Dimanche 13 mai 2007 7 13 /05 /Mai /2007 13:47

Sensation, Poésies, Rimbaud

 

Par les soirs bleus d'été, j'irai dans les sentiers,
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.

Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature , - heureux comme avec une femme.

 

 

 



Le titre déjà fournit une clé d’entrée dans le texte : sensation, c’est l’effet d’un stimulus. Cela renvoie aux cinq sens (impression reçue par un organe des sens). Nous aurons donc ici un texte descriptif…Et si sensation est un effet, quelles sont les causes ?

A lire le texte, on perçoit bien que le plan descriptif pourrait ici convenir, car dans la première strophe le poète évoque un voyage dans la nature, sur terre (horizontalité) tandis que dans la deuxième strophe il évoque des effets spirituels de communion mystique (verticalité).

C’est évidemment une lecture et interprétation personnelle qui doivent, pour être acceptables, s’appuyer sur des éléments bien précis du texte…

 

I-                   Projet de voyage

A) Description des conditions de temps et d’espace

B) Type de voyage : errance aventureuse

 

II- Effets sur le poète
A) Sensations sur le corps du poète

B) Emotions dans l’âme du poète : rêveur, silencieux, pense à l’infini (0, rien), amour infini, heureux.



 Le dormeur du val, Poésies, Rimbaud

 

Le dormeur du val est également un texte très simple qui permet de bien faire comprendre que le commentaire vise à répondre à trois questions essentielles :

De quoi parle l’auteur dans ce texte ? Du dormeur du val

Pourquoi ? Qu’est-ce qui a bien pu l’inspirer ? La réalité, c’est un témoignage d’un fait vécu, d’une scène vue qu’il nous fait (la guerre franco-allemande :19 juillet 1870 - 10 mai 1871)

Pour quoi ? Dans quel but nous parle-t-il de ce dormeur du val ? Dans le but de dénoncer la guerre et ses horreurs dont le dormeur est une victime, jeune, innocente.

Ici encore, un plan descriptif serait acceptable : opposition entre la première strophe décrivant un val débordant de vie et la seconde strophe (suivie des autres) décrivant un dormeur (la vielle métaphore ou le vieil euphémisme de la mort/sommeil est ici renouvelé) sans vie…

D’où le plan suivant :

 

I. Description du val et du dormeur 

A) Description du val

B) Portrait du dormeur

 

II. Dénonciation de la guerre

A) Le dormeur, jeune victime de la guerre

B) Opposition vie (de la nature) / mort (du dormeur)

 

 

 

Texte n°2 : Le dormeur du val, Poésies, Rimbaud





Sensation, voilà un texte court, simple et beau de Rimbaud qui permet très rapidement de revenir sur le commentaire composé à travers ses trois principales phases : lire, comprendre et faire comprendre un texte.

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

Par Edgard - Publié dans : Pédagogie
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 15:44

  

Texte n°1 : Mignonne, allons voir si la rose, Ronsard

 

Mignonne, allons voir si la rose
Qui ce matin avoit desclose
Sa robe de pourpre au Soleil,
A point perdu ceste vesprée
Les plis de sa robe pourprée,
Et son teint au vostre pareil.

Las ! voyez comme en peu d'espace,
Mignonne, elle a dessus la place
Las ! las ses beautez laissé cheoir !
Ô vrayment marastre Nature,
Puis qu'une telle fleur ne dure
Que du matin jusques au soir !

Donc, si vous me croyez, mignonne,
Tandis que vostre âge fleuronne
En sa plus verte nouveauté,
Cueillez, cueillez vostre jeunesse :
Comme à ceste fleur la vieillesse
Fera ternir vostre beauté.

 


Texte n°2
 :
Le Loup et l’Agneau, La Fontaine 

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure:
Nous l'allons montrer tout à l'heure.
Un Agneau se désaltérait
Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure,
Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
- Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté
Ne se mette pas en colère ;
Mais plutôt qu'elle considère
Que je me vas désaltérant
Dans le courant,
Plus de vingt pas au-dessous d'Elle,
Et que par conséquent, en aucune façon,
Je ne puis troubler sa boisson.
- Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
- Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère.
- Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
- Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens:
Car vous ne m'épargnez guère,
Vous, vos bergers, et vos chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge.
Là-dessus, au fond des forêts
Le Loup l'emporte, et puis le mange,
Sans autre forme de procès.

 

 

Texte n°3 : Le laboureur et ses enfants, La Fontaine 

 

Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.

Un riche Laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents.
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit ; mais un peu de courage
Vous le fera trouver, vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'Oût.
Creusez, fouiller, bêchez ; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.
Le père mort, les fils vous retournent le champ
Deçà, delà, partout ; si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché.
Mais le père fut sage
De leur montrer avant sa mort
Que le travail est un trésor.

 


Texte n°4 
: Petits poèmes en prose 
Baudelaire


Il faut être toujours ivre. Tout est là : c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.

Mais de quoi ? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
  Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est ; et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge vous répondront : "Il est l'heure de s'enivrer ! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous ; enivrez-vous sans cesse ! de vin, de poésie ou de vertu, à votre guise."

 


Texte n°5
: Sauvons  la nature


Multiples sont les motifs que nous avons de protéger la nature.

Et d’abord, en défendant la nature, l’homme défend l’homme : il satisfait l’instinct de conservation de l’espèce. Les innombrables agressions dont il se rend coupable envers le milieu naturel (envers « l’environnement », comme on prend coutume de le dire) ne sont pas sans avoir des conséquences funestes pour sa santé et pour l’intégrité de son patrimoine héréditaire. Rappellerons-nous que, du fait de la pollution radioactive causée par les explosions des bombes nucléaires, tous les habitants de la planète, surtout les plus jeunes, portent dans leur squelette des atomes de métal radioactif ? Que, du fait de l’emploi abusif des insecticides, le lait de toutes les mères contient une certaine dose du pernicieux DDT ? Protéger la nature, c’est donc en premier lieu accomplir une tache d’hygiène planétaire.

Il y a, en outre, le point de vue des biologistes qui, soucieux de la nature pour elle-même, n’admettent pas que tant d’espèces vivantes (irremplaçables objets d’étude) s’effacent de la faune et de la flore terrestres, et qu’ainsi, peu à peu, s’appauvrisse, par la faute de l’homme, le somptueux et fascinant musée que la planète offrait à nos curiosités.

Enfin, il y a ceux-là –et ce sont les artistes, les poètes, et donc un peu tout le monde- qui, simples amoureux de la nature, entendent la conserver parce qu’ils y voient un décor vivant et vivifiant, un lien maintenu avec la plénitude originelle, un refuge de paix et de vérité, parce que dans un monde envahi par la pierraille et la ferraille, ils prennent le parti de l’arbre contre le béton, et ne se résignent pas à voir le printemps devenir silencieux.

Jean Rostand

 


Texte n°6
 :


Nous pensons que les écologistes ont le devoir d’être d’abord des résistants

Résister pour incarner une véritable alternative politique. Face à la montée de l’extrême droite, aux divisions de la droite et à la chute du communisme, de nombreuses personnes espèrent autre chose que la politique du « moins pire » proposée par le PS.

Résister pour ne pas cautionner le clientélisme ou les « nécessités » du financement occulte des partis. Une gestion partisane est toujours une mauvaise gestion. Au contraire, il faut gérer les affaires publiques dans la plus totale transparence.

Résister parce que le choix à Aix ou au niveau national sont anti-écologiques. Relance du nucléaire, tout TGV à la SNCF, technopoles, automobiles, parkings et voies rapides, …il n’est question que de projets lourds et destructeurs. Au lieu de valoriser les infrastructures et les potentialités locales pour un développement mieux réparti et plus doux, ces projets pharaoniques consomment toutes les ressources financières qui ne sont plus, dès lors, disponibles pour une réelle prise en compte de l’environnement. 

Extrait de L’éco…logique, n°7, été 91, Journal des verts du pays d’Aix en Provence

 


Texte n°7
 : Le corbeau et le renard
, La Fontaine


Maître corbeau, sur un arbre perché,
        Tenait en son bec un fromage.
Maître renard par l'odeur
alléché ,
        Lui tint à peu près ce langage :
        «
Et bonjour Monsieur du Corbeau.
Que vous êtes joli! Que vous me semblez beau!
        Sans mentir, si votre ramage
       
Se rapporte à votre plumage,
Vous êtes le
phénix des hôtes de ces bois»
A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie;
        Et pour montrer sa belle voix,
Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie.
Le renard s'en saisit et dit: "
Mon bon Monsieur,
            Apprenez que tout flatteur
Vit aux dépens de celui qui l'écoute:
Cette leçon vaut bien un fromage sans doute."
        Le corbeau
honteux et confus
Jura mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.

 


Texte n°8
: Les dangers de la déforestation en Amazonie

 

Jamais dans toute l’histoire de l’humanité, on n’avait détruit autant d’arbres, et à une telle vitesse. Le record absolu a été atteint en 1987, quand 80 000 km2 de la forêt primitive ont été brûlés, et 120 000 km2 de forêt secondaire, de broussailles et de pâturages ont subi le même sort : un vari délire pyrotechnique. […]

La surface déboisée correspond aux trois quarts de la superficie de la France. Il n’en faudrait pas plus, théoriquement, pour faire de l’Amazonie une grande région de production et d’exportation agricoles. Or non seulement elle n’exporte d’aliments, mais elle doit en importer. Les nouveaux colons ne savent rien de la terre qu’ils viennent cultiver. Alors que, pendant plus de trois siècles, Indiens et colons européens, n’ayant que les fleuves comme voies d’accès, s’étaient concentrés sur les terres alluvionnaires, les plus fertiles, les nouveaux colons, entrés dans la foret par les nouvelles routes, construites sur les terres hautes, loin des fleuves, n’ont pas profité de l’expérience de leurs prédécesseurs. En procédant à l’abattage mécanique des arbres, ils ont détruit la mince couche d’humus des zones qu’ils voulaient travailler. En pratiquant des brûlis à grande échelle, ils ont provoqué une dégénérescence du paysage, une perte de l’équilibre écologique qui garantissait la permanence, sur un sol pauvre, d’une végétation exubérante, avec des arbres allant jusqu’à 50 m de hauteur.

Le bien le plus noble, l’arbre, a été sacrifié au profit d’un bien de moindre valeur, le pâturage, sans qu’on voie les troupeaux et les plantations mirifiques qui devaient en résulter. Des centaines de millions de tonnes de végétation ont été brûlées, libérant du gaz carbonique dans l’atmosphère, mais les indicateurs de production agropastorale sont restés médiocres.

L.F Pinto

 


Texte n°9
 : Acte I, Scène 1, DOM Juan,
Molière


SGANARELLE, tenant une tabatière: Quoi que puisse dire Aristote et toute la philosophie, il n'est rien d'égal au tabac: c'est la passion des honnêtes gens, et qui vit sans tabac n'est pas digne de vivre. Non seulement il réjouit et purge les cerveaux humains, mais encore il instruit les âmes à la vertu, et l'on apprend avec lui à devenir honnête homme. Ne voyez-vous pas bien, dès qu'on en prend, de quelle manière obligeante on en use avec tout le monde, et comme on est ravi d'en donner à droit et à gauche, partout où l'on se trouve? On n'attend pas même qu'on en demande, et l'on court au-devant du souhait des gens: tant il est vrai que le tabac inspire des sentiments d'honneur et de vertu à tous ceux qui en prennent. Mais c'est assez de cette matière.

 

Texte n°10 :

             D’une façon générale, les animaux ignorent la guerre. Les animaux chassent et tuent pour se nourrir, c’est tout. L’animal ne possède rien. Il n’a que sa chair, hélas pour lui comestible, et son pelage que nous utilisons. L’animal, armé de ses seuls outils organiques que met en œuvre l’instinct, est dénué de tout. Il n’a pas d’économie, de réserves sauf quelques provisions d’une saison à l’autre chez de rares mammifères et insectes ; il vit au jour le jour. Il n’a aucune richesse car l’animal ignore le travail, il ignore la guerre.

Mais il existe à cette règle une seul exception, éclatante, et bien instructive ; le monde des insectes. Les seuls animaux qui connaissent la guerre à la façon des hommes sont les termites et surtout les fourmis. Mais ce sont aussi les seuls animaux qui soient propriétaires, qui possèdent d’abondantes réserves,  des biens bons à prendre. Ils ont des demeures solides, des caves garnies de nourriture, de très copieuses provisions : des réserves de feuilles fermentées à la manière du fromage des champignonnières étonnantes, des élevages de vaches. Ils sont capables de travailler sur ordre, d’une façon disciplinée et intelligente.

Par exemple, les fourmis font et subissent la guerre à la façon des hommes. Invasion militaire de la fourmilière, combat, soumission des vaincus. Le vainqueur s’installe dans la cité soumise ou bien emmène chez lui (pillage) les provisions, les ouvrières et les œufs et couvaisons qui fourniront ainsi des travailleurs au service de la collectivité victorieuse (esclavage), et même les pucerons-bétails.  

Ceci prouve que les fourmis font la guerre parce qu’elles ont du bien, des richesses, et ce sont les seuls animaux avec les termites et les abeilles qui soient dans le cas.

                                                                                             Gaston Bouthoul


Texte n°11
 : La pratique du sport

Nous ne saurions trop recommander aux adolescents la pratique du sport car elle développe de grandes vertus morales et sociales.

D’abord, le sport habitue à l’effort et, pratiqué avec sérieux, il requiert presque inévitablement un dépassement de soi. On va plus loin qu’on ne le prévoyait, qu’on ne le désirait, on apprend à se dépasser.

