
Ces douces et tranquilles nuits du village
De mon petit village
« Petit-Paris » a pleuré, Patrimoine, Lucie Mba
Petit-Paris a pleuré
En cette nuit moirée
Martelée par les cris stridents
D’hommes et de femmes abasourdis.
Les oreilles de Zoa ont vibré ;
Dans une fortification en contrebas,
Des enfants lapés par les lames de feu,
Se consument au fond d’un puits de flammes,
Abîme brûlant, rougeâtre et jaunâtre,
Prisonniers d’une forteresse d’acier incandescente.
Par instinct de survie, au sein de leur âtre
Des bambins candides, de chair et d’os meurtris
Communiant dans leur passion, tentent
De conjurer le sort.
Fondant, calcinés, agglutinés
Autour de l’aîné, ils cherchent un port.
Les cinq petits êtres, la combustion
Aidant, se muent en lave de plomb
Suintante, bientôt séchée et moulue.
Pendant cette nuit lugubre
Petit-Paris a pleuré
Les yeux de Zoa ont vu :
Hommes et femmes jusqu’au sang, émus
Bras ballants, impuissants,
Assister à ce spectacle révoltant.
Des pompiers arrivés bien trop tard
- Manque de carburant ? Peur des farceurs ? -
Ayant pour équipement sinistre et meurtrier
Un matériel de fer et d’acier, puis
Trois petits cercueils noirs
Défoncent, arrachent, scient
Portes et fenêtres pour extirper
De cette fournaise l’amas de corps
Calcinés, carbonisés, lacérés de
ASAFA, ABOU, MOUSSA
DADA et AICHA !!! (…)
Nandipo, Pierre Claver Akendengue
En suivant droit devant le littoral
Tu parviens aux Iles
Tu arrives dans la lagune
Où j’ai bu ma première gorgée d’eau
Berceau de tant d’amour
Dans le cœur de l’homme la nostalgie ne finit pas
Nandipo
O Nandipo
Quand te reverrai-je ?
Là-bas d’où je viens l’argent est un inconnu
Mais dans notre lagune le machoiron pullule
A Nandipo la parenté n’est pas que dans l’argent
Et il y a de la joie
Et il y a de la joie
Ton ami c’est le mien
Nandipo
O Nandipo
Quand te reverrai-je ?
On dit que là-bas les femmes sont des fées
Beauté de légende, amour dans le cœur
Regarde Afia, regarde Kita
On dit que là-bas les femmes sont des fées
Beauté de légende, amour dans le cœur
Qu’il fait bon vivre à Nandipo
Nandipo
O Nandipo
Quand te reverrai-je ?
On dit que là-bas les opiseaux sont sans nombre
Perdrix, pigeons, perroquets, perroquets…
Quand ils parlent nous comprenons
« vous qui partez ; partez mais revenez »
Nandipo le pire c’est toujours la mort
Le meilleur sera mon retour
Nandipo
O Nandipo
Quand te reverrai-je ?