« Lorsque nous avons surmonté des épreuves apparemment insurmontables ; lorsqu’on nous a dit que nous n’étions pas prêts, ou
qu’il ne fallait pas essayer, ou que nous ne pouvions pas, des générations d’Américains ont répondu par un simple credo qui résume l’esprit d’un peuple.
« Oui, nous pouvons.
« Ce credo était inscrit dans les documents fondateurs qui déclaraient la destinée d’un pays.
« Oui, nous pouvons.
« Il a été murmuré par les esclaves et les abolitionnistes ouvrant une voie de lumière vers la liberté dans la plus ténébreuse
des nuits.
« Oui, nous pouvons.
« Il a été chanté par les immigrants qui quittaient de lointains rivages et par les pionniers qui progressaient vers l’ouest en
dépit d’une nature impitoyable.
« Oui, nous pouvons.
« Ce fut l’appel des ouvriers qui se syndiquaient ; des femmes qui luttaient pour le droit de vote ; d’un président qui
fit de la Lune notre nouvelle frontière ; et d’un King qui nous a conduits au sommet de la montagne et nous a montré le chemin de la Terre promise.
« Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette
nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde.
« Oui, nous pouvons. »
Par Barack Obama, Discours de campagne dans le New
Hampshire, 10 janvier 2008.
Questions (10 points)
1- Identifiez le type
de texte et justifiez votre réponse. (2,5 points)
2- Quel est le type de raisonnement
utilisé par l’auteur ? Démontrez-le. (2,5 points)
3- Comment l’auteur s’implique-t-il
dans ce texte ? Relevez et interprétez des indices textuels précis. (2,5 points)
4- Quel est le but de l’auteur ?
Justifiez votre réponse. (2,5 points)
Travail d’écriture (10 points)
Etayez la pensée de l’auteur : « Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui,
nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde ».
« SUPPLIQUE1 POUR LE GENRE URBAIN »
Pourquoi la ville est-elle devenue un symbole de la mal-vie, de l’inconfort, des nuisances et du mal-être ? Pourquoi y
trouve-t-on désormais, concentrés, les grands maux sociologiques de notre temps : violence, exclusion, pauvreté, pollution, marginalisation, insécurité, stress, désarroi,
solitude… ?
La première cause réside, sans doute, dans sa croissance hallucinante. Au début du XIXème siècle, à peine 3% de la population mondiale
était urbanisée ; dans moins de dix ans, plus de la moitié de l’humanité s’entassera dans des villes. Le genre humain sera alors en passe de devenir effectivement un genre urbain. Et le
phénomène concerne autant le Nord que le Sud où les villes, en quelques décennies, ont littéralement explosé. En 1950, 6 des 7 agglomérations de plus de 5 millions d’habitants se trouvaient dans
les pays industrialisés (l’exception : Shanghai) ; actuellement, sur les 37 villes de plus de 5 millions d’habitants, 25 se trouvent au Sud …[…]
Au Sud, les villes ont connu une croissance stupéfiante, presque délirante. Ce qui n’était que de petits villages, il y a moins d’un
siècle –Lagos, Casablanca- sont maintenant d’énormes agglomérations de 7 et 4 millions d’habitants respectivement. Brasilia, capitale artificielle, créée ex-nihilo en 1960, dépasse déjà les 3
millions d’habitants…Avant la fin de la décennie, cinq villes dépasseront les 15 millions d’habitants, quatre d’entre elles sont situés au Sud.
Des multitudes fuyant la misère endémique des campagnes, les abus féodaux et parfois les guerres continuent de venir s’agglutiner
autour de centres urbains fondés presque toujours par les puissances coloniales (souvent des ports) et où se concentrent les investissements étrangers. Des villes comme Lima, Manille ou Séoul
sont ainsi devenues des agglomérations proprement gigantesques. Les principales activités économiques y sont rassemblés au point parfois d’ »assécher » le reste du pays ; par
exemple Bangkok, où réside 10% de la population de la Thaïlande, fournit 80% du PIB ; et Dacca, où vit 4% de la population du Bangladesh, abrite 60% des industries de transformation.
La plupart des villes du Sud n’ont pas les moyens de planifier l’accueil et de prévoir des logements, des emplois, des services
sociaux, éducatifs et sanitaires pour ces masses de nouveaux immigrants. Lima, par exemple, voit sa population croitre annuellement d’environ 250 000 personnes et dispose d’à peine 60 F, par
an et par arrivant, pour s’équiper en conséquence…Aussi, près de 600 millions d’êtres humains – la moitié de la population des villes du Sud- vivent dans des conditions effroyables, dans des
bidonvilles, sans égouts, souvent sans eau, sans hygiène. Des capitales immenses comme Lagos, Kinshasa, dar-es-Salam n’ont pas de vrais réseaux de transports en commun, ni même de système
d’évacuation des ordures. Celles-ci s’entassent favorisant la reproduction de moustiques et de rats porteurs de maladies. Est-il étonnant que l’épidémie de choléra soit née dans les
« favelas » du Pérou ? Dans de nombreuses villes, le seul fait de respirer peut être dangereux pour la santé. En Amérique latine, 24 000 décès par an seraient dus à la
pollution atmosphérique dans les agglomérations.
C’est la pauvreté qui façonne ces mégapoles déglinguées ainsi que leur accroissement chaotique et incontrôlable. Sans avoir disparu
des campagnes, la pauvreté s’est déplacée dans les villes : 85% des pauvres au Venezuela, 75% au Brésil et 69% au Mexique vivent dans des centres urbains.