Le sport, par ailleurs, entraîne à l’action. Lorsqu’on a un ballon entre les mains, il faut décider rapidement ce qu’on va en faire, et passer à l’acte sans délai. On s’exerce ainsi à prendre des initiatives et à agir.

Le sport apprend à vivre avec les autres, enfin. Les sports collectifs ne se peuvent pratiquer en effet sans une étroite collaboration avec des partenaires. Ils nous apprennent à tenir compte des autres et à agir ensemble.

Ainsi la pratique du sport a des conséquences bénéfiques sur nos qualités morales et sociales. C’est une excellente école d’apprentissage de la vie.

 

Texte n°12 : C’est le français qu’on assassine, Ross Steele, professeur de français à l’université de Sydney (Australie), courrier des lecteurs du Figaro 15-16 juillet 2000


La revue Le Français dans le Monde a accompagné toute ma carrière de professeur à la faculté des lettres de Sydney. Or elle va disparaître après 40 ans d’existence. Au moment où se tient à Paris le congrès mondial de la Fédération Internationale des Professeurs de Français (17-22 juillet 2000) on leur annoncera la disparition de la seule revue qui les accompagne depuis 1961. C’est le français, son enseignement, sa diffusion, qu’on assassine !                  
Cette revue constitue un lien indispensable pour ceux qui, souvent isolés, ont pour mission d’enseigner le français ici en Australie, mais aussi en Amérique, en Afrique et dans les pays d’Europe.                                                                                                                   
Comment le gouvernement peut-il supprimer cet indispensable outil de rayonnement de la langue française pour des problèmes financiers bien modestes au regard du préjudice annoncé ?
On nous dit que la version papier s’efface au profit d’une version électronique.
Mais combien de professeurs à l’étranger auront la possibilité de lire une revue électronique ?
A-t-on vraiment pris la mesure du vide ainsi créé pour la promotion de la langue et de la culture françaises ?


Texte n°13
 : Les artistes contre la Tour Eiffel, journal Le Temps, 14 fév.1887

 

Nous venons, écrivains, peintres, sculpteurs, architectes, amateurs passionnés de la beauté, jusqu’ici intacte, de Paris, protester de toutes nos forces, de toute notre indignation, au nom du goût français méconnu, au nom de l’art et de l’histoire français menacés, contre l’érection, en plein coeur de notre capitale, de l’inutile et monstrueuse Tour Eiffel, que la malignité publique, souvent empreinte de bon sens et d’esprit de justice, a déjà baptisée du nom de "Tour de Babel".

Sans tomber dans l’exaltation du chauvinisme, nous avons le droit de proclamer bien haut que Paris est la ville sans rivale dans le monde. Au-dessus de ses rues, de ses boulevards élargis, du milieu de ses magnifiques promenades, surgissent les plus nobles monuments que le genre humain ait enfantés. L’âme de la France, créatrice de chefs-d’oeuvre, resplendit parmi cette floraison auguste de pierres. L’Italie, l’Allemagne, les Flandres, si fières à juste titre de leur héritage artistique, ne possèdent rien qui soit comparable au nôtre, et de tous les coins

de l’univers Paris attire les curiosités et les admirations.

Allons-nous donc laisser profaner tout cela ? La ville de Paris va-t-elle donc s’associer plus longtemps aux baroques, aux mercantiles imaginations d’un constructeur de machines, pour s’enlaidir irréparablement et se déshonorer ?

Car la Tour Eiffel, dont la commerciale Amérique elle-même ne voudrait pas, c’est, n’en doutez point, le déshonneur de Paris. Chacun le sent, chacun le dit, chacun s’en afflige profondément, et nous ne sommes qu’un faible écho de l’opinion universelle, si légitimement alarmée. Enfin lorsque les étrangers viendront visiter notre Exposition, ils s’écrieront, étonnés : "Quoi ? C’est cette horreur que les Français ont trouvée pour nous donner une idée de leur goût si fort vanté ? "Et ils auront raison de se moquer de nous, parce que le Paris des gothiques sublimes, le Paris de Jean Goujon, de Germain Pilon, de Puget, de Rude, de Barye, etc., sera devenu le Paris de M. Eiffel.

Il suffit d’ailleurs, pour se rendre compte de ce que nous avançons, de se figurer un instant une tour vertigineusement ridicule, dominant Paris, ainsi qu’une gigantesque cheminée d’usine, écrasant de sa masse barbare Notre-Dame, la Sainte-Chapelle, le dôme des Invalides, l’Arc de triomphe, tous nos monuments humiliés, toutes nos architectures rapetissées, qui disparaîtront dans ce rêve stupéfiant. Et pendant vingt ans, nous verrons s’allonger sur la ville entière, frémissante encore du génie de tant de siècles, nous verrons s’allonger comme une tache d’encre l’ombre odieuse de l’odieuse colonne de tôle boulonnée...

 

 


Texte n°14
:
Je fais un rêve  (1963) - Martin Luther King

[…] Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons affronter des difficultés aujourd'hui et demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément ancré dans le rêve américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux.

Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité. 

Je rêve que, un jour, l'État du Mississippi lui-même, tout brûlant des feux de l'injustice, tout brûlant des feux de l'oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice. 
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd'hui un rêve ! 

Je rêve que, un jour, même en Alabama où le racisme est vicieux, où le gouverneur a la bouche pleine des mots "interposition" et "nullification", un jour, justement en Alabama, les petits garçons et petites filles noirs, les petits garçons et petites filles blancs, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd'hui un rêve ! […]

 


Texte n°15
 :
e
xtrait du chapitre 1er de Candide, Voltaire

Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.                                                        « Il est démontré, disait-il, que les choses ne peuvent être autrement : car, tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin. Remarquez bien que les nez ont été faits pour porter des lunettes, aussi avons-nous des lunettes. Les jambes sont visiblement instituées pour être chaussées, et nous avons des chausses. Les pierres ont été formées pour être taillées, et pour en faire des châteaux, aussi monseigneur a un très beau château ; le plus grand baron de la province doit être le mieux logé ; et, les cochons étant faits pour être mangés, nous mangeons du porc toute l'année : par conséquent, ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise ; il fallait dire que tout est au mieux. »

 

Texte n°16 : Extrait de la préface de Mademoiselle de Maupin, Théophile Gautier


Il est aussi absurde de dire qu'un homme est un ivrogne parce qu'il décrit une orgie, un débauché parce qu'il raconte une débauche que de prétendre qu'un homme est vertueux parce qu'il a fait un livre de morale ; tous les jours on voit le contraire. - C'est le personnage qui parle et non l'auteur ; son héros est athée, cela ne veut pas dire qu'il soit athée; il fait agir et parler les brigands en brigands, il n'est pas pour cela un brigand. A ce compte, il faudrait guillotiner Shakespeare, Corneille et tous les tragiques ; ils ont plus commis de meurtres que Mandrin et Cartouche ; on ne l'a pas fait cependant, et je ne crois même pas qu'on le fasse de longtemps, si vertueuse et si morale que puisse devenir la critique. C'est une des manies de ces petits grimauds à cervelle étroite que de substituer toujours l'auteur à l'ouvrage et de recourir à la personnalité pour donner quelque pauvre intérêt de scandale à leurs misérables rapsodies, qu'ils savent bien que personne ne lirait si elles ne contenaient que leur opinion individuelle.

Nous ne concevons guère à quoi tendent toutes ces criailleries, à quoi bon toutes ces colères et tous ces abois, - et qui pousse messieurs les Geoffroy au petit pied à se faire les don Quichotte de la morale, et, vrais sergents de ville littéraires, à empoigner et à bâtonner, au nom de la vertu, toute idée qui se promène dans un livre la cornette posée de travers ou la jupe troussée un peu trop haut. - C'est fort singulier.

L'époque, quoi qu'ils en disent, est immorale (si ce mot-là signifie quelque chose, ce dont nous doutons fort), et nous n'en voulons pas d'autre preuve que la quantité de livres immoraux qu'elle produit et le succès qu'ils ont. - Les livres suivent les mœurs et les mœurs ne suivent pas les livres. - La Régence a fait Crébillon, ce n'est pas Crébillon qui a fait la Régence. Les petites bergères de Boucher étaient fardées et débraillées, parce que les petites marquises étaient fardées et débraillées. - Les tableaux se font d'après les modèles et non les

modèles d'après les tableaux. je ne sais qui a dit je ne sais où que la littérature et les arts influaient sur les mœurs. Qui que ce soit, c'est indubitablement un grand sot. - C'est comme si l'on disait : Les petits pois font pousser le printemps ; les petits pois poussent au contraire parce que c'est le printemps, et les cerises parce que c'est l'été. Les arbres portent les fruits,

et ce ne sont pas les fruits qui portent les arbres assurément, loi éternelle et invariable dans sa variété ; les siècles se succèdent, et chacun porte son fruit qui n'est pas celui du siècle précédent ; les livres sont les fruits des mœurs.

 

Texte n°17 : Article Presse, ENCYCLOPEDIE – Jaucourt

   
On demande si la liberté de la presse est avantageuse ou préjudiciable à un Etat. La réponse n'est pas difficile. Il est de la plus grande importance de conserver cet usage dans tous les Etats fondés sur la liberté: je dis plus, les inconvénients de cette liberté sont si peu considérables vis-à-vis de ses avantages, que ce devrait être le droit commun de l'univers, et qu'il est à propos de l'autoriser dans tous les gouvernements. (...)
Enfin, rien ne peut tant multiplier les séditions et les libelles dans un pays où le gouvernement subsiste dans un état d'indépendance, que de défendre cette impression non autorisée, ou de donner à quelqu'un des pouvoirs illimités de punir tout ce qui lui déplaît; de telles concessions de pouvoir dans un pays libre deviendraient un attentat contre la liberté; de sorte qu'on peut assurer que cette liberté serait perdue dans la Grande-Bretagne, par exemple, au moment que les tentatives de la gêne de la presse réussiraient; aussi n'a-t-on garde d'établir cette espèce d'inquisition.


Texte n°18
 : Acte I, Scène II, DOM Juan,
Molière


DOM JUAN: Quoi? tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne? La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux! Non, non: la constance n'est bonne que pour des ridicules; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cours. Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne. J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige. Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous. Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement. On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir. Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire. Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits. Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs: je me sens un cœur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

 

 

Texte n°19 : De l'esclavage, chapitre IV Du Contrat Social, Rousseau


Puisqu'aucun homme n'a une autorité naturelle sur son semblable, et puisque la force ne produit aucun droit, restent donc les conventions pour base de toute autorité légitime parmi les hommes.

Si un particulier, dit Grotius, peut aliéner sa liberté et se rendre esclave d'un maître, pourquoi tout un peuple ne pourrait-il pas aliéner la sienne et se rendre sujet d'un roi ? Il y là bien des mots équivoques qui auraient besoin d'explication, mais tenons-nous-en à celui d'aliéner. Aliéner, c'est donner ou vendre. Or, un homme qui se fait esclave d'un autre ne se donne pas, il se vend, tout au moins pour sa subsistance : mais un peuple, pourquoi se vend-il ? bien loin qu'un roi fournisse à ses sujets leur subsistance, il ne tire la sienne que d'eux et selon Rabelais un roi ne vit pas de peu. Les sujets donnent donc leur personne à condition qu'on prenne aussi leur bien ? Je ne vois pas ce qu'il leur reste à conserver.

On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit; mais qu'y gagnent-ils, si les guerres que son ambition lui attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions ? Qu'y gagnent-ils, si cette tranquillité même est une de leurs misères ? On vit tranquillement aussi dans les cachots ; en est-ce assez pour s'y trouver bien ? Les Grecs enfermés dans l'antre du Cyclope y vivaient tranquilles, en attendant que leur tour vînt d'être dévorés.

Dire qu'un homme se donne gratuitement, c'est dire une chose absurde et inconcevable ; un tel acte est illégitime et nul, par cela seul que celui qui le fait n'est pas dans son bon sens. Dire la même chose de tout un peuple, c'est supposer un peuple de fous : la folie ne fait pas droit.

Quand chacun pourrait s'aliéner lui-même, il ne peut aliéner ses enfants ; ils naissent hommes et libres ; leur liberté leur appartient, nul n'a le droit d'en disposer qu'eux qu'eux. Avant qu'ils soient en âge de raison le père peut en leur nom stipuler des conditions pour leur conservation, pour leur bien-être ; mais non les donner irrévocablement et sans condition ; car un tel don est contraire aux fins de la nature et passe les droits de la paternité. Il faudrait donc pour qu'un gouvernement arbitraire fût légitime qu'à chaque génération le peuple fût le maître de l'admettre ou de le rejeter : mais alors ce gouvernement ne serait plus arbitraire.

Renoncer à sa liberté c'est renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme, et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté. Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler d'une part une autorité absolue et de l'autre une obéissance sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engagé en rien envers celui dont on a droit de tout exiger, et cette seule condition, sans équivalent, sans échange n'entraîne-t-elle pas la nullité de l'acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu'il a m'appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n'a aucun sens ?


