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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 13:41

Adeline, réfugiée près du lit, se demandait à quelle sorte de travail se livraient les deux servantes armées d’engins aussi primitifs.
La frénésie belliqueuse dont elles furent saisies dépassa ses prévisions les plus pessimistes, tout en lui donnant une forte envie de rire.
A droite, à gauche, sur les chaises, sur les tables, sur le coffre, sur la coiffeuse, sur les murs, par terre, en l’air, dans le vide, elles projetaient les lanières de leurs fouets ; la mère, malgré son âge et sa corpulence, ne se démenait pas moins que sa fille : elles pivotaient sur elles-mêmes, se penchaient, se redressaient, toujours agitant leurs verges sinueuses et fustigeant au petit bonheur devant elles.

La poussière, réveillée en sursaut de sa léthargie séculaire, prenait la fuite comme elle pouvait.
Elle s’élevait en petits nuages, montait au plafond hors de portée des terribles lanières, flottait en suspens dans le demi jour, cherchait un refuge dans les toiles d’araignée inaccessible.
L’irritation d’être soumises à un extra non prévu dans les habitudes de la maison attisait la rage des deux furies, Adeline ne le devinait que trop bien.
Elles sautaient sur place, lançaient le plus haut possible leurs courts bras dodus, bondissaient, rugissaient, apostrophant les corpuscules rebelles pour les obliger à retomber du plafond et à prendre une autre raclée.
Cette danse de guerre dura tant qu’elles n’eurent pas épuisé leur soif de vengeance. Lorsqu’elles jugèrent la correction suffisante, elles quittèrent la pièce, tête haute et sourire triomphal, laissant la poussière descendre à nouveau sur les meubles et se rendormir dans la pénombre.

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Published by Edgard - dans Culture Livre
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