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Zidouma fait une lessive ce matin. Elle s’est levée tôt pour occuper le seul point d’eau du bidonville : une pompe manuelle qui tire de l’eau potable du Rhône, l’bomba (la pompe). Dans le petit bassin de briques rouges que Berthier avait conçu pour arroser son jardin, elle tord, frotte et frappe sur le ciment de lourds draps gonflés d’eau.
Courbée à quatre-vingt-dix degrés, elle savonne avec son saboune d’Marsaille, puis actionne une fois, deux fois la pompe pour tirer l’eau. Elle frotte à nouveau, rince, tire l’eau, essore le linge de ses deux bras musclés…Elle n’en finit pas de répéter les opérations. Le temps passe. Elle sait bien qu’au Chaâba il n’ya qu’un seul puits, mais son comportement indique une volonté précise. Elle tient à prendre son temps, beaucoup de temps. Et que quelqu’un s’aventure à lui faire la moindre remarque, il va comprendre sa douleur !
Justement, ce quelqu’un attend à quelques mètres. C’est la voisine de Zidouma qui habite dans le baraquement collé au sien. Des deux mains, elle tient un seau dans lequel s’amoncellent des draps sales, des vêtements pour enfants, des torchons…Elle patiente, elle patiente…Zidouma, infatigable, ne daigne même pas tourner les yeux, bien qu’elle ait senti depuis quelques minutes déjà une présence dans son dos qui marque des signes d’énervement. Elle ralentit même ses mouvements.
Et la voisine patiente toujours, elle pati…non, elle ne patiente plus. Laissant tomber son seau, elle charge, tel un bouc, sur sa rivale. Le choc est terrible. Les deux femmes s’empoignent dans des cris de guerre sortis du tréfonds des gorges.
Attirées par l’agitation, les autres femmes sortent des baraques. L’une d’elles, qui appartient à l’un des deux clans de la communauté, s’intercale entre les belligérantes pour apaiser les esprits. Soi-disant pour calmer la plus nerveuse, elle lui assène un revers de main terrible sur la joue droite. Il n’en faut pas plus à ma mère pour qu’elle se jette dans la mêlée. M’abandonnant à mon café au lait, elle met en mouvement sa solide ossature en maugréant.
Je ne tente pas de la retenir. On ne retient pas un rhinocéros en mouvement.
Azouz Begag, Le gone de Chaaba
Sans séparer le fond de la forme, vous ferez de ce texte un commentaire composé.
Vous pourrez, par exemple, montrer comment le narrateur confère à une scène banale de la vie quotidienne une dimension épique.
« Le grand voyage », Paul Eluard, Une leçon de morale, 1950
Le grand voyage de verdure que j’ai fait
Malgré tant de mauvais esprits
La nature toujours s’en va vers sa naissance
Et j’ai été reçu par l’aube ressemblante
Et des légions d’oiseaux m’ouvraient leur cœur sonore
En secouant leurs plumes et leur chant sur l’herbe
Les vagues du matin se levaient une à une
Les fleurs se partageaient les couleurs de midi
J’étais très gai je me sentais frais et dispos
J’avançais en entier rayonnant de partout
Sur la rosée montante et sur les fruits solaires
J’avais raison je vivais bien
Car j’avais fait un grand voyage passionnel
Alors que tout m’était contraire
Du point du jour de ton épaule à tes yeux clés
Du sillon de ta bouche aux moissons de tes mains
Du pays de ton front au climat de ton sein
J’ai ranimé la forme de mon corps sensible
Et garce à tes sourires qui lavaient mon sang
J’ai de nouveau vu clair dans le miroir du jour
Et grace à tes baisers qui me liaient au monde
Je me sis retrouvé faible comme un enfant
Fort comme un homme et digne de mener mes rêves
Vers le feu doux de l’avenir.