D’ici la fin de la décennie, certaines villes des tiers-mondes auront atteint des proportions colossales : Mexico aura 31
millions d’habitants ; Sao-Paulo, 26 millions ; Rio-de-Janeiro, Bombay, Calcutta, Djakarta, 16 millions…Vingt des vingt-cinq plus grands centres urbains seront situés dans les pays les
plus pauvres de la planète…La pauvreté urbaine constituera l’un des problèmes les plus explosifs du siècle prochain. N’est-il pas temps, au Sud comme au Nord, de commencer à se pencher sur le
tragique devenir du genre urbain ?
Les villes sont fatalement devenues des lieux propices au crime, à l’abus de la drogue, à la violence et à la dégradation morale. Les
enfants sont les principales victimes de cette misère urbaine. Près de 100 millions d’enfants vivent pratiquement à l’abandon dans les rues des grandes villes des tiers-mondes. Durant les quatre
premiers mois de 1991, par exemple, quelques 600 enfants de moins de douze ans de Cuzco (Pérou) ont été abandonnés ou vendus par leur propre famille. Les autorités ne viendront-elles à reprendre
la féroce suggestion formulée, en 1729, par l’écrivain irlandais Jonathan Swift dans sa Modeste proposition pour éviter que les enfants des pauvres ne constituent une charge pour leurs parents et
pour la nation, qui recommandait aux pauvres de bien gaver leurs enfants avant de les manger… ?
In Le Monde diplomatique, « Manière de voir », n°13, octobre 1991.
1. Supplique : requête écrite pour demander une grâce, une faveur.
I- QUESTIONS (10 Points)
1. Relevez quatre indices différents de la présence du locuteur dans le texte. (4
points)
2. Dégagez la stratégie argumentative dans les 3 derniers paragraphes. (4
points)
3. En quoi ce texte est-il une « supplique pour le genre
urbain » ? (2 points)
II- TRAVAIL D’ECRITURE (10 Points)
« N’est-il pas temps, au Sud comme au Nord, de commencer à se pencher sur le tragique devenir du genre
urbain ? »
Expliquez puis discutez cette pensée d’Ignacio Ramonet.
Proclamer le droit à l’eau potable ne suffit pas
Qui pourrait contester que le droit à l’eau est un droit humain essentiel ? Comme beaucoup d’acteurs internationaux, nous sommes favorables à une reconnaissance
internationale de ce droit. Encore faut-il que celui-ci soit associé au droit à l’assainissement, fondamental pour la santé publique.
Parce que ce droit est fondamental, il doit devenir effectif pour le milliard d’hommes aujourd’hui privés d’eau potable et les 2,5 milliards dépourvus d’assainissement. Or qui dit instauration
d’un droit dit instauration d’une créance avec un débiteur en charge de l’honorer. […]
Dès lors, la question
n’est pas seulement d’instaurer ce droit à l’eau, mais d’en identifier le débiteur. Ce ne peut être que les autorités publiques, et, plus précisément, les autorités locales, puisque, dans la
plupart des pays, ce sont elles qui assurent l’alimentation en eau. C’est une redoutable responsabilité que d’être débiteur du droit à l’eau pour tous. […]
Déjà, pour traduire ce droit sur le terrain sans attendre qu’il soit érigé par la communauté
internationale, des autorités publiques ont bâti des systèmes pragmatiques. Au Gabon, par exemple, trois types de solidarité
se conjuguent pour faire du droit à l’eau une réalité : une solidarité entre abonnés qui allège le prix des consommations de base ; une solidarité géographique entre centres isolés et grandes
villes, celles-ci finançant ceux-là ; une solidarité interactivité, les ressources du service de l’électricité finançant les investissements du service de l’eau.
Moins de dix années nous séparent de
l’échéance fixée pour atteindre les Objectifs du millénaire : diminuer de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau et à
l’assainissement. Grâce aux progrès rapides réalisés
par le géant chinois, on pourrait espérer qu’au moins pour l’eau potable l’objectif global soit tenu. Mais dans d’autres régions du monde, il semble bien qu’on soit loin du
compte, et l’on ne dispose toujours pas d’un véritable outil d’évaluation. A la confiance des Nations unies, répond le doute des gens de terrain. Hormis pour l’Asie en forte croissance,
l’augmentation des taux de desserte tarde. Sans un changement de braquet, en particulier dans le domaine de l’assainissement, la communauté internationale ne tiendra pas ses engagements,
notamment en Afrique.
Ce diagnostic pessimiste est souvent justifié par l’immobilisme qui prédomine dans bien des pays ou par l’échec d’un certain nombre de projets lancés dans les années 1990. Des erreurs ont pu être commises, reconnaissons-le. On sait
moins, parce qu’on en parle moins, que d’autres projets, au moins aussi nombreux, sont en passe de réussir. Par exemple, au
Maroc, depuis 2001, 4 millions de personnes ont été raccordées au réseau d’alimentation en eau potable, soit près de 15 % de la population. Ce qui n’est pas rien.
Au Gabon, en huit ans depuis le passage en gestion déléguée, la population raccordée à des systèmes modernes d’alimentation
en eau est passée de 40 % à près de 70 %. De tels rythmes laissent présager que, dans ces pays, les
Objectifs du millénaire pour l’eau seront dépassés. Ces réussites autorisent à regarder l’avenir avec un optimisme raisonné. Elles prouvent qu’il n’y a pas de fatalité devant les pénuries de services essentiels.