Texte n°20
 : « J’accuse », Zola, texte paru dans l'Aurore le jeudi 13 janvier1898


Mais cette lettre est longue, monsieur le Président, et il est temps de conclure.
    J'accuse le lieutenant-colonel du Paty de Clam d'avoir été l'ouvrier diabolique de l'erreur judiciaire, en inconscient, je veux le croire, et d'avoir ensuite défendu son œuvre néfaste, depuis trois ans, par les machinations les plus saugrenues et les plus coupables.
    J'accuse le général Mercier de s'être rendu complice, tout au moins par faiblesse d'esprit, d'une des plus grandes iniquités du siècle.
    J'accuse le général Billot d'avoir eu entre les mains les preuves certaines de l'innocence de Dreyfus et de les avoir étouffées, de s'être rendu coupable de ce crime de lèse-humanité et de lèse-justice, dans un but politique et pour sauver l'état-major compromis.
    J'accuse le général de Boisdeffre et le général Gonse de s'être rendus complices du même crime, l'un sans doute par passion cléricale, l'autre peut-être par cet esprit de corps qui fait des bureaux de la guerre l'arche sainte, inattaquable.
    J'accuse le général de Pellieux et le commandant Ravary d'avoir fait une enquête scélérate, j'entends par là une enquête de la plus monstrueuse partialité, dont nous avons, dans le rapport du second, un impérissable monument de naïve audace.
    J'accuse les trois experts en écritures, les sieurs Belhomme, Varinard et Couard, d'avoir fait des rapports mensongers et frauduleux, à moins qu'un examen médical ne les déclare atteints d'une maladie de la vue et du jugement.
    J'accuse les bureaux de la guerre d'avoir mené dans la presse, particulièrement dans l'Eclair et dans l'Echo de Paris, une campagne abominable, pour égarer l'opinion et couvrir leur faute.
    J'accuse enfin le premier conseil de guerre d'avoir violé le droit, en condamnant un accusé sur une pièce restée secrète, et j'accuse le second conseil de guerre d'avoir couvert cette illégalité, par ordre, en commettant à son tour le crime juridique d'acquitter sciemment un coupable.
    En portant ces accusations, je n'ignore pas que je me mets sous le coup des articles 30 et 31 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881, qui punit les délits de diffamation. Et c'est volontairement que je m'expose.
    Quant aux gens que j'accuse, je ne les connais pas, je ne les ai jamais vus, je n'ai contre eux ni rancune ni haine. Ils ne sont pour moi que des entités, des esprits de malfaisance sociale. Et l'acte que j'accomplis ici n'est qu'un moyen révolutionnaire pour hâter l'explosion de la vérité et de la justice.
    Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n'est que le cri de mon âme. Qu'on ose donc me traduire en cour d'assises et que l'enquête ait lieu au grand jour !
    J'attends.
    Veuillez agréer, monsieur le Président, l'assurance de mon profond respect.

ÉMILE ZOLA

 

 

 

 

 



 

Par Edgard - Publié dans : Pédagogie
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 15:19

Sujet de type I : l’étude du texte argumentatif a remplacé depuis 2002 le traditionnel résumé-vocabulaire-discussion. Mais il faut rappeler que le texte argumentatif est abordé depuis la 4ème (classe d’initiation) et fait au bepc, en 3ème, l’objet d’une première évaluation à travers l’un des trois sujets de composition française. En 2nde, l’initiation à l’étude du texte argumentatif revient sur des notions acquises depuis la 4ème, les enrichit et les approfondit dans la perspective de l’épreuve de français au bac qui, dans le système scolaire français, est passé à la fin de la Première.

Ce sujet tant prisé par les élèves est pourtant le plus exigeant, car il requiert une double compétence à produire en quatre heures : lire, comprendre et analyser un texte argumentatif (à travers la première partie qui consiste à répondre aux questions de compréhension), puis écrire un texte argumentatif (dans une deuxième partie). Il faut ici cependant préciser que le résumé est l’un des travaux d’écriture possible. 

 

Comprendre l’étude du texte argumentatif

     

L’étude du texte argumentatif  comprend deux parties d’égale importance notées chacune sur dix points : questions de compréhension et travaux d’écriture.

 

Questions de compréhension et d’analyse :                            

Pour  mieux comprendre le texte et mieux répondre aux questions, il est important de repérer la thèse, les arguments, les exemples et les principaux connecteurs logiques.

Pour cela, on peut suivre la démarche suivante :

-          Relever les éléments du paratexte : titre du texte, auteur, date et lieu de publication, etc… Cette première étape a pour but de tenter d’obtenir des clés d’entrée dans le texte : quel est le thème principal ? A propos de ce thème, quelle est l’opinion de l’auteur (thèse) ?

-          Répondre aux questions suivantes :

Qui parle ? Auteur, locuteur ↔ système énonciatif (pronom personnel, déictiques, temps et modes des verbes, ponctuation…)

A qui parle-t-il ? Destinataire (partisan de la thèse adverse ? Sans opinion ? ↔ système énonciatif (moi-ici-maintenant-présent de l’indicatif, points d’interrogation, d’exclamation…)

De quoi ? thème, thèse ↔ champ lexical dominant, point de vue à propos du thème

Où ? déictiques spatiaux

Quand ? déictiques temporels

Comment ? ↔ genre, type, tonalité du texte, figures de style, fonction dominante de la communication

Pourquoi ? ↔ question implicite à laquelle répond la thèse. Raison ou émotion motivant l’auteur

Pour quoi ? ↔ dans quel but (convaincre, persuader, délibérer) l’auteur écrit ce texte

 

Travail ou travaux d’écriture : étayer, réfuter, discuter un argument important (ou la thèse), résumer tout ou partie du texte sont les principaux travaux d’écriture.

Dans tous les cas, un lien étroit devra être maintenu avec le texte support.

 

 

Les caractéristiques principales d’un texte argumentatif

 

Pour repérer la thèse, on peut commencer par identifier le thème (justifié par un champ lexical dominant) qui répond à la question : de quoi parle l’auteur ?

Puis, le thème identifié, on repère le propos de l’auteur sur le thème donné, c’est-à-dire son point de vue (favorable ou défavorable) à propos dudit thème. « Que dit l’auteur à propos de ce thème ? » est la question que l’on pourrait se poser pour repérer la thèse.

La thèse est la position (pour ou contre, appréciative ou dépréciative) qu’a le locuteur par rapport au thème

La thèse étant ce qu’il faut démontrer, elle est souvent au début et/ou à la fin du texte (mais pas toujours).

La thèse est souvent formulée à travers une phrase déclarative, affirmative, de caractère absolu : c’est une vérité (de l’auteur) qui se présente comme LA vérité : « Multiples sont les motifs que nous avons de protéger la nature ».

Remarque : la thèse est souvent exprimée à travers un lexique appréciatif, un système énonciatif marqué, un présent de l’indicatif (à valeur de présent de vérité générale) comme temps dominant.

L’antithèse est souvent liée à un lexique dépréciatif, des guillemets, le conditionnel comme mode, l’ironie…

 

Le degré d’implication de l’auteur dans son texte :

Il y a trois principaux degrés d’implication d’un auteur dans son texte.

Le premier, qui révèle une implication directe, totale, personnelle, individuelle de l’auteur dans son texte, est manifeste à travers l’emploi du pronom personnel singulier « je » : J’accuse.

Le second, qui révèle une implication plus collective, l’auteur faisant partie de la collectivité, est révélé grâce au pronom personnel pluriel « nous » : nous pensons que les écologistes ont le devoir d’être d’abord des résistants.

Le troisième, à travers le pronom personnel indéfini « on », marque une implication indirecte voire masquée de l’auteur dans son propos. Pour des raisons personnelles (censure, stratégie argumentative…), l’auteur peut choisir de ne pas s’impliquer directement dans son propos. Mais ce « on » est aussi ambigu. On distingue en effet dans l’argumentation le « on » inclusif du « on » exclusif. Le « on » inclusif est celui qui inclut le « je » de l’auteur. 

Le « on » exclusif exclut le « je » de l’auteur.

Comment les distinguer ?

Soit cette phrase du Loup (dans Le Loup et L’Agneau) : « on me l’a dit, il faut que je me venge ». Quelle est la valeur d’emploi de ce « on » ? Pour le révéler, remplaçons « on » par « je », ce qui nous donne : je me le suis dit, il faut que je me venge.

Cette phrase correspond à la logique du Loup et à son état d’âme, il pourrait la dire : le « on » est donc inclusif.

 

Le degré d’implication de l’auteur dans son texte est révélé non pas seulement à travers les pronoms personnels mais aussi à travers d’autres éléments de différentes natures :

-          ponctuation expressive : points d’interrogation, d’exclamation, guillemets

-          indicateurs de lieu : ici

-          indicateurs de temps : maintenant

-          verbes d’opinion : je crois, je pense, j’affirme, je soutiens, je suggère, je prône… 

-          adverbes : certainement, assurément, sans doute, évidemment, sans doute, peut-être,  etc

-          adjectifs qualificatifs : lexique mélioratif ou dépréciatif

-          figures de style : comparaisons, métaphores, répétitions, périphrases, prétéritions , questions rhétoriques, etc

-          tonalités : lyrique, pathétique, épique, polémique, ironique, didactique, satirique, oratoire

 

Le système d’énonciation permet de répondre à deux questions essentielles (qui parle ? A qui ?) grâce à tous les outils d’analyse disponibles dans l’énoncé analysé.                          Moi-Ici-Maintenant et le présent de l’indicatif qui en découle sont déjà quatre (4) principaux outils d’analyse faciles à mémoriser : pronom personnel, indicateur de lieu, indicateur de temps, mode et temps des verbes.

Les modalisateurs permettent de préciser l’état d’esprit du locuteur par rapport à ses propos : degré de certitude (mode et temps des verbes), opinion (favorable ou pas), émotivité (exclamation) : adjectifs qualificatifs, verbes (d’état), adverbes, lexique évaluatif…

L’argument représente un aspect de la thèse qui permet de la justifier.

Ainsi, l’argument contient souvent le mot clé de la thèse.

L’argument est un élément de preuve destiné à étayer ou réfuter cette thèse. L’argument est exprimé à travers un vocabulaire abstrait, comme la thèse.

L’argument peut être exprimé de façon brève et lapidaire, mais le plus souvent il est développé, expliqué et illustré par un exemple.

Certains distinguent l’argument fondé sur la logique (argument rationnel) de l’argument fondé sur l’expérience qui tire sa valeur du réel, d’éléments vrais et vérifiables par le destinataire.

On distingue deux arguments particuliers : argument d’autorité et argument ad hominem.

L’argument d’autorité est l’opinion d’un « expert » dans son domaine de compétence.        Son point de vue fait foi. Tant et si bien qu’il est souvent cité littéralement, entre guillemets.

« En Afrique, un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » Amadou Hampaté Ba

L’argument ad hominem est un argument qui vise directement et personnellement l’auteur de l’antithèse au lieu de s’attaquer à la thèse qu’il défend.

Le gouverneur républicain de Californie et ancien acteur body-buildé Arnold Schwarzenegger a conseillé à Barack Obama, vendredi 1er novembre 2008, de muscler sa politique et de prendre lui-même du muscle, lors d'un meeting de soutien à John McCain, dans l'Ohio.        M. Schwarzenegger, qui organise chaque année un tournoi de body-building à Columbus, dans l'Ohio, a commencé son discours en invitant M. Obama à s'y présenter.

"Je veux inviter le sénateur Obama, parce qu'il doit faire quelque chose pour ses jambes maigrichonnes. Je lui ferai faire quelques flexions", a-t-il dit. "Et ensuite, nous lui ferons faire quelques exercices pour ses biceps, pour muscler ses petits bras décharnés.

 Et il pourrait aussi mettre un peu de chair autour de ses idées", a-t-il poursuivi.

John McCain, au contraire, "est bâti comme un roc. Son caractère et ses idées sont solides".

 

Les arguments sont ordonnés dans le cadre d'un raisonnement (inductif, déductif, critique, dialectique, concessif, par analogie, par l'absurde...) et d'une progression argumentative où ils sont souvent articulés entre eux par des connecteurs logiques.

raisonnement inductif : du particulier au général, de l’exemple à la thèse : Mignonne, allons voir si la rose…Ronsard ; Le corbeau et le renard, La Fontaine

raisonnement déductif : du général au particulier, de la thèse à l’exemple : Le Loup et l’Agneau, La Fontaine ; De l’esclavage, Rousseau

raisonnement critique ou par opposition : à une thèse, à des arguments et à des exemples, l’auteur oppose une antithèse (explicite ou implicite) des contre arguments et des contre exemples : De l’esclavage, Rousseau, la peine de mort, Hugo ; Les artistes contre la Tour Eiffel, La cigale et la fourmi, La Fontaine, éloge de l’infidélité par Dom Juan, Molière.

raisonnement dialectique : thèse- antithèse- synthèse. Candide de Voltaire : thèse de Pangloss, caricature de celle de Leibniz (tout est bien dans le meilleur des mondes possibles) – antithèse (point de vue provisoire du héros en formation Candide : qu'est- ce que l'optimisme ? disait Cacambo. Hélas! dit Candide, c'est la rage de soutenir que tout est bien quand tout est mal'.)

– synthèse (point de vue définitif de Candide : le travail éloigne de nous trois grands maux : l’ennui, le vice et le besoin).

raisonnement concessif : certes…mais : on commence par accepter la thèse et/ou l’argument de la partie adverse avant de la réfuter par une thèse et/ou un argument personnel plus forts : «  On dira que le despote assure à ses sujets la tranquillité civile. Soit; mais qu'y gagnent-ils, si les guerres que son ambition leur attire, si son insatiable avidité, si les vexations de son ministère les désolent plus que ne feraient leurs dissensions? Qu'y gagnent-ils, si cette tranquillité même est une de leurs misères ? » Rousseau, De l’esclavage dans Le Contrat social ; « Oui, mais il faut cultiver notre jardin » Candide de Voltaire.

raisonnement par analogie : deux domaines (A et B) de l’activité humaine sont mis en parallèle, sont comparés. L’un (A) est plus connu, plus concret et les conclusions à l’issue des observations faites dans ce domaine sont valables pour l’autre domaine (B). Ainsi qu’on peut le voir dans le texte « Eloge de la différence » de Jean Dausset et André Jacquard : analogie entre le domaine biologique, scientifique de l’auteur où le métissage est bénéfique et le domaine culturel.

raisonnement par l'absurde : on tire les conséquences absurdes d’une thèse pour la réfuter : « quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu'il a m'appartient, et que son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n'a aucun sens ? »  Rousseau, De l’esclavage dans Le Contrat social ; éloge de l’optimisme par Pangloss dans Candide de Voltaire                   

Raisonnement ad hominem : Au lieu d’attaquer les limites d’une thèse, on attaque personnellement l’auteur de la thèse, son physique, son moral, sa vie privée, etc. Voltaire attaquant Rousseau ; Schwarzenegger attaquant Obama ; Pangloss dans Candide de Voltaire. 