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Onze bouches à nourrir, Elonga, 1980, Ntyugwetondo RAWIRI,
Toute la famille se trouvait réunie autour de la table. Ils digéraient le lourd repas de manioc et de poisson salé qu’ils venaient de terminer. Ce soir-là, les mines sont maussades. Igowo était revenu plusieurs fois les voir, seul ou avec Ziza et Pierre Henry. L’accueil variait au gré de l’humeur de Mboumba, tantôt chaleureux, tantôt glacial. Aujourd’hui, leur apparition inattendue surprend tout le monde. Non pas qu’Igowo ait l’habitude de prévenir de son arrivée. Mais ce soir, ils auraient sans doute souhaité rester seuls à pleurer sur leur misère. Depuis quelques temps, ils ne mangeaient plus à leur faim. La nourriture était devenue trop chère pour les maigres salaires du père et du fils. Le poisson, rare, atteignait des prix exorbitants. C’était une denrée de luxe. (…)
Les enfants dépérissaient à vue d’œil. Ils ne jouaient plus avec les camarades de leur âge dans la cour du quartier. Les plus petits pleurnichaient à la moindre taquinerie des aînés. Ce qui leur attirait les coups et les imprécations de la mère les nerfs à fleur de peau. Dans ses moments de révoltes, elle accusait avec véhémence son fils Mpira d’être incapable, et son époux de faire preuve d’une criminelle insouciance. Comment pouvait-elle nourrir onze bouches avec seulement du manioc ? Ce manioc qui provoquait chez tous une constipation opiniâtre. Où voulait-on qu’elle trouve des laxatifs pour détendre au moins les ventres des plus jeunes dont le sommeil devenait pénible ? Las d’entendre ces jérémiades, le mari la traitait de tous les noms. Les autres épouses ne se contentent pas d’attendre leur conjoint les bras ballants ; elles vendent des beignets au marché ou devant leur maison… Si la sienne secouait un peu sa torpeur, ils mangeaient une nourriture plus variée et plus riche. Il ne pouvait pas, à lui tout à la fois, le loyer, les vêtements et la nourriture. Puis il s’en prenait à son fils. Ce fainéant ne pouvait pas se débrouiller pour changer d’emploi au lieu de se contenter d’une simple place de planton. Il devrait mourir de honte. Que n’aurait-il pas fait pour être le père d’Igowo ! Au moins il serait comblé.
Igowo est le neveu de Mboumba. Ziza et Pierre Henry sont ses amis
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Extrait de L’école du sud, D. Fernandez, LGF, 1989
Adeline, réfugiée près du lit, se demandait à quelle sorte de travail se livraient les deux servantes armées d’engins aussi primitifs. La frénésie belliqueuse dont elles furent saisies dépassa ses prévisions les plus pessimistes, tout en lui donnant une forte envie de rire. A droite, à gauche, sur les chaises, sur les tables, sur le coffre, sur la coiffeuse, sur les murs, par terre, en l’air, dans le vide, elles projetaient les lanières de leurs fouets ; la mère, malgré son âge et sa corpulence, ne se démenait pas moins que sa fille : elles pivotaient sur elles-mêmes, se penchaient, se redressaient, toujours agitant leurs verges sinueuses et fustigeant au petit bonheur devant elles.
La poussière, réveillée en sursaut de sa léthargie séculaire, prenait la fuite comme elle pouvait. Elle s’élevait en petits nuages, montait au plafond hors de portée des terribles lanières, flottait en suspens dans le demi jour, cherchait un refuge dans les toiles d’araignée inaccessible. L’irritation d’être soumises à un extra non prévu dans les habitudes de la maison attisait la rage des deux furies, Adeline ne le devinait que trop bien. Elles sautaient sur place, lançaient le plus haut possible leurs courts bras dodus, bondissaient, rugissaient, apostrophant les corpuscules rebelles pour les obliger à retomber du plafond et à prendre une autre raclée. Cette danse de guerre dura tant qu’elles n’eurent pas épuisé leur soif de vengeance. Lorsqu’elles jugèrent la correction suffisante, elles quittèrent la pièce, tête haute et sourire triomphal, laissant la poussière descendre à nouveau sur les meubles et se rendormir dans la pénombre.
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« Petit-Paris » a pleuré, Patrimoine, Lucie Mba
Petit-Paris a pleuré
En cette nuit moirée
Martelée par les cris stridents
D’hommes et de femmes abasourdis.
Les oreilles de Zoa ont vibré ;
Dans une fortification en contrebas,
Des enfants lapés par les lames de feu,
Se consument au fond d’un puits de flammes,
Abîme brûlant, rougeâtre et jaunâtre,
Prisonniers d’une forteresse d’acier incandescente.
Par instinct de survie, au sein de leur âtre
Des bambins candides, de chair et d’os meurtris
Communiant dans leur passion, tentent
De conjurer le sort.
Fondant, calcinés, agglutinés
Autour de l’aîné, ils cherchent un port.
Les cinq petits êtres, la combustion
Aidant, se muent en lave de plomb
Suintante, bientôt séchée et moulue.
Pendant cette nuit lugubre
Petit-Paris a pleuré
Les yeux de Zoa ont vu :
Hommes et femmes jusqu’au sang, émus
Bras ballants, impuissants,
Assister à ce spectacle révoltant.