On connaît les pistes prometteuses pour mettre en œuvre concrètement le droit à l’eau : définir
des politiques nationales, confier aux autorités locales la responsabilité et le financement de ce service de proximité, associer les populations concernées, pratiquer des tarifs socialement
acceptables, créer les conditions de la confiance pour financer les investissements, choisir un opérateur efficace, transférer les savoir-faire, combattre la corruption.
Afin de tirer tous les enseignements des différentes expériences et surtout afin de les faire
partager à l’ensemble des acteurs, il nous semble que le temps est venu de proposer la création d’un organisme international indépendant chargé de repérer, sur la base d’indicateurs de réussite
objectifs, les démarches et les systèmes de gouvernance qui favorisent l’accès du plus grand nombre à l’eau.
Ce "Conseil des bonnes pratiques pour le droit à l’eau" serait un lieu de rencontre et de
partage d’expériences, ouvert à tous ceux qui veulent sincèrement dialoguer pour progresser. Là, les collectivités locales et les parlementaires avec leur sens de la mission publique, les ONG
avec leurs savoir-faire sociaux, les entreprises avec leur expertise et leur souci d’efficacité détermineraient, sans complaisance mais sans malveillance, quelles sont les meilleures solutions
pour combler rapidement les retards.
Dans notre histoire, l’eau a davantage été un sujet de coopération que d’opposition. C’est un
des enjeux du Forum de Mexico que de dépasser des conflits souvent artificiels pour promouvoir une logique de partage et d’efficacité ; pour faire de la modernisation des services d’eau une
priorité des villes et Etats du Sud, ce qui est trop rarement le cas aujourd’hui.
Le droit à l’eau mérite mieux que les affrontements stériles qui détournent les énergies de
l’action. Le monde de l’eau qui se réunit à Mexico entendra-t-il l’appel que lançait Gabriel Garcia Marquez : "N’attendez rien du XXIe siècle, c’est le XXIe siècle qui
attend tout de nous" ?
Le Monde du 17 mars 2006
Antoine Frérot est
directeur général de Veolia- eau, l’un des grands opérateurs français du secteur.
I- Questions (10
points)
-
Etudiez les indices d’énonciation dans les paragraphes 5 et 6. (4 points)
-
Précisez la progression argumentative du 6ème au 9ème
paragraphe. (4 points)
-
Reformulez en une phrase la thèse de l’auteur. (2 points)
II- Travail d’écriture : (10 points)
« N’attendez rien du XXIème siècle, c’est le XXIème siècle qui attend tout de nous. », lance l’écrivain colombien Gabriel
Garcia Marquez, prix Nobel de littérature.
Partagez-vous ce point de vue ?
Education contre
exclusion, Jean-Pierre Velis, Revues Sources (Unesco) n°116, octobre 1999
La pauvreté s’étend. Elle est devenue l’un des défis majeurs de la fin du millénaire. Elle
n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un accroissement spectaculaire de disparités et d’inégalités. Tandis qu’une minorité de nantis vit dans
le confort moral, intellectuel
et matériel du «village planétaire», une écrasante majorité de pauvres peine à
seulement
survivre: l’écart de revenu entre le cinquième des êtres humains les plus riches
et
le cinquième des plus pauvres atteignait 74 à 1 en 1997, contre 30 à 1 en 1960
(Rapport
mondial sur le développement humain, PNUD,
1999). La mondialisation ne fait que
renforcer cette tendance. L’écart va s’élargissant: l’accès à l’éducation, à la
culture,
aux services sociaux et de santé, à l’emploi et au logement n’est pas le même selon
l’origine
géographique ou ethnique, l’âge, le sexe ou l’apparence physique.
Ces différences renvoient dos à dos des pans entiers de société et rejettent les plus
défavorisés dans la marginalisation. Ce phénomène est particulièrement grave dans nombre de pays en développement et, en leur sein, parmi la population jeune.
Que l’on ne s’y trompe pas: l’exclusion n’est pas nécessairement le lot d’une minorité. En
matière d’éducation, dans de nombreux pays en développement, le nombre
des analphabètes dépasse très largement la moitié de la population et, parmi ces
derniers,
les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes. Dans beaucoup de ces pays,
notamment en Afrique subsaharienne, les taux de scolarisation dans l’enseignement
primaire demeurent excessivement faibles, atteignant parfois à peine 30 % à 40 % de la
classe d’âge concernée. Les 60 % ou 70 % restants qui ne peuvent accéder à l’école ne sont pas des marginaux mais ils sont pourtant bel et bien des exclus de l’éducation. Et cette exclusion
précoce risque de torpiller toute leur vie future car, en toute logique, celui ou celle qui n’a pas eu la chance d’accéder à la première marche de la formation initiale parviendra rarement
aux étages supérieurs. L’éducation est un processus cumulatif: plus longtemps on a été scolarisé, plus on cherchera à parfaire ses connaissances tout au long de sa vie adulte.
L’exclusion est également un processus cumulatif. Partout dans le monde. Les illettrés
des pays développés – qui ont bénéficié de l’instruction obligatoire et ne sont pas
totalement analphabètes, mais ne maîtrisent pas suffisamment les bases requises pour
pouvoir se débrouiller dans la vie de tous les jours – pâtissent d’exclusions sociales et économiques. Ils illustrent amèrement une
définition du Conseil de l’Europe selon laquelle
les exclus sont «des groupes entiers de personnes [qui] se trouvent partiellement ou
totalement en dehors du champ d’application effectif des droits de l’homme».
