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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 13:53

Le Père Sorel a décidé de placer son fils Julien comme précepteur chez monsieur de Rénal. Julien vient se présenter, désolé à l’idée d’être traité comme un domestique, lui qui rêve de grandeur. Madame de Rénal attend avec in quiétude ce précepteur qu’elle imagine « grossier et mal peigné, chargé de gronder ses enfants ».


Avec la vivacité et la grâce qui lui étaient naturelles quand elle était loin du regard des hommes, madame de Rénal sortait par la porte-fenêtre du salon qui donnait sur le jardin, quand elle aperçut près de la porte d’entrée la figure d’un jeune paysan presque encore enfant, extrêmement pale et qui venait de pleurer.
Il était en chemise bien blanche, et avait sous le bras une veste fort propre de ratine violette. Le teint de ce petit paysan était si blanc, ses yeux si doux, que l’esprit un peu romanesque de madame de Rénal eut d’abord l’idée que ce pouvait être une jeune fille déguisée, qui venait demander quelque grâce à M. le maire.
Elle eut pitié de cette pauvre créature, arrêtée à la porte d’entrée, et qui évidemment n’osait pas lever la main jusqu’à la sonnette.
Madame de Rénal s’approcha, distraite un moment de l’amer chagrin que lui donnait l’arrivée du précepteur.
Julien, tourné vers la porte, ne la voyait pas s’avancer. Il tressaillit quand une voix douce dit tout près de son oreille : « Que voulez-vous ici, mon enfant ? »

Julien se tourna vivement, et, frappé du regard si rempli de grâce de madame de Rénal, il oublia une partie de sa timidité.
Bientôt, étonné de sa beauté, il oublia tout, même ce qu’il venait de faire. Madame de Rénal avait répété sa question.

« Je viens pour être précepteur, madame », lui dit-il enfin, tout honteux de ses larmes qu’il essuyait de son mieux.

Madame de Rénal resta interdite ; ils étaient fort près l’un de l’autre à se regarder. Julien n’avait jamais vu un être aussi bien vêtu et surtout une femme avec un teint si éblouissant, lui parler d’un air doux.
Madame de Rénal regardait les grosses larmes qui s’étaient arrêtées sur les joues si pales d’abord et maintenant si roses de ce jeune paysan.
Bientôt elle se mit à rire avec toute la gaieté folle d’une jeune fille ; elle se moquait d’elle-même et ne pouvait se figurer tout son bonheur.
Quoi, c’était là ce précepteur qu’elle s’était figuré comme un  prêtre sale et mal vêtu, qui viendrait gronder et fouetter ses enfants !

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Published by Edgard - dans Culture Livre
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