Des pompiers arrivés bien trop tard
- Manque de carburant ? Peur des farceurs ? -
Ayant pour équipement sinistre et meurtrier
Un matériel de fer et d’acier, puis
Trois petits cercueils noirs
Défoncent, arrachent, scient
Portes et fenêtres pour extirper
De cette fournaise l’amas de corps
Calcinés, carbonisés, lacérés de
ASAFA, ABOU, MOUSSA
DADA et AICHA !!! (…)
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A l’ombre de l’Afrique, Le soleil élargit la misère, Okoumba-Nkoghe
A l’ombre de l’Afrique
l’on conduit des autos de luxe
l’on fume du tabac de Havane
quoique l’on n’ait pas de gîte
digne de ce nom
L’argent et son existence
exaltent la pensée
incitent à choisir le coup d’état
comme unité de lieu d’une méditation
A l’ombre de l’Afrique
l’on passe sa vie entière
à offrir son petit sou
aux griots de la cour
chantant sa gloire
Cherchant à établir les conditions
d’une riche vie
l’on explore les étapes essentielles
qui lient l’individu à Lucifer.
A l’ombre de l’Afrique
l’on se dispute le privilège
de gober les provisions
appartenant à la nation.
Et l’on se montre l’un à l’autre
les miettes du pillage avec orgueil
tirant vanité de la resquille commise.
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composé.
Mon village n’est plus, Voyage au cœur de la plèbe, 1986 Quentin Ben Mongaryas
Mon village n’est plus
Mon beau village est mort
Tué par la ville et l’évolution
Tué par l’émancipation et la civilisation
Mon grand-père n’est plus
Mon bon grand-père est mort
Tué par la vieillesse
La maladie et l’usure
Ma grand-mère n’est plus
Ma gentille grand-mère est morte
Tuée par les durs travaux des champs
La marche en forêt et le paysannat
Mon père n’est plus
Mon fameux père est mort
Tué par les durs travaux des champs
La misère et l’abandon
Ma mère n’est plus
Ma tendre mère est morte
Tuée par les soucis des enfants
La misère et l’abandon
Moi la progéniture je ne suis plus
Moi-même le rejeton je suis mort
Tué par l’orgueil et la vanité
Tué par la gourmandise et la luxure
Tué par la paresse
La corruption et l’opprobre
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Me voici nostalgique, Le crépuscule des silences, Pierre Edgard
Moundjegou, 1975
Afrique
mère
me voici nostalgique
la nuit est mûre
aux obsèques du soleil
défunt
une moitié de mes souffrances
se fait ténèbres
je n’ai pas oublié l’âge
des nuits capricieuses
les regards de mon regard
au miroir de tendres rêves
effondrés
l’hymne du tam-tam sur les ondes
profanes
devenu message orphelin
et crispé aux coudes de l’espoir
déraillé
hélas
des hommes ont tenté de couper
mon nombril
pour me séparer de toi
mère
et notre dialogue
depuis le premier matin
de ma vie
est toujours troublé par des parasites.
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Mon Français, Ferdinand ALLOGHO OKE
Je jargonne pas
Je cause français
Français moule fidèle de ma culture
Français certifié conforme
De ma vision du monde
Je jargonne pas
Je cause français
Francophonie symphonie
De la diversité expressionnelle
Des voix isocèlement complémentaires
Mon français n’est un baragouin
Susciteur du rire polyphasé
Le long des rues mortier-pilon
Mon français n’est pas un baragouin
Tiré du petit nègre du couscous maghrébin
Mon français n’est pas ce machin vulgaire
Des gargotes de mengorokome fumivores
Mon français est bien francophone
C’est un affluent influent ravitaillant
Le courant des torrents conduisant
Au confluent du respect d’autrui
Mon français tam-tame au rythme de ma voix iodée
Il xylophone à la cadence vespérale des chats-huants
Il cithare au son de mes vocables
Préparés à la sauce de mon environnement spécifique
Baobab-okoumé-potopoto
Ozigo-foufou-bangala
Je ne jargonne pas
Je cause français
Du vrai français
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Il est trés gentil de nous faire part de sujets d'entrainement mais j'apprécirait d'en avoir la corection afin de vérifier mes plans
Merci d'avance
Vous pourriez aussi m'envoyer vos plans et je vous renvoie la correction...
j'aimerais m'entrainer avec des sujets de commentaire composé et surtout avoir la méthodologie
Si vous cherchez bien sur ce blog, vous trouverez la réponse à votre question...