Lorsque les économies nationales sont à bout de souffle, là où les systèmes formels
d’éducation ont atteint leurs limites, et pour ceux qui n’ont pu y accéder, les alternatives
proposées doivent être crédibles, réalistes et de qualité. Il faut innover. C’est ce à quoi
s’emploie l’UNESCO. Comme on le verra dans les exemples présentés ci-après, il ne s’agit pas de créer de nouvelles structures
éducatives lourdes mais de collaborer avec les gouvernements, les partenaires de terrain et les organisations non gouvernementales pour permettre aux exclus de développer puis de renforcer leurs
propres capacités.
Ce que l’éducation conventionnelle ne peut souvent plus accomplir, l’éducation non
formelle de base ambitionne de le réaliser à un moindre coût et en moins de temps. Elle
met en œuvre des dispositifs pratiques et fonctionnels qui intègrent l’alphabétisation et
l’acquisition de connaissances de base selon des méthodes d’apprentissage adaptées à des
contextes diversifiés, le plus souvent sans référence au système scolaire traditionnel.
Pour atteindre son but, cette éducation non formelle de base doit s’ancrer dans la réalité la plus quotidienne et déboucher sur des
résultats immédiatement tangibles pour les
apprenants. Au risque, sinon, de susciter de nouveaux rejets et des désillusions définitives.
En un mot, l’éducation contre l’exclusion consiste à donner aux gens les moyens de s’en sortir par eux-mêmes.
I- Questions (10
points)
-
Quel est le mode de raisonnement utilisé par l’auteur du premier au deuxième paragraphe ? (2 points)
-
Dans le troisième paragraphe, étudiez le degré d’implication du locuteur. (3 points)
-
Quelle progression logique constatez-vous entre le premier et les deux derniers paragraphes ? (3 points)
-
Repérez puis reformulez la thèse soutenue par l’auteur. (2 points)
II- Travail d’écriture : (10 points)
Jean-Pierre Velis affirme dans ce texte : « celui ou celle qui n’a pas eu la chance d’accéder à
la première marche de la formation initiale parviendra rarement aux étages supérieurs. L’éducation est un processus cumulatif… » Discutez ces propos.
Des signes d’un bon gouvernement,
chapitre IX, Du Contrat social, Rousseau
Quand donc on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on
fait une question insoluble comme indéterminée; ou si l'on veut, elle a autant de bonnes solutions qu'il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
Mais si l'on demandait à quel signe on peut connaître qu'un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers, l'un
préfère la sûreté des possessions, et l'autre celle des personnes; l'un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l'autre soutient que c'est le plus doux; celui-ci veut qu'on punisse
les crimes, et celui-là qu'on les prévienne; l'un trouve beau qu'on soit craint des voisins, l'autre aime mieux qu'on en soit ignoré, l'un est content quand l'argent circule, l'autre exige que le
peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d'autres semblables, en serait-on plus avancé? Les quantités morales manquant de mesure précise, fût-on d'accord sur le signe,
comment l'être sur l'estimation?
Pour moi, je m'étonne toujours qu'on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu'on ait la mauvaise foi de n'en pas convenir. Quelle est la fin de l'association politique? C'est
la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu'ils se conservent et prospèrent? C'est leur nombre et leur population. N'allez donc pas chercher ailleurs ce
signe si disputé. Toutes choses d'ailleurs égales, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisations, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage est
infailliblement le meilleur: celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs, c'est maintenant votre affaire; comptez, mesurez, comparez.
I- Questions (10
points)
-
Relevez dans le texte un champ lexical dominant et interprétez-le. (2 points)
-
Relevez dans le texte les indices qui permettent de connaître la position de l’auteur sur le thème traité dans le texte. (2
points)
-
Reformulez en une phrase la thèse de l’auteur (2 points)
-
Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (2 points)
-
Quelle est la tonalité du texte ? Justifiez votre réponse. (2 points)
II- Travail d’écriture : (10 points)
A quels signes on peut connaître qu'un peuple donné est bien ou mal gouverné ?
Répondez à la question illustrant votre argumentation d’exemples précis.
Décès de la pionnière de la défense des droits des noirs américains
DETROIT (AFP, 25/10/05) - Rosa Parks, la noire américaine qui, en 1955, avait refusé de
céder sa place à un blanc dans un autobus et avait ainsi déclenché un mouvement qui devait mettre fin à la ségrégation, est morte à l'âge de 92 ans, ont rapporté lundi les médias
locaux.
La pionnière dans la défense des droits des noirs américains est décédée chez elle à Detroit
(Michigan, nord), selon The Detroit News.
Elle avait à l'époque refusé de céder sa place à un blanc, comme c'était alors la règle dans tout le sud
des Etats-Unis, où était imposée une ségrégation raciale très stricte.
Ce refus avait entraîné son arrestation et avait eu pour conséquence le boycott par la
communauté noire des autobus de Montgomery (Alabama, sud) pendant un an, début du mouvement pour les droits civiques des noirs.
Un jeune pasteur, Martin Luther King, prit la tête du boycott et du mouvement non-violent
contre la ségrégation et la discrimination raciale qui devait déboucher sur un changement de la législation au niveau local, de l'Etat et enfin au plan fédéral, en faveur des
noirs.
"Certains disent que je ne me suis pas levée tout simplement parce que j'étais fatiguée",
avait rappelé Mme Parks dans une interview il y a quelques années. "Ce n'est pas vrai. Je n'étais pas fatiguée physiquement, ou du moins pas plus qu'après n'importe quel autre jour de travail.
Mais j'étais fatiguée de céder."
En refusant de se lever pour céder sa place à un blanc, Mme Parks "s'est en fait levée pour
lutter pour tous les Américains", a déclaré à CNN le représentant John Lewis, lui-même participant du mouvement pour les droits civiques qui a suivi.
