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24 avril 2009 5 24 /04 /avril /2009 11:33
Pour une deuxième fois, je reçois un prix (le 3ème) de la part de BICIG pour un essai.
Extraits:

Pour que l’héritage culturel soit étroitement associé à la modernité, comme le suggère la conjonction de coordination « et », au plan politique il nous faut d’abord réaffirmer, par les Actes, notre volonté de respecter notre Constitution. Ne plus se contenter de proclamer « solennellement son attachement à ses valeurs sociales profondes et traditionnelles, à son patrimoine culturel, matériel et spirituel » (Préambule, alinéa 3 de la Constitution gabonaise), mais agir pour recueillir, préserver et diffuser ce patrimoine. Les plans d’actions existent depuis fort longtemps, comme nous l’avons vu. Il suffit maintenant de joindre l’acte à la parole. De plus, quand le peuple gabonais affirme, dans l’article 2, 8ème alinéa de la Constitution, sa volonté d’œuvrer « pour la protection et la promotion des langues nationales », il est plus que temps de passer à l’action et ce d’autant plus que l’on constate que même chez l’ancien colonisateur, les langues locales (breton, alsacien, gascon…) sont enseignées en option à l’école, au collège, au lycée et à l’Université.

Par ailleurs, le Politique (notamment à travers les textes législatifs) devrait s’arrimer à la Culture en  abolissant l’interdiction de la dot, en intégrant les Chefs traditionnels (chefs de village, chefs de canton) dans la vie politique quotidienne.

 

Au plan économique, nous sommes conscient qu’une vaste entreprise de collecte, de préservation et de diffusion du patrimoine culturel sera considérée comme un investissement peu rentable (car à long terme) dont l’opportunité en temps de crise financière internationale sera peu perceptible. Pourtant, dans l’optique de préparer l’après-pétrole, investir massivement dans la culture serait judicieux, d’autant plus que la culture complète le tourisme et permettrait donc de développer un segment particulier du tourisme : le tourisme culturel. Des pays comme le Maroc, le Kenya, le Sénégal ou l’Egypte tirent des revenus substantiels du tourisme pour avoir su allier héritage culturel et modernité en préservant des sites, des objets culturels et en développant des infrastructures d’accueil (hôtels, motels, résidences, etc) de tous types et pour toutes les bourses.

En outre, nous devrions investir dans des structures d’accueil et de promotion d’événements culturels du type du Centre Culturel Français. Songeons un seul instant que pour rencontrer son public dans un environnement adéquat, un artiste gabonais (peintre, chanteur, sculpteur, danseur…) est contraint, près de cinquante ans après l’indépendance, de se produire dans un espace créé pour promouvoir  d’abord et avant tout la culture française !

Enfin,  l’Etat devrait avoir pour souci de récupérer son patrimoine culturel disséminé à l’étranger, dans des musées ou chez des particuliers. Ainsi, lorsqu’il y a des ventes aux enchères, des agents culturels de l’Etat gabonais (Conseillers culturels d’ambassade par exemple) devraient avoir les moyens de récupérer ce patrimoine culturel. Et si les financiers posaient des objections d’ordre budgétaire, on pourrait leur suggérer de puiser dans ce fameux Fonds pour les générations futures, car il s’agirait là réellement d’un investissement rentable à long terme, un véritable placement.

 

Au plan social, nous, éducateurs (parents, enseignants) devons être conscients qu’il n’y aura d’héritage culturel que si chacun de nous se préoccupe d’agir à titre individuel, professionnel voire au niveau de l’Etat.

En tant qu’individus, chacun de nous peut réactiver les anciens rites qui rythmaient la vie de l’homme gabonais (à la naissance, lors de la circoncision-initiation-, lors de la mort).Affirmer notre négritude à travers le port de vêtements africains, la valorisation de nos arts et de notre artisanat…C’est à chacun de nous de valoriser, sur le plan  vestimentaire, le raphia par exemple.

En tant que parents, à nous de transmettre nos langues à nos enfants et de rétablir les liens entre eux et leurs grands-parents au village.

En tant qu’enseignants, nous pouvons modestement travailler à la collecte d’éléments de la Tradition orale. Par exemple, en sixième et en cinquième, le conte gabonais, sa collecte, sa diction en classe, en langue maternelle puis traduit en français sont des activités conformes au programme officiel et qui peuvent avantageusement remplacer la traditionnelle récitation.

 

Sur le plan culturel enfin, un travail important doit être réalisé pour faire évoluer les mentalités et les comportements. Toute culture est dynamique et il serait temps que l'on s'interroge sur ce qu'il y a de positif dans nos us et coutumes et sur ce qu'elles ont de négatif, afin d'adapter nos lois en conséquence en considérant comme textes de référence notre Constitution  et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948, entre autres textes. Ainsi, l’interdiction légale de la dot devrait être abrogée pour adapter notre législation à nos valeurs culturelles positives. L’Etat est le principal acteur ici, à travers le Communication (les différents médias publics), la Culture évidemment, l’Education et l’Enseignement supérieur.

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Published by Edgard - dans Culture
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Sylvie Minnebie 18/01/2013 07:33


Bonjour


un livre pour susciter des envies de voyage au Gabon...


www.anyota.com


Cordialement,


 

EVIVI 21/06/2009 08:35

Bonjour,je suis très heureux de découvrir le travail que vous abattez pour introduire au centre des débats la question de la culture. Et, particulièrement votre ouvrage, dont je crois l'extrait ci-dessus illustre assez bien la question. Au fond, la culture occupe t-elle une place centrale dans les budgets d'investissement gabonais ? Trivialement dit, on conclurait vite par la négative. En réalité, nous amoureux de la culture devrions accompagner ce qui ce se fait en la matière. Je pense à la fête des cultures (FCL), à la restructuration du musée nationale, au mémoriale Léon Mba, au CICIBA, et d'autres initiatives privées, comme la votre, qui concourent à la création, à la promotion et à la préservation de la culture gabonaise. Acompagner, dis-je, en effet pour en cerner la puissance de cette culture. Sans doute, encore fragile, la culture gabonaise gagnerait en rayonnement si l'inventissement répondait à l'urgence qu'elle impose. Des Blogs comme les tiens devraient se multiplier afin de donner plus de vitrine à des peintres comme Olimbo Ndjavé, Michelle Nze, Georges Mbourou, Minkoe Mi-Nze, Nzorlyn Ntoutoume et d'autres. MovaizHaleine, Akendengue, ou autres témoignent de cette vitalité en s'exportant au delà des mers. Que dire la pierre de Mbigou et du Marché artisanal qui sont constituent les premières attractions des touristes avant leur départ vers les parcs nationaux. L'histoire des missions chétiennes pourrait enrichir davantage ce tableau de la culture dont la base fondatrice est assurément le patrimoine Bwiti qui à travers l'Ogooué irrigue tout le Gabon.Peut-on oublier cette fleurissante littérature gabonaise des silences et des mystères dont Bessora Nang Nguema, Okoumba-Nkoghe, Justine Mintsa et Laurent Owondo cristallisent l'identité. A quoi il faut ajouter le massif patrimoine léguer par Raponda Walker et les joueurs du Mvet que symbolise Tsira ndong Ndoutoume et ses trois tomes.Et le Musée d'art virtuel, unique au monde, qui pésente le fond Gabon, à travers rites et rituels; initiations et dieux; blanc et rouge; hommes et ancêtres, bref un miroir du Gabon et ses esprits de la fôret. Il faut convaincre autour de soi, partager les expériences et se donner la souffrance de mettre la culture au centre de la vie.