Paradoxe : idée contraire à la doxa, à l’opinion commune, vulgaire, populaire :

dans le domaine de l’éducation, on croit que le critère primordial est l’instruction de l’éducateur « Socrate remarquait déjà qu’un père, si éminent qu’il soit, ne sait pas bien instruire ses propres enfants » (Alain, Délibérer sur l’éducation) ; Eloge du tabac, par Sganarelle, Dom Juan de Molière

 

L’exemple (fait) redit de façon concrète ce qu’a déjà dit l’argument (opinion) de façon abstraite. L’exemple est formulé avec un vocabulaire concret, car il appartient au monde sensible. On distingue des exemples de différentes natures : personnels, historiques, littéraires ou culturels; citation, anecdote, récit, fable, mythe...

Précisons que l’exemple purement illustratif est supprimable dans un résumé, alors que l’exemple à valeur d’argument ne l’est pas : si on le supprimait, il ne nous resterait plus que la thèse, c’est-à-dire une simple affirmation non fondée, comme on peut aisément le voir à travers Le loup et l’agneau.

On peut aussi évoquer des exemples tirés de différentes matières au programme en classe : histoire-géographie, philosophie, économie, art…

                                                     

Exemple personnel : j’en ai vu l’exemple en une grand-mère fort instruite…

Exemple historique : Elle menace l’élaboration et la signature d’un

   indispensable traité d’amitié franco-algérien qui devrait permettre à nos deux peuples de

devenir, demain, le moteur de la coopération euro-méditerranéenne comme l’a été le couple

franco-allemand dans la construction européenne, après pourtant trois guerres meurtrières en 80 ans, grâce au traité d’amitié signé le 22 janvier 1963 entre la France et l’Allemagne. Exemple littéraire : « L’homme est de glace aux vérités. Il est de feu pour les mensonges » La Fontaine

Exemple culturel : « les Grecs enfermés dans l'antre du Cyclope y vivaient tranquilles, en attendant que leur tour vînt d'être dévorés. »
Citation : « Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? Un livre doit être la hache qui brise la mer gelée en nous » Kafka.

Anecdote : « Nous signalerons pourtant un fait entre mille, parce qu’il est le plus récent. Au moment où nous écrivons, il n’a que dix jours de date. Il est du 5 mars, dernier jour du carnaval. A Saint-Pol, immédiatement après l’exécution d’un incendiaire nommé Louis Camus, une troupe de masques est venue danser autour de l’échafaud encore fumant. »

Récit : Un Agneau se désaltérait / Dans le courant d'une onde pure…

Fable : Le loup et l’agneau, le laboureur et ses enfants. La Fontaine

Mythe : Cyclope

 

Le connecteur logique est ce mot de liaison qui relie une idée à une autre, une phrase à une autre, un argument  à un exemple, un paragraphe à un autre.

On connait les connecteurs logiques traditionnels (et leurs équivalents) : mais, ou, et, donc, or, ni, car. Mais ce ne sont pas les seuls connecteurs logiques : « Et d’abord ; en outre ; enfin », etc. Le connecteur logique est l’élément essentiel qui révèle la progression argumentative.


      Le but de l’argumentation : convaincre, persuader, délibérer

Argumenter consiste à soutenir ou à contester une opinion, une thèse sur un thème ou un sujet, mais aussi à agir sur le destinataire en cherchant à le convaincre, à le persuader ou à délibérer avec lui.

Le locuteur peut tenir compte de thèses différentes de la sienne, soit en les évoquant de façon explicite, soit en y faisant allusion.

 

Convaincre : celui qui argumente fait appel à la raison, aux facultés d'analyse et de raisonnement du destinataire pour obtenir son adhésion réfléchie.

 

Persuader : le locuteur entraîne l'adhésion du destinataire en faisant appel à ses sentiments ou ses passions.

Pour persuader son destinataire, le locuteur peut prendre en compte les valeurs auxquelles celui-ci est attaché (les intérêts de la Belgique pour le roi Léopold II), ou sur des principes qui ont un caractère universel : la Justice et la Vérité pour Zola, la Raison pour Voltaire, Diderot, Rousseau, ou sur les valeurs propres à un groupe déterminé comme les Diallobé pour la Grande Royale.

De même, en s'adressant à son public, le locuteur peut faire intervenir, de manière explicite ou implicite, des savoirs, des références culturelles qu'il partage avec lui, contribuant ainsi à créer ou entretenir un rapport de complicité : « Yes, we can » de Barack Obama.

Le locuteur doit faire en sorte que ses destinataires se sentent concernés par le discours. II est ainsi conduit à multiplier les adresses aux destinataires en utilisant fréquemment le « tu » ou le « vous », en les prenant à témoin de ce qu'il dit, par exemple au moyen d'interrogations, de questions oratoires (questions rhétoriques ou fausses questions dissimulant en fait une affirmation).

II peut tenter de soutenir l'intérêt de son propos en utilisant des anecdotes ou des exemples frappants (Dom Juan se comparant à Alexandre le grand). Suivant le contexte, il amusera le destinataire par des plaisanteries ou des traits d'esprit, ou le choquera par des formules volontairement provocantes.

Pour persuader son lecteur ou son auditoire, le locuteur peut éveiller chez lui la pitié pour des victimes, ou l'indignation devant une situation révoltante. II utilise ainsi fréquemment le registre pathétique.

 

Les procédés courants pour persuader :

• L'emploi du champ lexical de la souffrance, de la plainte.

• La présence de figures de style : en particulier les figures d'insistance (répétition, anaphore, gradation), les figures d'opposition (antithèse, oxymore).

• Le recours à une ponctuation expressive : exclamations et interrogations.

• L'utilisation d'effets syntaxiques : phrases construites selon un rythme fortement marqué, brusques ruptures rythmiques pour surprendre ou choquer le destinataire, phrases s'achevant sur une chute, c'est‑à‑dire une conclusion inattendue.

• Le recours à des tableaux ou à des anecdotes touchantes.

Remarque : le souci de persuader peut conduire le locuteur à employer des procédés tendant à faire perdre au destinataire son objectivité: la flatterie ou la démagogie (compliments exagérés, usage de fausses promesses) ; l'appel à ses préjugés ou à ses instincts les plus dangereux (haine, peur...).

 

Délibérer

On délibère quand on pèse le pour et le contre avant de proposer un point de vue synthétique. C’est la démarche classique de la dialectique, que l’on retrouve souvent dans les dialogues philosophiques de Platon. C’est l’exercice pédagogique auquel l’apprenant est lui-même soumis lorsqu’il s’agit de « discuter » un point de vue.

Quand l’objectif  est  de  délibérer, c’est la raison qui est essentiellement visée, en faisant appel au bon sens du destinataire et en l’amenant à fuir les positions extrêmes pour adopter une position médiane.

 

La stratégie argumentative, pour être bien comprise, doit d’abord être redéfinie de façon aussi simple que possible. Mot d’origine militaire (du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire »), la stratégie consiste à définir les actions cohérentes intervenant selon une logique séquentielle pour atteindre un ou des objectifs précis.

Au football, si l’objectif est de marquer le plus de but, quelle stratégie l’entraîneur va-t-il imposer à son équipe : jouer la défensive ? En contre-attaque ? L’offensive à fond ?

Et en fonction de cette stratégie, quel va être son dispositif ? 4-2-4 ? 4-3-3 ? 4-4-2 ?

Aux échecs ou aux dames, il en est de même. Si aux échecs l’objectif est de faire échec et mat au Roi, quelles pièces va-t-on bouger et dans quel ordre ?

Astuce : le mot-clé de la consigne permet de se souvenir des principales stratégies argumentatives : étayer, réfuter, discuter.

Pour définir la stratégie argumentative, au brouillon, on peut procéder par étapes en répondant aux questions suivantes :

§  Quel est le but de l’auteur : persuader ? Convaincre ?

§  Comment parvient-il à atteindre son but ? En développant une thèse ? En la contestant ? En faisant une concession ? En délibérant ?

§  Quels moyens utilise-t-il pour atteindre ce but ? Où sont-ils placés ?

§  La stratégie de l’auteur est-elle efficace ?

 

Les tonalités

Injonctive : « buvez Coca-cola «! » « Cueillez, cueillez votre jeunesse » (impératifs, apostrophes, interrogations oratoires).

Polémique : J’accuse ! (Ironie, apostrophe, interrogation rhétorique, argument ad hominem,).

Satirique : Monsieur le Président, Renaud (critique, moquerie, ironie, parodie).

Lyrique : Considérable, Akendengue

Pathétique : « tout m’ennuie et me nuit et conspire à me nuire » Phèdre, Racine.

Comique : « je me meurs je suis mort, je suis enterré » Harpagon, L’Avare, Molière

Didactique : « Mignonne, allons voir si la rose… » Ronsard (procédés explicatifs, modération des thèses, recours aux données objectives)

Epique : « va, cours, vole et nous venge ! »(Le Cid, Racine)

 

Les types de questions

Reformulez le point de vue (la thèse) de l’auteur.

Quels sont les indices personnels qui révèlent la présence du locuteur ?

Donnez la valeur d’emploi du pronom indéfini « on » dans le texte.

Dégagez la structure (progression) argumentative en explicitant les rapports logiques exprimés dans ce texte.

Etudiez le jeu des temps verbaux dans le texte.

Relevez et précisez la valeur de l’interrogation dans le premier paragraphe.

Etudiez les indices d’énonciation en montrant comment le locuteur implique le lecteur.

En vous appuyant sur les champs lexicaux dominants, précisez le thème du texte.

Relevez les connecteurs logiques sur lesquels repose la progression du texte.

Valeur de « nous » et de « on » dans le texte.

Quel type de raisonnement l’auteur a-t-il utilisé ?

Quelle est la tonalité du texte ?

La stratégie argumentative

Le circuit argumentatif

 

Comment répondre :

 

Répondre dans le même ordre que les questions.

 

Répondez par une phrase introductive calquée sur la question : l’auteur, le locuteur, tel passage du texte, tel procédé de style…

 

Justifiez votre réponse en vous appuyant sur des outils d’analyse bien précis du texte et en les expliquant : exprime, suggère, manifeste, marque, montre, atteste, présente, offre, illustre, souligne, traduit, renforce, confirme, amplifie, met en évidence/valeur, signifie, révèle, dévoile, exalte, célèbre, fait l’éloge de, critique, dénonce, se moque de, fait la satire de, tourne en dérision, associe, relie, articule, rapproche, compare, confronte, oppose, distingue ; introduit un décalage, une dissonance, une tension, un contraste, une métamorphose ;  transforme, transfigure. On (le lecteur) observe, constate, remarque, note, a le sentiment que, ressent, éprouve, apprécie, estime, juge, est frappé par, attentif à, sensible à…

 

Terminez par une phrase de conclusion.

 

Les types de travaux d’écriture (4)

Résumez une partie du texte. Une marge de plus ou moins 10% sera tolérée.

Etayez l’idée selon laquelle…

Réfutez l’idée selon laquelle…

Expliquez et discutez cette citation du texte…Partagez-vous cette assertion de l’auteur… ?

 

Comment résumer :

Repérer les principaux connecteurs logiques et dégager le schéma argumentatif. Identifier thèse, arguments et exemples (distinguer exemples purement illustratifs –donc supprimables- et exemples à valeur d’argument –non supprimables).

Conserver la structure et trouvez des synonymes pour résumer les idées développées en conservant leur ordre d’apparition.

Conserver le même système énonciatif.

Préciser à  la fin le nombre de mots utilisés et la marge autorisée.

 

 

Comment bâtir votre plan :

Votre plan dépendra de la consigne, mais on en a essentiellement 3 :

-        Etayer : ici on a une seule partie dans le développement, constitué de 2 ou 3 paragraphes. On fait ici une sorte de suite de l’argumentation…

-        Réfutez : ici on a une seule partie dans le développement, constitué de 2 ou 3 paragraphes. On fait ici une contre argumentation (on peut opposer à chaque principal argument du texte un contre argument).

-        Discuter : ici, on a deux parties dans le développement. On commence dans la première à expliquer et justifier la thèse, puis on la nuance, on en montre les limites, les exceptions dans la seconde partie.

 

Pour trouver des idées :

Le problème essentiel est de trouver des idées.

Au brouillon, faites un tableau en relevant vos différentes matières (histoire-géo, math, philo, français, économie, science de la vie et de la terre, etc) et en recherchant pour chacune d’elle un chapitre, un exemple, une citation en rapport avec le sujet traité.

Puis, ayez recours à l’actualité : relevez les différentes rubriques du quotidien national L’Union : politique, économie, société, culture, sport…Et recherchez dans chaque rubrique un argument et un exemple pertinents.

Choisissez à chaque fois les éléments les plus connus de tous (et donc de votre lecteur et/ou correcteur), car il s’agit de le convaincre et non pas de faire étalage de votre culture.

 

Pour passer d’un argument à un exemple, on peut utiliser des mots de liaison tels que :

Par exemple, ainsi, en effet ou tout simplement les deux-points.

 

Pour obtenir une partie cohérente, il faut organiser les arguments : des plus faibles aux plus forts, par exemple.