"Pendant 381 jours, les gens ont marché des kilomètres chaque jour plutôt que de prendre les
autobus où régnait la ségrégation. Ils ont organisé un service de voitures pour ceux qui devaient aller vraiment trop loin. Le geste de Rosa Parks a inspiré un mouvement de résistance massive
contre la ségrégation et la discrimination raciale", a-t-il rappelé.
Les pasteurs dans les différentes églises de la ville, à commencer par Martin Luther King,
encourageaient leurs ouailles chaque dimanche à poursuivre le mouvement, malgré la fatigue. Tandis que les rares noirs propriétaires de voitures ou chauffeurs de taxis mettaient en place un
système de transport parallèle, rejoints par quelques blancs, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils avaient besoin que leurs employés noirs viennent
travailler.
Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'a eu le mouvement, des fonds ont
commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle.
Finalement, après plus d'un an, la Cour suprême a déclaré illégale la ségrégation dans les
autobus. Et le mouvement des droits civiques qui avait ainsi été lancé finit en quelques années par venir à bout de tout le système de ségrégation raciale qui régnait dans le
sud.
Si le mouvement était non-violent, la réaction des blancs et celle des autorités, elles, ne
l'ont pas été, et de nombreux noirs en ont été victimes.
Mme Parks a payé cher son geste de révolte. Après son arrestation, elle et son mari ont tous
deux été licenciés - officiellement pour raisons économiques. Et elle a dû finir par quitter la ville pour aller s'installer dans le nord après avoir reçu d'innombrables menaces de
mort.
I - Questions (10
points)
-
Identifiez le type de texte. Justifiez votre réponse. (4
pt)
-
Quel est le thème du texte ? Justifiez votre réponse. (2 pt)
-
Quelle est la thèse ? De qui est-elle ? (2
pt)
-
Quelle est l’antithèse ? De qui est-elle ? (2
pt)
II- Travail d’écriture (10
points)
Ici et aujourd’hui, quelle cause seriez-vous prêt à défendre et de quelle
manière originale ?
Traité sur la Tolérance, à
l’occasion de la mort de Jean Calas, 1763, Voltaire
Le droit naturel est celui
que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de
la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue.
Le droit humain ne peut
être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature; et le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, est, dans toute la terre: "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu'on te
fît." Or on ne voit pas comment, suivant ce principe, un homme pourrait dire à un autre: "Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras." C'est ce qu'on dit en Portugal, en
Espagne, à Goa. On se contente à présent, dans quelques autres pays, de dire: "Crois, ou je t'abhorre; crois, ou je te ferai tout le mal que je pourrai; monstre, tu n'as pas ma religion, tu n'as
donc point de religion: il faut que tu sois en horreur à tes voisins, à ta ville, à ta province."
S'il était de droit humain
de se conduire ainsi, il faudrait donc que le Japonais détestât le Chinois, qui aurait en exécration le Siamois; celui-ci poursuivrait les Gangarides, qui tomberaient sur les habitants de
l'Indus; un Mogol arracherait le coeur au premier Malabare qu'il trouverait; le Malabare pourrait égorger le Persan, qui pourrait massacrer le Turc: et tous ensemble se jetteraient sur les
chrétiens, qui se sont si longtemps dévorés les uns les autres.
Le droit de l'intolérance
est donc absurde et barbare: c'est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des
paragraphes.
I- Questions (10 points)
-
Quelle est la thèse de Voltaire ? (2 points)
-
Analysez les exemples du premier paragraphe. Servent-ils uniquement à illustrer la première phrase ? Justifiez votre réponse.
(2 points)
-
Relevez quelques indices de la présence de l’auteur dans ce texte. (3 points)
-
Que signifie « c’est le droit des tigres » ? Analysez cette expression (nommez cette figure de style). Quelles sont
les connotations du mot « tigres » dans cet exemple ? (3 points)
II- Travail d’écriture (10 points)
Montrez que l’intolérance est encore de nos jours un thème préoccupant dans plusieurs domaines.
L’Ecole des femmes, acte IV,
scène 8, vers 1228-1275, Molière
CHRYSALDE
C'est un étrange fait, qu'avec tant de lumières,
Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières,
Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur,
Et ne conceviez point au monde d'autre honneur.
Être avare, brutal, fourbe, méchant et lâche,
N'est rien, à votre avis, auprès de cette tache;
Et, de quelque façon qu'on puisse avoir vécu,
On est homme d'honneur quand on n'est point cocu.
À le bien prendre au fond, pourquoi voulez-vous croire
Que de ce cas fortuit dépende notre gloire,
Et qu'une âme bien née ait à se reprocher
L'injustice d'un mal qu'on ne peut empêcher?
Pourquoi voulez-vous, dis-je, en prenant une femme,
Qu'on soit digne, à son choix, de louange ou de blâme,
Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi
De l'affront que nous fait son manquement de foi?
Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage
Se faire en galant homme une plus douce image,
Que des coups du hasard aucun n'étant garant,
Cet accident de soi doit être indifférent,
Et qu'enfin tout le mal, quoi que le monde glose,
N'est que dans la façon de recevoir la chose;
Et, pour se bien conduire en ces difficultés,
Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités,
N'imiter pas ces gens un peu trop débonnaires
Qui tirent vanité de ces sortes d'affaires,
De leurs femmes toujours vont citant les galants,
En font partout l'éloge, et prônent leurs talents,
Témoignent avec eux d'étroites sympathies,
Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties,
Et font qu'avec raison les gens sont étonnés
De voir leur hardiesse à montrer là leur nez.
