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14 décembre 2008 7 14 /12 /décembre /2008 10:49

Nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé.


A lire avec une pensée particulière pour le poète marocain Abdellatif Laabi, auteur de ce poème intitulé "Mort mienne" :

À trente-trois ans
voilà que je pense moi aussi à la mort

Ce n’est pas de la mort en majuscules qu’il s’agit
mais tout simplement de la mienne
qui peut survenir un jour ou l’autre
et avec l’expérience de laquelle
il faut que je règle quelques comptes

Ce ne sont pas des idées noires
non, c’est tout à fait réaliste
lorsqu’on a encore des années à tirer en prison
et que l’on est jour et nuit
à la merci de ses tortionnaires
Mort mienne

je te veux douce comme ces rêves heureux
où malgré tous les obstacles
je parviens au bout du dédale
à saisir et caresser la main de ma bien-aimée
à recomposer la couleur de ses yeux
à sentir le pétale d’une larme
se former sur le flambeau de sa pupille

Douce je te veux
une seule image
résumant toutes les splendeurs de l’assaut humain
toutes les promesses que tiendra la vie
Je te veux en un frémissement d’aurore
forêt de mains couvrant la planète
et des rires chauds et des tambours en furie
et des flûtes abolissant les vieilles vieilles solitudes

Tu pourras alors me taper sur l’épaule
Mort mienne
et je te suivrai sans réticence
Je ne laisserai derrière moi ni trésor caché
ni biens immobiliers
mais quelques paroles pour l’avènement de l’homme
et cette tendresse miraculeuse qui me permet
Mort mienne
de défier ton regard mécanique
et de m’endormir paisiblement
en sachant que mes rêves
ne tomberont pas en poussière
comme mon écorce matérielle
mais fleuriront sur les sentiers
que les hommes empruntent
pour échanger des soleils
en se donnant l’accolade
et pour lutter

(Maison centrale de Kénitra, 1975)


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Published by Edgard - dans Actualité
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