 

 

 

Par Edgard - Publié dans : Pédagogie
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 15:02

« Lorsque nous avons surmonté des épreuves apparemment insurmontables ; lorsqu’on nous a dit que nous n’étions pas prêts, ou qu’il ne fallait pas essayer, ou que nous ne pouvions pas, des générations d’Américains ont répondu par un simple credo qui résume l’esprit d’un peuple.

« Oui, nous pouvons.

« Ce credo était inscrit dans les documents fondateurs qui déclaraient la destinée d’un pays.

« Oui, nous pouvons.

« Il a été murmuré par les esclaves et les abolitionnistes ouvrant une voie de lumière vers la liberté dans la plus ténébreuse des nuits.

« Oui, nous pouvons.

« Il a été chanté par les immigrants qui quittaient de lointains rivages et par les pionniers qui progressaient vers l’ouest en dépit d’une nature impitoyable.

« Oui, nous pouvons.

« Ce fut l’appel des ouvriers qui se syndiquaient ; des femmes qui luttaient pour le droit de vote ; d’un président qui fit de la Lune notre nouvelle frontière ; et d’un King qui nous a conduits au sommet de la montagne et nous a montré le chemin de la Terre promise.

« Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde.

« Oui, nous pouvons. »

Par Barack Obama, Discours de campagne dans le New Hampshire, 10 janvier 2008.

 Questions (10 points)

1-     Identifiez le type de texte et justifiez votre réponse. (2,5 points)

2-     Quel est le type de raisonnement utilisé par l’auteur ? Démontrez-le. (2,5 points)

3-     Comment l’auteur s’implique-t-il dans ce texte ? Relevez et interprétez des indices textuels précis. (2,5 points)

4-     Quel est le but de l’auteur ? Justifiez votre réponse. (2,5 points)

 

Travail d’écriture (10 points)

Etayez la pensée de l’auteur : « Oui, nous pouvons la justice et l’égalité. Oui, nous pouvons les chances et la prospérité. Oui, nous pouvons guérir cette nation. Oui, nous pouvons réparer ce monde ».



 

« SUPPLIQUE1 POUR LE GENRE URBAIN »

 

Pourquoi la ville est-elle devenue un symbole de la mal-vie, de l’inconfort, des nuisances et du mal-être ? Pourquoi y trouve-t-on désormais, concentrés, les grands maux sociologiques de notre temps : violence, exclusion, pauvreté, pollution, marginalisation, insécurité, stress, désarroi, solitude… ?

La première cause réside, sans doute, dans sa croissance hallucinante. Au début du XIXème siècle, à peine 3% de la population mondiale était urbanisée ; dans moins de dix ans, plus de la moitié de l’humanité s’entassera dans des villes. Le genre humain sera alors en passe de devenir effectivement un genre urbain. Et le phénomène concerne autant le Nord que le Sud où les villes, en quelques décennies, ont littéralement explosé. En 1950, 6 des 7 agglomérations de plus de 5 millions d’habitants se trouvaient dans les pays industrialisés (l’exception : Shanghai) ; actuellement, sur les 37 villes de plus de 5 millions d’habitants, 25 se trouvent au Sud …[…]

Au Sud, les villes ont connu une croissance stupéfiante, presque délirante. Ce qui n’était que de petits villages, il y a moins d’un siècle –Lagos, Casablanca- sont maintenant d’énormes agglomérations de 7 et 4 millions d’habitants respectivement. Brasilia, capitale artificielle, créée ex-nihilo en 1960, dépasse déjà les 3 millions d’habitants…Avant la fin de la décennie, cinq villes dépasseront les 15 millions d’habitants, quatre d’entre elles sont situés au Sud.

Des multitudes fuyant la misère endémique des campagnes, les abus féodaux et parfois les guerres continuent de venir s’agglutiner autour de centres urbains fondés presque toujours par les puissances coloniales (souvent des ports) et où se concentrent les investissements étrangers. Des villes comme Lima, Manille ou Séoul sont ainsi devenues des agglomérations proprement gigantesques. Les principales activités économiques y sont rassemblés au point parfois d’ »assécher » le reste du pays ; par exemple Bangkok, où réside 10% de la population de la Thaïlande, fournit 80% du PIB ; et Dacca, où vit 4% de la population du Bangladesh, abrite 60% des industries de transformation.

La plupart des villes du Sud n’ont pas les moyens de planifier l’accueil et de prévoir des logements, des emplois, des services sociaux, éducatifs et sanitaires pour ces masses de nouveaux immigrants. Lima, par exemple, voit sa population croitre annuellement d’environ 250 000 personnes et dispose d’à peine 60 F, par an et par arrivant, pour s’équiper en conséquence…Aussi, près de 600 millions d’êtres humains – la moitié de la population des villes du Sud- vivent dans des conditions effroyables, dans des bidonvilles, sans égouts, souvent sans eau, sans hygiène. Des capitales immenses comme Lagos, Kinshasa, dar-es-Salam n’ont pas de vrais réseaux de transports en commun, ni même de système d’évacuation des ordures. Celles-ci s’entassent favorisant la reproduction de moustiques et de rats porteurs de maladies. Est-il étonnant que l’épidémie de choléra soit née dans les « favelas » du Pérou ? Dans de nombreuses villes, le seul fait de respirer peut être dangereux pour la santé. En Amérique latine, 24 000 décès par an seraient dus à la pollution atmosphérique dans les agglomérations.

C’est la pauvreté qui façonne ces mégapoles déglinguées ainsi que leur accroissement chaotique et incontrôlable. Sans avoir disparu des campagnes, la pauvreté s’est déplacée dans les villes : 85% des pauvres au Venezuela, 75% au Brésil et 69% au Mexique vivent dans des centres urbains.

D’ici la fin de la décennie, certaines villes des tiers-mondes auront atteint des proportions colossales : Mexico aura 31 millions d’habitants ; Sao-Paulo, 26 millions ; Rio-de-Janeiro, Bombay, Calcutta, Djakarta, 16 millions…Vingt des vingt-cinq plus grands centres urbains seront situés dans les pays les plus pauvres de la planète…La pauvreté urbaine constituera l’un des problèmes les plus explosifs du siècle prochain. N’est-il pas temps, au Sud comme au Nord, de commencer à se pencher sur le tragique devenir du genre urbain ?

Les villes sont fatalement devenues des lieux propices au crime, à l’abus de la drogue, à la violence et à la dégradation morale. Les enfants sont les principales victimes de cette misère urbaine. Près de 100 millions d’enfants vivent pratiquement à l’abandon dans les rues des grandes villes des tiers-mondes. Durant les quatre premiers mois de 1991, par exemple, quelques 600 enfants de moins de douze ans de Cuzco (Pérou) ont été abandonnés ou vendus par leur propre famille. Les autorités ne viendront-elles à reprendre la féroce suggestion formulée, en 1729, par l’écrivain irlandais Jonathan Swift dans sa Modeste proposition pour éviter que les enfants des pauvres ne constituent une charge pour leurs parents et pour la nation, qui recommandait aux pauvres de bien gaver leurs enfants avant de les manger… ?

In Le Monde diplomatique, « Manière de voir », n°13, octobre 1991.

 

1. Supplique : requête écrite pour demander une grâce, une faveur.

 

I- QUESTIONS (10 Points)

1.      Relevez quatre indices différents de la présence du locuteur dans le texte. (4 points)

2.      Dégagez la stratégie argumentative dans les 3 derniers paragraphes. (4 points)

3.      En quoi ce texte est-il une « supplique pour le genre urbain » ? (2 points)

 

II- TRAVAIL D’ECRITURE (10 Points)

« N’est-il pas temps, au Sud comme au Nord, de commencer à se pencher sur le tragique devenir du genre urbain ? »

Expliquez puis discutez cette pensée d’Ignacio Ramonet.


Proclamer le droit à l’eau potable ne suffit pas

Qui pourrait contester que le droit à l’eau est un droit humain essentiel ? Comme beaucoup d’acteurs internationaux, nous sommes favorables à une reconnaissance internationale de ce droit. Encore faut-il que celui-ci soit associé au droit à l’assainissement, fondamental pour la santé publique.

Parce que ce droit est fondamental, il doit devenir effectif pour le milliard d’hommes aujourd’hui privés d’eau potable et les 2,5 milliards dépourvus d’assainissement. Or qui dit instauration d’un droit dit instauration d’une créance avec un débiteur en charge de l’honorer. […]

Dès lors, la question n’est pas seulement d’instaurer ce droit à l’eau, mais d’en identifier le débiteur. Ce ne peut être que les autorités publiques, et, plus précisément, les autorités locales, puisque, dans la plupart des pays, ce sont elles qui assurent l’alimentation en eau. C’est une redoutable responsabilité que d’être débiteur du droit à l’eau pour tous. […]

Déjà, pour traduire ce droit sur le terrain sans attendre qu’il soit érigé par la communauté internationale, des autorités publiques ont bâti des systèmes pragmatiques. Au Gabon, par exemple, trois types de solidarité se conjuguent pour faire du droit à l’eau une réalité : une solidarité entre abonnés qui allège le prix des consommations de base ; une solidarité géographique entre centres isolés et grandes villes, celles-ci finançant ceux-là ; une solidarité interactivité, les ressources du service de l’électricité finançant les investissements du service de l’eau.

Moins de dix années nous séparent de l’échéance fixée pour atteindre les Objectifs du millénaire : diminuer de moitié, d’ici à 2015, le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau et à l’assainissement. Grâce aux progrès rapides réalisés par le géant chinois, on pourrait espérer qu’au moins pour l’eau potable l’objectif global soit tenu. Mais dans d’autres régions du monde, il semble bien qu’on soit loin du compte, et l’on ne dispose toujours pas d’un véritable outil d’évaluation. A la confiance des Nations unies, répond le doute des gens de terrain. Hormis pour l’Asie en forte croissance, l’augmentation des taux de desserte tarde. Sans un changement de braquet, en particulier dans le domaine de l’assainissement, la communauté internationale ne tiendra pas ses engagements, notamment en Afrique.

Ce diagnostic pessimiste est souvent justifié par l’immobilisme qui prédomine dans bien des pays ou par l’échec d’un certain nombre de projets lancés dans les années 1990. Des erreurs ont pu être commises, reconnaissons-le. On sait moins, parce qu’on en parle moins, que d’autres projets, au moins aussi nombreux, sont en passe de réussir. Par exemple, au Maroc, depuis 2001, 4 millions de personnes ont été raccordées au réseau d’alimentation en eau potable, soit près de 15 % de la population. Ce qui n’est pas rien. Au Gabon, en huit ans depuis le passage en gestion déléguée, la population raccordée à des systèmes modernes d’alimentation en eau est passée de 40 % à près de 70 %. De tels rythmes laissent présager que, dans ces pays, les Objectifs du millénaire pour l’eau seront dépassés. Ces réussites autorisent à regarder l’avenir avec un optimisme raisonné. Elles prouvent qu’il n’y a pas de fatalité devant les pénuries de services essentiels.

On connaît les pistes prometteuses pour mettre en œuvre concrètement le droit à l’eau : définir des politiques nationales, confier aux autorités locales la responsabilité et le financement de ce service de proximité, associer les populations concernées, pratiquer des tarifs socialement acceptables, créer les conditions de la confiance pour financer les investissements, choisir un opérateur efficace, transférer les savoir-faire, combattre la corruption.

Afin de tirer tous les enseignements des différentes expériences et surtout afin de les faire partager à l’ensemble des acteurs, il nous semble que le temps est venu de proposer la création d’un organisme international indépendant chargé de repérer, sur la base d’indicateurs de réussite objectifs, les démarches et les systèmes de gouvernance qui favorisent l’accès du plus grand nombre à l’eau.

Ce "Conseil des bonnes pratiques pour le droit à l’eau" serait un lieu de rencontre et de partage d’expériences, ouvert à tous ceux qui veulent sincèrement dialoguer pour progresser. Là, les collectivités locales et les parlementaires avec leur sens de la mission publique, les ONG avec leurs savoir-faire sociaux, les entreprises avec leur expertise et leur souci d’efficacité détermineraient, sans complaisance mais sans malveillance, quelles sont les meilleures solutions pour combler rapidement les retards.

Dans notre histoire, l’eau a davantage été un sujet de coopération que d’opposition. C’est un des enjeux du Forum de Mexico que de dépasser des conflits souvent artificiels pour promouvoir une logique de partage et d’efficacité ; pour faire de la modernisation des services d’eau une priorité des villes et Etats du Sud, ce qui est trop rarement le cas aujourd’hui.

Le droit à l’eau mérite mieux que les affrontements stériles qui détournent les énergies de l’action. Le monde de l’eau qui se réunit à Mexico entendra-t-il l’appel que lançait Gabriel Garcia Marquez : "N’attendez rien du XXIe siècle, c’est le XXIe siècle qui attend tout de nous" ?

Le Monde du 17 mars 2006

Antoine Frérot est directeur général de Veolia- eau, l’un des grands opérateurs français du secteur.

 

I- Questions (10 points)

  1. Etudiez les indices d’énonciation dans les paragraphes 5 et 6. (4 points)
  2. Précisez la progression argumentative du 6ème au 9ème  paragraphe. (4 points)
  3. Reformulez en une phrase la  thèse de l’auteur. (2 points)

 

II- Travail d’écriture : (10 points)

« N’attendez rien du XXIème siècle, c’est le XXIème siècle qui attend tout de nous. », lance l’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez, prix Nobel de littérature.

Partagez-vous ce point de vue ?


