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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:33

Les boeufs pleurent bien, ces longs beuglements étaient bien des plaintes, des cris désespérés. Cela, Yoro, l’homme des bœufs, le savait depuis son enfance, mais c’était la première fois qu’il les percevait ainsi, ces pleurs, si forts et si déchirants.
Et il ne pouvait rien faire pour ses bêtes, rien que les suivre dans leur trouble errance.

Ce pays était devenu sec, sec ; incroyablement desséché et abandonné.
Depuis deux jours ils n’avaient rencontré que des villages désertés, aux puits morts, comme sucés par la soif des hommes, jusqu’à la toute dernière goutte d’eau. Jadis, dans les récits des veillées, Yoro avait entendu les anciens parler de terribles sécheresses ; mais avait toujours perçu cela comme les autres terribles choses de la mythologie ; terribles mais lointaines.
Et pourtant ce qu’il vivait depuis deux mois n’avait rien des contes et des récits ; il vivait une bien plus terrible réalité.

Il avait vu la soif et la faim des hommes ; des hommes devenant, s’enfuyant devant eux, en hordes perdues, sans but défini, comme vers la mort.

Il avait vu des bergers affolés vendre leurs troupeaux, pour une bouchée de pain, à des spectateurs venus de la ville, avec des gros camions, tout rafler après de cyniques marchandages.

Aux yeux du berger, les choses semblaient encore plus horribles pour les animaux : partout des bœufs, des moutons, des chèvres maigrissant, fondant littéralement avant de s’écrouler pour ne plus se relever.

Partout des troupeaux décimés, des dépouilles de bêtes que l’on ne dissimulait pas rapidement comme celles des hommes, et qui pourrissaient au soleil, chargeant l’air déjà suffocant d’une fétide odeur de mort.
Et il avait même vu des bœufs se tuer, oui, en se jetant au fond des puits secs, préférant, eux que l’ont dit bêtes, la mort à la désespérante vie sans eau.

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Published by Edgard - dans Culture Société
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