Ce procédé, sans doute, est tout à fait blâmable;
Mais l'autre extrémité n'est pas moins condamnable.
Si je n'approuve pas ces amis des galants,
Je ne suis pas aussi pour ces gens turbulents
Dont l'imprudent chagrin, qui tempête et qui gronde,
Attire au bruit qu'il fait les yeux de tout le monde,
Et qui, par cet éclat, semblent ne pas vouloir
Qu'aucun puisse ignorer ce qu'ils peuvent avoir.
Entre ces deux partis il en est un honnête,
Où dans l'occasion l'homme prudent s'arrête;
Et quand on le sait prendre, on n'a point à rougir
Du pis dont une femme avec nous puisse agir.
Quoi qu'on en puisse dire enfin, le cocuage
Sous des traits moins affreux aisément s'envisage;
Et, comme je vous dis, toute l'habileté
Ne va qu'à le savoir tourner du bon côté.
I- Questions (10
points)
-
En étudiant le recours à la deuxième personne, vous montrerez comment et direz pourquoi Chrysalde interpelle avec insistance le
destinataire du message.(3 points)
-
Montrez à travers un relevé lexical comment le locuteur tend à miniser le déshonneur du « cocuage » (vers 9 à 13). (2
points)
-
Par quel procédé stylistique ces reproches sont mis en valeur ? (2 points)
-
en étudiant les articulations logiques sur l’ensemble du texte, vous exposeriez la stratégie argumentative mise en place par
Chrysalde pour convaincre son interlocuteur. (3 points)
II- Travail d’écriture : (10 points)
Vous exposerez la thèse opposée à celle que défend Chrysalde avec des arguments rigoureusement construits et des exemples
précis.
La presse écrite
La presse écrite est en crise. Elle connaît, en France et
ailleurs, une baisse notable de sa diffusion et souffre gravement d'une perte d'identité et de personnalité. Pour quelles raisons, et comment en est-on arrivé là? Indépendamment de l'influence
certaine du contexte économique et de la récession, il faut chercher, nous semble-t-il, les causes profondes de cette crise dans la mutation qu'ont connue, au cours de ces dernières années,
quelques-uns des concepts de base du journalisme. En premier lieu, l'idée même d'information. Jusqu'à il y a peu, informer, c'était, en quelque sorte, fournir non seulement la description précise
- et vérifiée - d'un fait, d'un événement, mais également un ensemble de paramètres contextuels permettant au lecteur de comprendre sa signification profonde. C'était répondre à des questions de
base: qui a fait quoi? Avec quels moyens? Où ? Comment? Pourquoi? Et quelles en sont les conséquences?
Cela a totalement changé sous l'influence de la télévision, qui
occupe désormais, dans la hiérarchie des médias, une place dominante et répand son modèle. Le journal télévisé, grâce notamment à son idéologie du direct et du temps réel, a imposé peu à peu une
conception radicalement différente de l'information. Informer, c'est, désormais, «montrer l'histoire en marche» ou, en d'autres termes, faire assister (si possible en direct) à l'événement. Il
s'agit, en matière d'information, d'une révolution copernicienne dont on n'a pas fini de mesurer les conséquences. Car cela suppose que l'image de l'événement (ou sa description) suffit à lui
donner toute sa signification, n'est plus de comprendre la portée d'un évènement, mais tout simplement de le regarder se produire sous ses yeux. Cette coïncidence est considérée comme
jubilatoire. Ainsi s'établit, petit à petit, la trompeuse illusion que voir c'est comprendre. Et que tout événement, aussi abstrait soit-il, doit impérativement présenter une partie visible,
montrable, télévisable. C'est pourquoi on observe une emblématisation réductrice de plus en plus fréquente d'évènements à caractère complexe. Par exemple, toute la portée des accords Israël-OLP
sera ramenée à la simple poignée de main de Rabin-Arafat... Par ailleurs, une telle conception de l'information conduit à une affligeante fascination pour les images, «tournées en direct »,
d'évènements réalistes, même s'il ne s'agit que de faits divers violents et sanglants. Un autre concept a changé: celui d'actualité. Qu'est-ce que l'actualité désormais? Quel événement faut-il
privilégier dans le foisonnement de faits qui surviennent à travers le monde? En fonction de quels critères choisir? Là encore, l'influence de la télévision apparaît déterminante. C'est elle,
avec l'impact de ses images, qui impose son choix et contraint nolens volens la presse écrite à suivre. La télévision construit l'actualité, provoque le choc émotionnel et condamne pratiquement
les faits orphelins d'images au silence, à l'indifférence. Peu à peu s'établit dans les esprits l'idée que l'importance des évènements est proportionnelle à leur richesse en images. Ou, pour le
dire autrement, qu'un événement que l'on peut montrer (si possible en direct et en temps réel) est plus fort, plus intéressant, plus éminent que celui qui demeure invisible et dont l'importance
est abstraite. Dans le nouvel ordre des médias, les paroles ou les textes ne valent pas des images. Le temps de l'information a également changé. La scansion optimale des médias est maintenant
l'instantanéité (le temps réel), le direct, que seules télévision et radio peuvent pratiquer. Cela vieillit la presse quotidienne, forcément en retard sur ('événement et, à la fois, trop près de
lui pour parvenir à tirer, avec suffisamment de recul, tous les enseignements de ce qui vient de se produire.