Education contre exclusion, Jean-Pierre Velis, Revues Sources (Unesco) n°116, octobre 1999

La pauvreté s’étend. Elle est devenue l’un des défis majeurs de la fin du millénaire. Elle n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un accroissement spectaculaire de disparités et  d’inégalités. Tandis qu’une minorité de nantis vit dans le confort moral, intellectuel

et matériel du «village planétaire», une écrasante majorité de pauvres peine à seulement

survivre: l’écart de revenu entre le cinquième des êtres humains les plus riches et

le cinquième des plus pauvres atteignait 74 à 1 en 1997, contre 30 à 1 en 1960 (Rapport

mondial sur le développement humain, PNUD, 1999). La mondialisation ne fait que

renforcer cette tendance. L’écart va s’élargissant: l’accès à l’éducation, à la culture,

aux services sociaux et de santé, à l’emploi et au logement n’est pas le même selon l’origine

géographique ou ethnique, l’âge, le sexe ou l’apparence physique.

Ces différences renvoient dos à dos des pans entiers de société et rejettent les plus défavorisés dans la marginalisation. Ce phénomène est particulièrement grave dans nombre de pays en développement et, en leur sein, parmi la population jeune.

Que l’on ne s’y trompe pas: l’exclusion n’est pas nécessairement le lot d’une minorité. En matière d’éducation, dans de nombreux pays en développement, le nombre

des analphabètes dépasse très largement la moitié de la population et, parmi ces derniers,

les femmes sont deux fois plus nombreuses que les hommes. Dans beaucoup de ces pays, notamment en Afrique subsaharienne, les taux de scolarisation dans l’enseignement

primaire demeurent excessivement faibles, atteignant parfois à peine 30 % à 40 % de la classe d’âge concernée. Les 60 % ou 70 % restants qui ne peuvent accéder à l’école ne sont pas des marginaux mais ils sont pourtant bel et bien des exclus de l’éducation. Et cette exclusion précoce risque de torpiller toute leur vie future car, en toute logique, celui ou celle qui n’a pas eu la chance d’accéder à la première marche de la formation initiale parviendra rarement aux étages supérieurs. L’éducation est un processus cumulatif: plus longtemps on a été scolarisé, plus on cherchera à parfaire ses connaissances tout au long de sa vie adulte.

L’exclusion est également un processus cumulatif. Partout dans le monde. Les illettrés

des pays développés – qui ont bénéficié de l’instruction obligatoire et ne sont pas

totalement analphabètes, mais ne maîtrisent pas suffisamment les bases requises pour

pouvoir se débrouiller dans la vie de tous les jours – pâtissent d’exclusions sociales et économiques. Ils illustrent amèrement une définition du Conseil de l’Europe selon laquelle

les exclus sont «des groupes entiers de personnes [qui] se trouvent partiellement ou

totalement en dehors du champ d’application effectif des droits de l’homme».

Lorsque les économies nationales sont à bout de souffle, là où les systèmes formels

d’éducation ont atteint leurs limites, et pour ceux qui n’ont pu y accéder, les alternatives

proposées doivent être crédibles, réalistes et de qualité. Il faut innover. C’est ce à quoi

s’emploie l’UNESCO. Comme on le verra dans les exemples présentés ci-après, il ne s’agit pas de créer de nouvelles structures éducatives lourdes mais de collaborer avec les gouvernements, les partenaires de terrain et les organisations non gouvernementales pour permettre aux exclus de développer puis de renforcer leurs propres capacités.

Ce que l’éducation conventionnelle ne peut souvent plus accomplir, l’éducation non

formelle de base ambitionne de le réaliser à un moindre coût et en moins de temps. Elle

met en œuvre des dispositifs pratiques et fonctionnels qui intègrent l’alphabétisation et

l’acquisition de connaissances de base selon des méthodes d’apprentissage adaptées à des

contextes diversifiés, le plus souvent sans référence au système scolaire traditionnel.

Pour atteindre son but, cette éducation non formelle de base doit s’ancrer dans la réalité la plus quotidienne et déboucher sur des résultats immédiatement tangibles pour les

apprenants. Au risque, sinon, de susciter de nouveaux rejets et des désillusions définitives.

En un mot, l’éducation contre l’exclusion consiste à donner aux gens les moyens de s’en sortir par eux-mêmes.

 

I- Questions (10 points)

  1. Quel est le mode de raisonnement utilisé par l’auteur du premier au deuxième paragraphe ? (2 points)
  2. Dans le troisième paragraphe, étudiez le degré d’implication du locuteur. (3 points)
  3. Quelle progression logique constatez-vous entre le premier et les deux derniers paragraphes ? (3 points)
  4. Repérez puis reformulez la thèse soutenue par l’auteur. (2 points)

 

II- Travail d’écriture : (10 points)

Jean-Pierre Velis affirme dans ce texte : « celui ou celle qui n’a pas eu la chance d’accéder à la première marche de la formation initiale parviendra rarement aux étages supérieurs. L’éducation est un processus cumulatif… » Discutez ces propos.

 

Des signes d’un bon gouvernement, chapitre IX, Du Contrat social, Rousseau

 

     Quand donc on demande absolument quel est le meilleur gouvernement, on fait une question insoluble comme indéterminée; ou si l'on veut, elle a autant de bonnes solutions qu'il y a de combinaisons possibles dans les positions absolues et relatives des peuples.
     Mais si l'on demandait à quel signe on peut connaître qu'un peuple donné est bien ou mal gouverné, ce serait autre chose, et la question de fait pourrait se résoudre.
     Cependant on ne la résout point, parce que chacun veut la résoudre à sa manière. Les sujets vantent la tranquillité publique, les citoyens la liberté des particuliers, l'un préfère la sûreté des possessions, et l'autre celle des personnes; l'un veut que le meilleur gouvernement soit le plus sévère, l'autre soutient que c'est le plus doux; celui-ci veut qu'on punisse les crimes, et celui-là qu'on les prévienne; l'un trouve beau qu'on soit craint des voisins, l'autre aime mieux qu'on en soit ignoré, l'un est content quand l'argent circule, l'autre exige que le peuple ait du pain. Quand même on conviendrait sur ces points et d'autres semblables, en serait-on plus avancé? Les quantités morales manquant de mesure précise, fût-on d'accord sur le signe, comment l'être sur l'estimation?
     Pour moi, je m'étonne toujours qu'on méconnaisse un signe aussi simple, ou qu'on ait la mauvaise foi de n'en pas convenir. Quelle est la fin de l'association politique? C'est la conservation et la prospérité de ses membres. Et quel est le signe le plus sûr qu'ils se conservent et prospèrent? C'est leur nombre et leur population. N'allez donc pas chercher ailleurs ce signe si disputé. Toutes choses d'ailleurs égales, le gouvernement sous lequel, sans moyens étrangers, sans naturalisations, sans colonies, les citoyens peuplent et multiplient davantage est infailliblement le meilleur: celui sous lequel un peuple diminue et dépérit est le pire. Calculateurs, c'est maintenant votre affaire; comptez, mesurez, comparez.

 

I- Questions (10 points)

  1. Relevez dans le texte un champ lexical dominant et interprétez-le. (2 points)
  2. Relevez dans le texte les indices qui permettent de connaître la position de l’auteur sur le thème traité dans le texte. (2 points)
  3. Reformulez en une phrase la thèse de l’auteur (2 points)
  4. Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (2 points)
  5. Quelle est la tonalité du texte ? Justifiez votre réponse. (2 points)

 

II- Travail d’écriture : (10 points)

A quels signes on peut connaître qu'un peuple donné est bien ou mal gouverné ?

Répondez à la question illustrant votre argumentation d’exemples précis.



Décès de la pionnière de la défense des droits des noirs américains

DETROIT (AFP, 25/10/05) - Rosa Parks, la noire américaine qui, en 1955, avait refusé de céder sa place à un blanc dans un autobus et avait ainsi déclenché un mouvement qui devait mettre fin à la ségrégation, est morte à l'âge de 92 ans, ont rapporté lundi les médias locaux.

La pionnière dans la défense des droits des noirs américains est décédée chez elle à Detroit (Michigan, nord), selon The Detroit News.

Elle avait à l'époque refusé de céder sa place à un blanc, comme c'était alors la règle dans tout le sud des Etats-Unis, où était imposée une ségrégation raciale très stricte.

Ce refus avait entraîné son arrestation et avait eu pour conséquence le boycott par la communauté noire des autobus de Montgomery (Alabama, sud) pendant un an, début du mouvement pour les droits civiques des noirs.

Un jeune pasteur, Martin Luther King, prit la tête du boycott et du mouvement non-violent contre la ségrégation et la discrimination raciale qui devait déboucher sur un changement de la législation au niveau local, de l'Etat et enfin au plan fédéral, en faveur des noirs.

"Certains disent que je ne me suis pas levée tout simplement parce que j'étais fatiguée", avait rappelé Mme Parks dans une interview il y a quelques années. "Ce n'est pas vrai. Je n'étais pas fatiguée physiquement, ou du moins pas plus qu'après n'importe quel autre jour de travail. Mais j'étais fatiguée de céder."

En refusant de se lever pour céder sa place à un blanc, Mme Parks "s'est en fait levée pour lutter pour tous les Américains", a déclaré à CNN le représentant John Lewis, lui-même participant du mouvement pour les droits civiques qui a suivi.

"Pendant 381 jours, les gens ont marché des kilomètres chaque jour plutôt que de prendre les autobus où régnait la ségrégation. Ils ont organisé un service de voitures pour ceux qui devaient aller vraiment trop loin. Le geste de Rosa Parks a inspiré un mouvement de résistance massive contre la ségrégation et la discrimination raciale", a-t-il rappelé.

Les pasteurs dans les différentes églises de la ville, à commencer par Martin Luther King, encourageaient leurs ouailles chaque dimanche à poursuivre le mouvement, malgré la fatigue. Tandis que les rares noirs propriétaires de voitures ou chauffeurs de taxis mettaient en place un système de transport parallèle, rejoints par quelques blancs, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils avaient besoin que leurs employés noirs viennent travailler.

Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'a eu le mouvement, des fonds ont commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle.

Finalement, après plus d'un an, la Cour suprême a déclaré illégale la ségrégation dans les autobus. Et le mouvement des droits civiques qui avait ainsi été lancé finit en quelques années par venir à bout de tout le système de ségrégation raciale qui régnait dans le sud.

Si le mouvement était non-violent, la réaction des blancs et celle des autorités, elles, ne l'ont pas été, et de nombreux noirs en ont été victimes.

Mme Parks a payé cher son geste de révolte. Après son arrestation, elle et son mari ont tous deux été licenciés - officiellement pour raisons économiques. Et elle a dû finir par quitter la ville pour aller s'installer dans le nord après avoir reçu d'innombrables menaces de mort.

 

I - Questions (10 points)

  1. Identifiez le type de texte. Justifiez votre réponse. (4 pt)
  2. Quel est le thème du texte ?  Justifiez votre réponse. (2 pt)
  3. Quelle est la thèse ? De qui est-elle ? (2 pt)
  4. Quelle est l’antithèse ? De qui est-elle ? (2 pt)

 

II- Travail d’écriture (10 points)

Ici et aujourd’hui, quelle cause seriez-vous prêt à défendre et de quelle manière originale ?

 


Traité sur la Tolérance
, à l’occasion de la mort de Jean Calas, 1763, Voltaire    

Le droit naturel est celui que la nature indique à tous les hommes. Vous avez élevé votre enfant, il vous doit du respect comme à son père, de la reconnaissance comme à son bienfaiteur. Vous avez droit aux productions de la terre que vous avez cultivée par vos mains. Vous avez donné et reçu une promesse, elle doit être tenue.

Le droit humain ne peut être fondé en aucun cas que sur ce droit de nature; et le grand principe, le principe universel de l'un et de l'autre, est, dans toute la terre: "Ne fais pas ce que tu ne voudrais pas qu'on te fît." Or on ne voit pas comment, suivant ce principe, un homme pourrait dire à un autre: "Crois ce que je crois, et ce que tu ne peux croire, ou tu périras." C'est ce qu'on dit en Portugal, en Espagne, à Goa. On se contente à présent, dans quelques autres pays, de dire: "Crois, ou je t'abhorre; crois, ou je te ferai tout le mal que je pourrai; monstre, tu n'as pas ma religion, tu n'as donc point de religion: il faut que tu sois en horreur à tes voisins, à ta ville, à ta province."

S'il était de droit humain de se conduire ainsi, il faudrait donc que le Japonais détestât le Chinois, qui aurait en exécration le Siamois; celui-ci poursuivrait les Gangarides, qui tomberaient sur les habitants de l'Indus; un Mogol arracherait le coeur au premier Malabare qu'il trouverait; le Malabare pourrait égorger le Persan, qui pourrait massacrer le Turc: et tous ensemble se jetteraient sur les chrétiens, qui se sont si longtemps dévorés les uns les autres.

Le droit de l'intolérance est donc absurde et barbare: c'est le droit des tigres, et il est bien horrible, car les tigres ne déchirent que pour manger, et nous nous sommes exterminés pour des paragraphes.

I- Questions (10 points)

  1. Quelle est la thèse de Voltaire ? (2 points)
  2. Analysez les exemples du premier paragraphe. Servent-ils uniquement à illustrer la première phrase ? Justifiez votre réponse. (2 points)
  3. Relevez quelques indices de la présence de l’auteur dans ce texte. (3 points)
  4. Que signifie « c’est le droit des tigres » ? Analysez cette expression (nommez cette figure de style). Quelles sont les connotations du mot « tigres » dans cet exemple ? (3 points)

 

II- Travail d’écriture (10 points)

Montrez que l’intolérance est encore de nos jours un thème préoccupant dans plusieurs domaines.


