Vendredi 24 avril 2009
Pour une deuxième fois, je reçois un prix (le 3ème) de la part de BICIG pour un essai.
Extraits:

Pour que l’héritage culturel soit étroitement associé à la modernité, comme le suggère la conjonction de coordination « et », au plan politique il nous faut d’abord réaffirmer, par les Actes, notre volonté de respecter notre Constitution. Ne plus se contenter de proclamer « solennellement son attachement à ses valeurs sociales profondes et traditionnelles, à son patrimoine culturel, matériel et spirituel » (Préambule, alinéa 3 de la Constitution gabonaise), mais agir pour recueillir, préserver et diffuser ce patrimoine. Les plans d’actions existent depuis fort longtemps, comme nous l’avons vu. Il suffit maintenant de joindre l’acte à la parole. De plus, quand le peuple gabonais affirme, dans l’article 2, 8ème alinéa de la Constitution, sa volonté d’œuvrer « pour la protection et la promotion des langues nationales », il est plus que temps de passer à l’action et ce d’autant plus que l’on constate que même chez l’ancien colonisateur, les langues locales (breton, alsacien, gascon…) sont enseignées en option à l’école, au collège, au lycée et à l’Université.

Par ailleurs, le Politique (notamment à travers les textes législatifs) devrait s’arrimer à la Culture en  abolissant l’interdiction de la dot, en intégrant les Chefs traditionnels (chefs de village, chefs de canton) dans la vie politique quotidienne.

 

Au plan économique, nous sommes conscient qu’une vaste entreprise de collecte, de préservation et de diffusion du patrimoine culturel sera considérée comme un investissement peu rentable (car à long terme) dont l’opportunité en temps de crise financière internationale sera peu perceptible. Pourtant, dans l’optique de préparer l’après-pétrole, investir massivement dans la culture serait judicieux, d’autant plus que la culture complète le tourisme et permettrait donc de développer un segment particulier du tourisme : le tourisme culturel. Des pays comme le Maroc, le Kenya, le Sénégal ou l’Egypte tirent des revenus substantiels du tourisme pour avoir su allier héritage culturel et modernité en préservant des sites, des objets culturels et en développant des infrastructures d’accueil (hôtels, motels, résidences, etc) de tous types et pour toutes les bourses.

En outre, nous devrions investir dans des structures d’accueil et de promotion d’événements culturels du type du Centre Culturel Français. Songeons un seul instant que pour rencontrer son public dans un environnement adéquat, un artiste gabonais (peintre, chanteur, sculpteur, danseur…) est contraint, près de cinquante ans après l’indépendance, de se produire dans un espace créé pour promouvoir  d’abord et avant tout la culture française !

Enfin,  l’Etat devrait avoir pour souci de récupérer son patrimoine culturel disséminé à l’étranger, dans des musées ou chez des particuliers. Ainsi, lorsqu’il y a des ventes aux enchères, des agents culturels de l’Etat gabonais (Conseillers culturels d’ambassade par exemple) devraient avoir les moyens de récupérer ce patrimoine culturel. Et si les financiers posaient des objections d’ordre budgétaire, on pourrait leur suggérer de puiser dans ce fameux Fonds pour les générations futures, car il s’agirait là réellement d’un investissement rentable à long terme, un véritable placement.

 

Au plan social, nous, éducateurs (parents, enseignants) devons être conscients qu’il n’y aura d’héritage culturel que si chacun de nous se préoccupe d’agir à titre individuel, professionnel voire au niveau de l’Etat.

En tant qu’individus, chacun de nous peut réactiver les anciens rites qui rythmaient la vie de l’homme gabonais (à la naissance, lors de la circoncision-initiation-, lors de la mort).Affirmer notre négritude à travers le port de vêtements africains, la valorisation de nos arts et de notre artisanat…C’est à chacun de nous de valoriser, sur le plan  vestimentaire, le raphia par exemple.

En tant que parents, à nous de transmettre nos langues à nos enfants et de rétablir les liens entre eux et leurs grands-parents au village.

En tant qu’enseignants, nous pouvons modestement travailler à la collecte d’éléments de la Tradition orale. Par exemple, en sixième et en cinquième, le conte gabonais, sa collecte, sa diction en classe, en langue maternelle puis traduit en français sont des activités conformes au programme officiel et qui peuvent avantageusement remplacer la traditionnelle récitation.

 

Sur le plan culturel enfin, un travail important doit être réalisé pour faire évoluer les mentalités et les comportements. Toute culture est dynamique et il serait temps que l'on s'interroge sur ce qu'il y a de positif dans nos us et coutumes et sur ce qu'elles ont de négatif, afin d'adapter nos lois en conséquence en considérant comme textes de référence notre Constitution  et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, entre autres textes. Ainsi, l’interdiction légale de la dot devrait être abrogée pour adapter notre législation à nos valeurs culturelles positives. L’Etat est le principal acteur ici, à travers le Communication (les différents médias publics), la Culture évidemment, l’Education et l’Enseignement supérieur.

Par Edgard - Publié dans : Culture
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