La presse écrite accepte de s'adresser, non plus à des citoyens,
mais à des téléspectateurs. Un quatrième concept s'est modifié. Celui, fondamental, de la véracité de l'information. Désormais, un fait est vrai non pas parce qu'il correspond à des critères
objectifs, rigoureux et vérifiés à la source, mais tout simplement parce que d'autres médias répètent les mêmes affirmations et « confirment »... Si la télévision (à partir d'une dépêche ou d'une
image d'agence) présente une nouvelle et que la presse écrite, puis la radio reprennent cette nouvelle, cela suffit pour l'accréditer comme vraie. C'est ainsi, on s'en souvient, que furent
construits le mensonge du «charnier de Timisoara» et tous ceux de la Guerre du Golfe. Les médias ne savent plus distinguer, structurellement, le vrai du faux. Dans ce bouleversement médiatique,
il est de plus en plus vain de vouloir analyser la presse écrite isolée des autres moyens d'information. Les médis (et les journalistes) se répètent, s'imitent, se copient, se répondent et
s'emmêlent au point de ne plus constituer qu'un seul système informationnel au sein duquel il est de plus en plus ardu de distinguer les spécificités de tel média pris isolément. A tous ces
chamboulements s'ajoute un malentendu fondamental. Beaucoup de citoyens estiment que, confortablement installés dans le canapé de leur salon et en regardant sur le petit écran une sensationnelle
cascade d'évènements à base d'images fortes, violentes et spectaculaires, ils peuvent s'informer sérieusement. C'est une erreur majeure. Pour trois raisons: d'abord parce que le journal télévisé,
structuré comme une fiction, n'est pas fait pour informer, mais pour distraire; ensuite, parce que la rapide succession de nouvelles brèves et fragmentées (une vingtaine par journal télévisé)
produit un double effet négatif de surinformation et de désinformation; et enfin, parce que vouloir s'informer sans effort est une illusion qui relève du mythe publicitaire plutôt que de la
mobilisation civique. S'informer fatigue, et c'est à ce prix que le citoyen acquiert le droit de
participer intelligemment à la vie démocratique.
Ignacio RAMONET, Le Monde diplomatique,
1993.
I- Questions (10 points)
-
Relevez dans le texte un champ lexical dominant et interprétez-le. (2 points)
-
Relevez et interprétez le système d’énonciation. . (3 points)
-
Par un travail de repérage précis, indiquez le passage où l’auteur énonce sa thèse. Reformulez-la. (2 points)
-
Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (3 points)
II- Travail d’écriture (10 points)
« S'informer fatigue, et c'est à ce prix que le citoyen acquiert le droit de participer intelligemment à la vie
démocratique.» Vous commenterez et discuterez cette opinion.
Le vedettariat
Les magazines, le cinéma, la radio et surtout la télévision, relayant
et multipliant les rumeurs et les images des stades, des music-halls, sont en train de devenir les grands ordonnateurs de la réussite. Les triomphateurs de la compétition, ce ne sont plus ceux
qui ont d'abord le rang, l'ascendant culturel, la puissance ou l'argent et qui en tirent prestige, mais, de plus en plus, ceux qui ont le statut de vedettes. De cette promotion découlent
tous les succès, y compris celui de la fortune.
Champions du sport, chanteurs en vogue, acteurs à la mode, ils
deviennent les véritables modèles à qui vont toutes les faveurs. Sans doute les écrans petits et grands, les journaux illustrés font-ils quelque place aux grands noms de la politique, des arts,
de la littérature ou même de la science. Mais, dans le cas des vedettes, l'ordre des confirmations est inversé. C'est parce qu'on a pu parvenir sur le devant de la scène qu'on obtient une sorte
de passeport pour les voies où se récoltent tous les autres avantages que la société peut accorder aux statuts prééminents.
Le statut de vedette comporte d'autres caractéristiques qui le
rendent incomparable aux autres. D'abord, il ne requiert aucun titre préalable et semble arriver comme par magie. Le spectateur peut s'identifier à la vedette, car aucune barrière d'origine ou de
formation ne le sépare de son idole. Sans doute faut-il souvent beaucoup de talent et de travail pour réussir dans le « show-business ». Mais cela n'apparaît pas sur l'écran, et tout adolescent
peut imaginer que, si la chance lui sourit, la même ascension foudroyante lui est promise. À quoi bon de longues études ? L'argent, la gloire sont à portée de la main.
Le vedettariat est d'ailleurs polyvalent. Il confère la possibilité
de briller partout. Le chanteur en renom devient acteur de cinéma, et vice versa. Tout individu touché par cette grâce sera appelé à exprimer ses opinions sur les ondes, à parler de politique si
cela lui fait plaisir, à devenir conseiller patenté en tous genres.
Enfin, le trait le plus remarquable de cette nouvelle aristocratie,
c'est qu'elle ne suscite pas l'hostilité qui s'attache généralement à la fortune. Elle est en marge ou audessus de la lutte des classes, absoute de tout péché à tel point qu'il est parfois de
bon ton que le chanteur milliardaire se fasse le porte-drapeau du prolétariat et de la révolte contre la société dont il est le premier privilégié. Au lieu d'être une tare, la richesse est ici
facteur de popularité. Les chroniqueurs font état des villas somptueuses, des voitures de prix, des cachets fabuleux pour stimuler la dévotion des admirateurs.
Est-ce à dire que les anciennes classes dominantes sont en train de
disparaître ? Elles ont seulement quitté le devant de la scène, ou n'y paraissent que secondairement. En fait, les détenteurs du pouvoir économique restent plus souvent dans l'ombre. Cela n'est
pas sans conséquences, car leur statut cesse d'être prestigieux pour devenir purement financier. La haute bourgeoisie n'est plus dès lors un modèle qui s'offre aux regards. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles ses enfants en contestent la fonction sociale.