 

L’Ecole des femmes, acte IV, scène 8, vers 1228-1275, Molière

 

CHRYSALDE
C'est un étrange fait, qu'avec tant de lumières,
Vous vous effarouchiez toujours sur ces matières,
Qu'en cela vous mettiez le souverain bonheur,
Et ne conceviez point au monde d'autre honneur.
Être avare, brutal, fourbe, méchant et lâche,
N'est rien, à votre avis, auprès de cette tache;
Et, de quelque façon qu'on puisse avoir vécu,
On est homme d'honneur quand on n'est point cocu.
À le bien prendre au fond, pourquoi voulez-vous croire
Que de ce cas fortuit dépende notre gloire,
Et qu'une âme bien née ait à se reprocher
L'injustice d'un mal qu'on ne peut empêcher?
Pourquoi voulez-vous, dis-je, en prenant une femme,
Qu'on soit digne, à son choix, de louange ou de blâme,
Et qu'on s'aille former un monstre plein d'effroi
De l'affront que nous fait son manquement de foi?
Mettez-vous dans l'esprit qu'on peut du cocuage
Se faire en galant homme une plus douce image,
Que des coups du hasard aucun n'étant garant,
Cet accident de soi doit être indifférent,
Et qu'enfin tout le mal, quoi que le monde glose,
N'est que dans la façon de recevoir la chose;
Et, pour se bien conduire en ces difficultés,
Il y faut, comme en tout, fuir les extrémités,
N'imiter pas ces gens un peu trop débonnaires
Qui tirent vanité de ces sortes d'affaires,
De leurs femmes toujours vont citant les galants,
En font partout l'éloge, et prônent leurs talents,
Témoignent avec eux d'étroites sympathies,
Sont de tous leurs cadeaux, de toutes leurs parties,
Et font qu'avec raison les gens sont étonnés
De voir leur hardiesse à montrer là leur nez.
Ce procédé, sans doute, est tout à fait blâmable;
Mais l'autre extrémité n'est pas moins condamnable.
Si je n'approuve pas ces amis des galants,
Je ne suis pas aussi pour ces gens turbulents
Dont l'imprudent chagrin, qui tempête et qui gronde,
Attire au bruit qu'il fait les yeux de tout le monde,
Et qui, par cet éclat, semblent ne pas vouloir
Qu'aucun puisse ignorer ce qu'ils peuvent avoir.
Entre ces deux partis il en est un honnête,
Où dans l'occasion l'homme prudent s'arrête;
Et quand on le sait prendre, on n'a point à rougir
Du pis dont une femme avec nous puisse agir.
Quoi qu'on en puisse dire enfin, le cocuage
Sous des traits moins affreux aisément s'envisage;
Et, comme je vous dis, toute l'habileté
Ne va qu'à le savoir tourner du bon côté.

 

 

I- Questions (10 points)

  1. En étudiant le recours à la deuxième personne, vous montrerez comment et direz pourquoi Chrysalde interpelle avec insistance le destinataire du message.(3 points)
  2. Montrez à travers un relevé lexical comment le locuteur tend à miniser le déshonneur du « cocuage » (vers 9 à 13). (2 points)
  3. Par quel procédé stylistique ces reproches sont mis en valeur ? (2 points)
  4. en étudiant les articulations logiques sur l’ensemble du texte, vous exposeriez la stratégie argumentative mise en place par Chrysalde pour convaincre son interlocuteur. (3 points)

 

II- Travail d’écriture : (10 points)

Vous exposerez la thèse opposée à celle que défend Chrysalde avec des arguments rigoureusement construits et des exemples précis.


La presse écrite

La presse écrite est en crise. Elle connaît, en France et ailleurs, une baisse notable de sa diffusion et souffre gravement d'une perte d'identité et de personnalité. Pour quelles raisons, et comment en est-on arrivé là? Indépendamment de l'influence certaine du contexte économique et de la récession, il faut chercher, nous semble-t-il, les causes profondes de cette crise dans la mutation qu'ont connue, au cours de ces dernières années, quelques-uns des concepts de base du journalisme. En premier lieu, l'idée même d'information. Jusqu'à il y a peu, informer, c'était, en quelque sorte, fournir non seulement la description précise - et vérifiée - d'un fait, d'un événement, mais également un ensemble de paramètres contextuels permettant au lecteur de comprendre sa signification profonde. C'était répondre à des questions de base: qui a fait quoi? Avec quels moyens? Où ? Comment? Pourquoi? Et quelles en sont les conséquences?

Cela a totalement changé sous l'influence de la télévision, qui occupe désormais, dans la hiérarchie des médias, une place dominante et répand son modèle. Le journal télévisé, grâce notamment à son idéologie du direct et du temps réel, a imposé peu à peu une conception radicalement différente de l'information. Informer, c'est, désormais, «montrer l'histoire en marche» ou, en d'autres termes, faire assister (si possible en direct) à l'événement. Il s'agit, en matière d'information, d'une révolution copernicienne dont on n'a pas fini de mesurer les conséquences. Car cela suppose que l'image de l'événement (ou sa description) suffit à lui donner toute sa signification, n'est plus de comprendre la portée d'un évènement, mais tout simplement de le regarder se produire sous ses yeux. Cette coïncidence est considérée comme jubilatoire. Ainsi s'établit, petit à petit, la trompeuse illusion que voir c'est comprendre. Et que tout événement, aussi abstrait soit-il, doit impérativement présenter une partie visible, montrable, télévisable. C'est pourquoi on observe une emblématisation réductrice de plus en plus fréquente d'évènements à caractère complexe. Par exemple, toute la portée des accords Israël-OLP sera ramenée à la simple poignée de main de Rabin-Arafat... Par ailleurs, une telle conception de l'information conduit à une affligeante fascination pour les images, «tournées en direct », d'évènements réalistes, même s'il ne s'agit que de faits divers violents et sanglants. Un autre concept a changé: celui d'actualité. Qu'est-ce que l'actualité désormais? Quel événement faut-il privilégier dans le foisonnement de faits qui surviennent à travers le monde? En fonction de quels critères choisir? Là encore, l'influence de la télévision apparaît déterminante. C'est elle, avec l'impact de ses images, qui impose son choix et contraint nolens volens la presse écrite à suivre. La télévision construit l'actualité, provoque le choc émotionnel et condamne pratiquement les faits orphelins d'images au silence, à l'indifférence. Peu à peu s'établit dans les esprits l'idée que l'importance des évènements est proportionnelle à leur richesse en images. Ou, pour le dire autrement, qu'un événement que l'on peut montrer (si possible en direct et en temps réel) est plus fort, plus intéressant, plus éminent que celui qui demeure invisible et dont l'importance est abstraite. Dans le nouvel ordre des médias, les paroles ou les textes ne valent pas des images. Le temps de l'information a également changé. La scansion optimale des médias est maintenant l'instantanéité (le temps réel), le direct, que seules télévision et radio peuvent pratiquer. Cela vieillit la presse quotidienne, forcément en retard sur ('événement et, à la fois, trop près de lui pour parvenir à tirer, avec suffisamment de recul, tous les enseignements de ce qui vient de se produire.

La presse écrite accepte de s'adresser, non plus à des citoyens, mais à des téléspectateurs. Un quatrième concept s'est modifié. Celui, fondamental, de la véracité de l'information. Désormais, un fait est vrai non pas parce qu'il correspond à des critères objectifs, rigoureux et vérifiés à la source, mais tout simplement parce que d'autres médias répètent les mêmes affirmations et « confirment »... Si la télévision (à partir d'une dépêche ou d'une image d'agence) présente une nouvelle et que la presse écrite, puis la radio reprennent cette nouvelle, cela suffit pour l'accréditer comme vraie. C'est ainsi, on s'en souvient, que furent construits le mensonge du «charnier de Timisoara» et tous ceux de la Guerre du Golfe. Les médias ne savent plus distinguer, structurellement, le vrai du faux. Dans ce bouleversement médiatique, il est de plus en plus vain de vouloir analyser la presse écrite isolée des autres moyens d'information. Les médis (et les journalistes) se répètent, s'imitent, se copient, se répondent et s'emmêlent au point de ne plus constituer qu'un seul système informationnel au sein duquel il est de plus en plus ardu de distinguer les spécificités de tel média pris isolément. A tous ces chamboulements s'ajoute un malentendu fondamental. Beaucoup de citoyens estiment que, confortablement installés dans le canapé de leur salon et en regardant sur le petit écran une sensationnelle cascade d'évènements à base d'images fortes, violentes et spectaculaires, ils peuvent s'informer sérieusement. C'est une erreur majeure. Pour trois raisons: d'abord parce que le journal télévisé, structuré comme une fiction, n'est pas fait pour informer, mais pour distraire; ensuite, parce que la rapide succession de nouvelles brèves et fragmentées (une vingtaine par journal télévisé) produit un double effet négatif de surinformation et de désinformation; et enfin, parce que vouloir s'informer sans effort est une illusion qui relève du mythe publicitaire plutôt que de la mobilisation civique. S'informer fatigue, et c'est à ce prix que le citoyen acquiert le droit de participer intelligemment à la vie démocratique.

Ignacio RAMONET, Le Monde diplomatique, 1993.

I- Questions (10 points)

  1. Relevez dans le texte un champ lexical dominant et interprétez-le. (2 points)
  2. Relevez et interprétez le système d’énonciation. . (3 points)
  3. Par un travail de repérage précis, indiquez le passage où l’auteur énonce sa thèse. Reformulez-la. (2 points)
  4. Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (3 points)

II- Travail d’écriture (10 points)

« S'informer fatigue, et c'est à ce prix que le citoyen acquiert le droit de participer intelligemment à la vie démocratique.» Vous commenterez et discuterez cette opinion.

 

 

Le vedettariat

 

Les magazines, le cinéma, la radio et surtout la télévision, relayant et multipliant les rumeurs et les images des stades, des music-halls, sont en train de devenir les grands ordonnateurs de la réussite. Les triomphateurs de la compétition, ce ne sont plus ceux qui ont d'abord le rang, l'ascendant culturel, la puissance ou l'argent et qui en tirent prestige, mais, de plus en plus, ceux qui ont le statut de vedettes. De cette promotion découlent tous les succès, y compris celui de la fortune.

Champions du sport, chanteurs en vogue, acteurs à la mode, ils deviennent les véritables modèles à qui vont toutes les faveurs. Sans doute les écrans petits et grands, les journaux illustrés font-ils quelque place aux grands noms de la politique, des arts, de la littérature ou même de la science. Mais, dans le cas des vedettes, l'ordre des confirmations est inversé. C'est parce qu'on a pu parvenir sur le devant de la scène qu'on obtient une sorte de passeport pour les voies où se récoltent tous les autres avantages que la société peut accorder aux statuts prééminents.

Le statut de vedette comporte d'autres caractéristiques qui le rendent incomparable aux autres. D'abord, il ne requiert aucun titre préalable et semble arriver comme par magie. Le spectateur peut s'identifier à la vedette, car aucune barrière d'origine ou de formation ne le sépare de son idole. Sans doute faut-il souvent beaucoup de talent et de travail pour réussir dans le « show-business ». Mais cela n'apparaît pas sur l'écran, et tout adolescent peut imaginer que, si la chance lui sourit, la même ascension foudroyante lui est promise. À quoi bon de longues études ? L'argent, la gloire sont à portée de la main.

Le vedettariat est d'ailleurs polyvalent. Il confère la possibilité de briller partout. Le chanteur en renom devient acteur de cinéma, et vice versa. Tout individu touché par cette grâce sera appelé à exprimer ses opinions sur les ondes, à parler de politique si cela lui fait plaisir, à devenir conseiller patenté en tous genres.

Enfin, le trait le plus remarquable de cette nouvelle aristocratie, c'est qu'elle ne suscite pas l'hostilité qui s'attache généralement à la fortune. Elle est en marge ou au­dessus de la lutte des classes, absoute de tout péché à tel point qu'il est parfois de bon ton que le chanteur milliardaire se fasse le porte-drapeau du prolétariat et de la révolte contre la société dont il est le premier privilégié. Au lieu d'être une tare, la richesse est ici facteur de popularité. Les chroniqueurs font état des villas somptueuses, des voitures de prix, des cachets fabuleux pour stimuler la dévotion des admirateurs.

Est-ce à dire que les anciennes classes dominantes sont en train de disparaître ? Elles ont seulement quitté le devant de la scène, ou n'y paraissent que secondairement. En fait, les détenteurs du pouvoir économique restent plus souvent dans l'ombre. Cela n'est pas sans conséquences, car leur statut cesse d'être prestigieux pour devenir purement financier. La haute bourgeoisie n'est plus dès lors un modèle qui s'offre aux regards. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles ses enfants en contestent la fonction sociale.

Ainsi, la stratification n'est peut-être pas profondément modifiée dans sa réalité, mais elle l'est dans le spectacle qu'elle donne. Elle ne paraît plus correspondre aux finalités et aux valeurs qui pourraient la justifier, la rendre rationnelle.

D'autre part, quand la réussite semble être consacrée ou même conférée par l'accès aux magazines et aux écrans, l'interprète éclipse le créateur. Bien mieux : on parle d'une chanson « créée » par Hallyday et d'un film «de» Belmondo. Celui qui compte, c'est celui qu'on voit. Ainsi, les valeurs esthétiques comme les valeurs sociales sont conditionnées par les communications de masse.

Cette évolution est-elle fatale, irréversible ? Elle l'est sans doute davantage dans la mesure où elle n'est pas décelée, repérée. Elle peut être freinée par une éducation du public, par un travail démystificateur et aussi peut-être par le reclassement des valeurs que produit souvent la satiété ou la retombée des modes.

 

Jean CAZENEUVE (né en 1915), La Vie dans la société moderne (© Gallimard, 1982).

 

I- Questions (10 points)

  1. Quel est le thème traité dans le texte ? Justifiez votre réponse (2 points)
  2. Quelle est  la thèse de l’auteur (2 points)
  3. Quel type de raisonnement l’auteur utilise ? Justifiez votre réponse. ( 2 points)
  4. Etudiez la stratégie argumentative employée par l’auteur dans le texte. (4 points)

 

 

II- Travail d’écriture (10 points)

Jean Cazeneuve évoque le vedettariat. Quelle différence faites-vous entre un héros et une vedette ? Illustrez votre argumentation avec des exemples précis empruntés aux médias mais aussi à la littérature, au théâtre ou au cinéma.


 

Discours prononcé par Léopold II, roi des Belges, en 1883, devant les missionnaires se rendant en Afrique :

Révérends Pères et Chers compatriotes ,

La tâche qui vous est confiée est très délicate à remplir et demande du tact. Prêtres, vous allez certes pour l’évangélisation, mais cette évangélisation doit s’inspirer avant tout des intérêts de
la Belgique.

Le but principal de votre mission au Congo n’est donc point d’apprendre aux Nègres à connaître Dieu, car ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à UN MUNDI, UN MUNGU, UN DIAKOMBA et que sais-je encore ; ils savent que tuer, voler, coucher avec la femme d’autrui, calomnier et injurier est mauvais. Ayons donc le courage de l’avouer. Vous n’irez donc pas leur apprendre ce qu’ils savent déjà.

Votre rôle essentiel est de faciliter leur tâche aux Administratifs et aux Industriels. C’est dire donc que vous interpréterez l’Evangile d’une façon qui serve à mieux protéger nos intérêts dans cette partie du monde. Pour ce faire, vous veillerez entre autre à désintéresser nos sauvages des richesses dont regorgent leurs sol et sous-sol, pour éviter qu’ils s’y intéressent, qu’ils ne nous fassent pas une concurrence meurtrière et rêvent un jour de nous déloger.

Votre connaissance de l’Evangile vous permettra de trouver facilement des textes recommandant aux fidèles d’aimer la pauvreté, tel par exemple « HEUREUX LES PAUVRES CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX. IL EST DIFFICILE AU RICHE D’ENTRER AU CIEL ». Vous ferez tout pour que les Nègres aient peur de s’enrichir pour mériter le ciel. (…) Vous devez les détacher et les faire mépriser tout ce qui leur procurerait le courage de nous affronter. Je fais allusion ici principalement à leurs fétiches de guerre. Qu’ils ne prétendent point ne pas les abandonner et vous, vous mettrez tout en œuvre pour les faire disparaître.

Votre action doit se porter essentiellement sur les jeunes afin qu’ils ne se révoltent pas. Si le commandement du Père est conducteur de celui des Parents, l’enfant devra apprendre à obéir à ce que lui recommande le Missionnaire qui est le père de son âme. Insistez particulièrement sur la soumission et l’obéissance. Evitez de développer l’esprit critique dans vos écoles. Apprenez aux élèves à croire et non à raisonner.

Ce sont-là, Chers Compatriotes, quelques-uns des principes que vous appliquerez. Vous en trouverez beaucoup d’autres dans les livres qui vous seront remis à la fin de cette séance. Evangélisez les Nègres à la mode des Africains, qu’ils restent toujours soumis aux colonialistes blancs. Qu’ils ne se révoltent jamais contre les injustices que ceux-ci leur feront subir. Faites leurs méditer chaque jour « HEUREUX CEUX QUI PLEURENT CAR LE ROYAUME DES CIEUX EST A EUX ». Convertissez toujours des Noirs au moyen de la chicotte.

Gardez leurs femmes à la soumission pendant neuf mois afin qu’elles travaillent gratuitement pour vous. Exigez ensuite qu’ils vous offrent en signe de reconnaissance des chèvres, poules, œufs, chaque fois que vous visitez leurs villages. Faites tout pour éviter à jamais que les Noirs ne deviennent riches.

Chantez chaque jour qu’ils est impossible au riche d’entrer au ciel. Faites leurs payer une taxe chaque semaine à la messe du dimanche. Utilisez ensuite cet argent prétendument destinés aux pauvres et transférez ainsi vos missions à des centres commerciaux florissants. Instituez pour eux un système de confession qui fera de vous de bons détectives pour démentir, auprès des Autorités investies du pouvoir de décision, tout Noir qui a une prise de conscience.

Extrait du journal camerounais L’Afric-Nature, N°005, octobre 1994 et du “Réformateur Chrétien N°004, page 11

 

I-                   Questions (10 points)

1.      Par quels indices le locuteur implique-t-il son destinataire dans l’argumentation ? (2 points)

2.      Reformulez la thèse développée par le locuteur dans ce passage.(2 points)

3.      Quel est le rôle des références bibliques aux paragraphes 4 et 7 ? (2 points)

4.      Quels moyens le locuteur utilise-t-il pour convaincre et persuader son destinataire ?

 

II-                 Travail d’écriture (10 points)

Dans un développement argumenté et organisé, discutez l’idée selon laquelle la religion est un prolongement du processus de colonisation.

Par Edgard - Publié dans : Pédagogie
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Jeudi 15 mars 2007 4 15 /03 /Mars /2007 14:48

Texte n°1 : Viens mon amour, Joseph Kariuki

Viens mon amour loin des rues

où des yeux hostiles nous divisent,

et où les vitrines reflètent nos différences.

Repose à l’abri de ma chambre fidèle.

  

Là, hors d’atteinte des propos laissés

derrière moi, je puis ne voir que toi

et dans mes yeux noirs tes yeux gris

vont se dissoudre.

La lumière des bougies projette

deux ombres noires sur le mur

et puis une, quand je me rapproche de toi

 

Lorsqu’enfin, s’éteignent les lumières

et que je sens ta main dans la mienne

deux souffles humains se rejoignent

et le piano tisse

son incomparable harmonie.

 


Texte n°2
 : Anniversaire,
Paul Eluard 

 

Je fête l'essentiel je fête ta présence
Rien n'est passé la vie a des feuilles nouvelles
Les plus jeunes ruisseaux sortent dans l'herbe fraîche

 

Et comme nous aimons la chaleur il fait chaud

Les couleurs brûlent les fruits abusent du soleil
Puis l’automne courtise ardemment l’hiver vierge

 

L’homme ne mûrit pas il vieillit ses enfants

Ont le temps de vieillir avant qu’il ne soit mort
Et les enfants de ses enfants il les fait rire

 

Toi première et dernière tu n’as pas vieilli

 Et pour illuminer mon amour et ma vie
Tu conserves ton cœur de belle femme nue

 

 

 

Texte n°3 : L’encre de tes yeux, Francis Cabrel

  

Puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fou, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

Je n'avais pas vu que tu portais des chaînes
À trop vouloir te regarder,
J'en oubliais les miennes
On rêvait de Venise et de liberté
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
C'est ton sourire qui me l'a dicté.

Tu viendras longtemps marcher dans mes rêves
Tu viendras toujours du côté
Où le soleil se lève
Et si malgré ça j'arrive à t'oublier
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Aura longtemps le parfum des regrets.

Mais puisqu'on ne vivra jamais tous les deux
Puisqu'on est fou, puisqu'on est seuls
Puisqu'ils sont si nombreux
Même la morale parle pour eux
J'aimerais quand même te dire
Tout ce que j'ai pu écrire
Je l'ai puisé à l'encre de tes yeux.

 

 

Texte n°4 : L’invitation au voyage, Les fleurs du mal, Baudelaire

  

Mon enfant, ma sœur,

            Songe à la douceur

D'aller là-bas vivre ensemble !

            Aimer à loisir,

            Aimer et mourir

Au pays qui te ressemble !

            Les soleils mouillés

            De ces ciels brouillés

Pour mon esprit ont les charmes

            Si mystérieux

            De tes traîtres yeux,

Brillant à travers leurs larmes.

 

 

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

 

            Des meubles luisants,

            Polis par les ans,

Décoreraient notre chambre;

            Les plus rares fleurs

            Mêlant leurs odeurs

Aux vagues senteurs de l'ambre,

            Les riches plafonds,

            Les miroirs profonds,

La splendeur orientale,

            Tout y parlerait

            A l'âme en secret

Sa douce langue natale.

 

 

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

 

            Vois sur ces canaux

            Dormir ces vaisseaux

Dont l'humeur est vagabonde ;

            C'est pour assouvir

            Ton moindre désir

Qu'ils viennent du bout du monde.

            - Les soleils couchants

            Revêtent les champs,

Les canaux, la ville entière,

            D'hyacinthe et d'or ;

            Le monde s'endort

Dans une chaude lumière.

 

 

Là, tout n'est qu'ordre et beauté,

Luxe, calme et volupté.

 

 

Texte n°5 : Je l’aime à mourir, "Les chemins de traverse",1972 

Moi je n'étais rien
Et voilà qu'aujourd'hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l'aime à mourir
Vous pouvez détruire
Tout ce qu'il vous plaira
Elle n'a qu'à ouvrir
L'espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l'aime à mourir

Elle a gommé les chiffres
Des horloges du quartier
Elle a fait de ma vie
Des cocottes en papier
Des éclats de rire
Elle a bâti des ponts
Entre nous et le ciel
Et nous les traversons
À chaque fois qu'elle
Ne veut pas dormir
Ne veut pas dormir
Je l'aime à mourir

Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd'hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l'amour aussi
Elle vit de son mieux
Son rêve d'opaline
Elle danse au milieu
Des forêts qu'elle dessine
Je l'aime à mourir

Elle porte des rubans
Qu'elle laisse s'envoler
Elle me chante souvent
Que j'ai tort d'essayer
De les retenir
De les retenir
Je l'aime à mourir
Pour monter dans sa grotte
Cachée sous les toits
Je dois clouer des notes
À mes sabots de bois
Je l'aime à mourir

Je dois juste m'asseoir
Je ne dois pas parler
Je ne dois rien vouloir
Je dois juste essayer
De lui appartenir
De lui appartenir
Je l'aime à mourir

Elle a dû faire toutes les guerres
Pour être si forte aujourd'hui
Elle a dû faire toutes les guerres
De la vie, et l'amour aussi
Moi je n'étais rien
Et voilà qu'aujourd'hui
Je suis le gardien
Du sommeil de ses nuits
Je l'aime à mourir

Vous pouvez détruire
Tout ce qu'il vous plaira
Elle n'aura qu'à ouvrir
L'espace de ses bras
Pour tout reconstruire
Pour tout reconstruire
Je l'aime à mourir

 

  

Texte n°6 : Les vieux mariés, Michel Sardou

 

On vient de marier le dernier.
Tous nos enfants sont désormais heureux sans nous.
Ce soir il me vient une idée :
Si l'on pensait un peu à nous,
Un peu à nous.

On s'est toujours beaucoup aimés,
Mais sans un jour pour vraiment s'occuper de nous,
Alors il me vient une idée :
Si l'on partait comme deux vieux fous,
Comme deux vieux fous.

On habiterait à l'hôtel.
On prendrait le café au lit.
On choisirait un p'tit hôtel
Dans un joli coin du midi.
Ce soir il me vient des idées,
Ce soir il me vient des idées.

On a toujours bien travaillé.
On a souvent eu peur de n'pas y arriver.
Maintenant qu'on est tous les deux,
Si l'on pensait à être heureux,
A être heureux.

Tu m'as donné de beaux enfants.
Tu as le droit de te reposer maintenant,
Alors il me vient une idée :
Comm'eux j'aimerais voyager,
Hmmm Voyager.

Mais on irait beaucoup moins loin :
On n'partirait que quelques jours
Et si tu me tiens bien la main,
Je te reparlerai d'amour.
Ce soir il me vient des idées,
Ce soir il me vient des idées.

Nous revivrons nos jours heureux
Et jusqu'au bout moi je ne verrai plus que toi.
Le temps qui nous a rendus vieux
N'a pas changé mon cœur pour ça,
Mon cœur pour ça.

 


Texte n°7
 : P h è d r e,
Racine

Oui, Prince, je languis, je brûle pour Thésée.

635      Je l' aime, non point tel que l' ont vu les Enfers,
Volage adorateur de mille objets divers,
Qui va du Dieu des Morts déshonorer la couche ;
Mais fidèle, mais fier, et même un peu farouche,
Charmant, jeune, traînant tous les coeurs après soi,

640      Tel qu' on dépeint nos Dieux, ou tel que je vous voi.
Il avoit votre port, vos yeux, votre langage,
Cette noble pudeur coloroit son visage,
Lorsque de notre Crète il traversa les flots,
Digne sujet des voeux des Filles de Minos.

645      Que faisiez-vous alors ? Pourquoi sans Hippolyte
Des Héros de la Grèce assembla-t-il l' élite ?
Pourquoi trop jeune encor ne pûtes-vous alors
Entrer dans le Vaisseau qui le mit sur nos bords ?
Par vous auroit péri le Monstre de la Crète,

650      Malgré tous les détours de sa vaste retraite.
Pour en développer l' embarras incertain,
Ma Soeur du fil fatal eût armé votre main.
Mais non, dans ce dessein je l' aurois devancée.
L' Amour m' en eût d' abord inspiré la pensée.

655      C' est moi, Prince, c' est moi dont l' utile secours
Vous eût du Labyrinthe enseigné les détours.
Que de soins m' eût coûtés cette Tête charmante !
Un fil n' eût point assez rassuré votre Amante.
Compagne du péril qu' il vous falloit chercher,

660      Moi-même devant vous j' aurois voulu marcher,
Et Phèdre au Labyrinthe avec vous descendue,
Se seroit avec vous retrouvée, ou perdue.

 

 

 

 

Par Edgard - Publié dans : Culture
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