Ainsi, la stratification n'est peut-être pas profondément modifiée
dans sa réalité, mais elle l'est dans le spectacle qu'elle donne. Elle ne paraît plus correspondre aux finalités et aux valeurs qui pourraient la justifier, la rendre
rationnelle.
D'autre part, quand la réussite semble être consacrée ou même
conférée par l'accès aux magazines et aux écrans, l'interprète éclipse le créateur. Bien mieux : on parle d'une chanson « créée » par Hallyday et d'un film «de» Belmondo. Celui qui compte, c'est
celui qu'on voit. Ainsi, les valeurs esthétiques comme les valeurs sociales sont conditionnées par les communications de masse.
Cette évolution est-elle fatale, irréversible ? Elle l'est sans doute
davantage dans la mesure où elle n'est pas décelée, repérée. Elle peut être freinée par une éducation du public, par un travail démystificateur et aussi peut-être par le reclassement des
valeurs que produit souvent la satiété ou la retombée des modes.
Jean CAZENEUVE (né en 1915), La Vie dans la société moderne (© Gallimard, 1982).
I- Questions (10 points)
-
Quel est le thème traité dans le texte ? Justifiez votre réponse (2 points)
-
Quelle est la thèse de l’auteur (2 points)
-
Quel type de raisonnement l’auteur utilise ? Justifiez votre réponse. ( 2 points)
-
Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (4 points)
II- Travail d’écriture (10 points)
Jean Cazeneuve évoque le vedettariat. Quelle différence faites-vous entre un héros et une vedette ? Illustrez votre
argumentation avec des exemples précis empruntés aux médias mais aussi à la littérature, au théâtre ou au cinéma.
Discours prononcé par Léopold II, roi des Belges, en 1883, devant les
missionnaires se rendant en Afrique :
Révérends Pères et Chers compatriotes ,
La tâche qui vous est confiée est très délicate à remplir et demande du tact. Prêtres, vous allez certes pour l’évangélisation, mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts
de la Belgique.
Le but principal de votre mission au Congo n’est donc point d’apprendre aux Nègres à connaître Dieu, car ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à UN MUNDI, UN MUNGU, UN DIAKOMBA et
que sais-je encore ; ils savent que tuer, voler, coucher avec la femme d’autrui, calomnier et injurier est mauvais. Ayons donc le courage de l’avouer. Vous n’irez donc pas leur apprendre ce
qu’ils savent déjà.
Votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Evangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans
cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autre à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sol et sous-sol, pour éviter qu’ils s’y intéressent, qu’ils ne
nous fassent pas une concurrence meurtrière et rêvent un jour de nous déloger.
Votre connaissance de l’Evangile vous permettra de trouver facilement des textes
recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple « HEUREUX LES PAUVRES CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX. IL EST DIFFICILE AU RICHE D’ENTRER AU CIEL ». Vous ferez tout pour que les
Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (…) Vous devez les détacher et les faire mépriser tout ce qui leur procurerait le courage de nous affronter. Je fais allusion ici
principalement à leurs fétiches de guerre. Qu’ils ne prétendent point ne pas les abandonner et vous, vous mettrez tout en œuvre pour les faire disparaître.
Votre action doit se porter essentiellement sur les jeunes afin qu’ils ne se révoltent pas.
Si le commandement du Père est conducteur de celui des Parents, l’enfant devra apprendre à obéir à ce que lui recommande le Missionnaire qui est le père de son âme. Insistez particulièrement sur
la soumission et l’obéissance. Evitez de développer l’esprit critique dans vos écoles. Apprenez aux élèves à croire et non à raisonner.
Ce sont-là, Chers Compatriotes, quelques-uns des principes que vous appliquerez. Vous en
trouverez beaucoup d’autres dans les livres qui vous seront remis à la fin de cette séance. Evangélisez les Nègres à la mode des Africains, qu’ils restent toujours soumis aux colonialistes
blancs. Qu’ils ne se révoltent jamais contre les injustices que ceux-ci leur feront subir. Faites leurs méditer chaque jour « HEUREUX CEUX QUI PLEURENT CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX ».
Convertissez toujours des Noirs au moyen de la chicotte.
Gardez leurs femmes à la soumission pendant neuf mois afin qu’elles travaillent
gratuitement pour vous. Exigez ensuite qu’ils vous offrent en signe de reconnaissance des chèvres, poules, œufs, chaque fois que vous visitez leurs villages. Faites tout pour éviter à jamais que
les Noirs ne deviennent riches.
Chantez chaque jour qu’ils est impossible au riche d’entrer au ciel. Faites
leurs payer une taxe chaque semaine à la messe du dimanche. Utilisez ensuite cet argent prétendument destinés aux pauvres et transférez ainsi vos missions à des centres commerciaux florissants.
Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous de bons détectives pour démentir, auprès des Autorités investies du pouvoir de décision, tout Noir qui a une prise de
conscience.
Extrait du journal camerounais L’Afric-Nature, N°005, octobre 1994 et du
“Réformateur Chrétien N°004, page 11
I- Questions (10
points)
1. Par quels indices le locuteur implique-t-il
son destinataire dans l’argumentation ? (2 points)
2. Reformulez la thèse développée par le
locuteur dans ce passage.(2 points)
3. Quel est le rôle des références bibliques
aux paragraphes 4 et 7 ? (2 points)
4. Quels moyens le locuteur utilise-t-il pour
convaincre et persuader son destinataire ?
II- Travail
d’écriture (10 points)
Dans un développement argumenté et organisé, discutez l’idée selon laquelle la religion est
un prolongement du processus de colonisation.
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