Dimanche 21 février 2010 7 21 /02 /Fév /2010 13:03

                                                           

Zidouma fait une lessive ce matin. Elle s’est levée tôt pour occuper le seul point d’eau du bidonville : une pompe manuelle qui tire de l’eau potable du Rhône, l’bomba (la pompe). Dans le petit bassin de briques rouges que Berthier avait conçu pour arroser son jardin, elle tord, frotte et frappe sur le ciment de lourds draps gonflés d’eau.

Courbée à quatre-vingt-dix degrés, elle savonne avec son saboune d’Marsaille, puis actionne une fois, deux fois la pompe pour tirer l’eau. Elle frotte à nouveau, rince, tire l’eau, essore le linge de ses deux bras musclés…Elle n’en finit pas de répéter les opérations. Le temps passe. Elle sait bien qu’au Chaâba il n’ya qu’un seul puits, mais son comportement indique une volonté précise. Elle tient à prendre son temps, beaucoup de temps. Et que quelqu’un s’aventure à lui faire la moindre remarque, il va comprendre sa douleur !

Justement, ce quelqu’un attend à quelques mètres. C’est la voisine de Zidouma qui habite dans le baraquement collé au sien. Des deux mains, elle tient un seau dans lequel s’amoncellent des draps sales, des vêtements pour enfants, des torchons…Elle patiente, elle patiente…Zidouma, infatigable, ne daigne même pas tourner les yeux, bien qu’elle ait senti depuis quelques minutes déjà une présence dans son dos qui marque des signes d’énervement. Elle ralentit même ses mouvements.

Et la voisine patiente toujours, elle pati…non, elle ne patiente plus. Laissant tomber son seau, elle charge, tel un bouc, sur sa rivale. Le choc est terrible. Les deux femmes s’empoignent dans des cris de guerre sortis du tréfonds des gorges.

Attirées par l’agitation, les autres femmes sortent des baraques. L’une d’elles, qui appartient à l’un des deux clans de la communauté, s’intercale entre les belligérantes pour apaiser les esprits. Soi-disant pour calmer la plus nerveuse, elle lui assène un revers de main terrible sur la joue droite. Il n’en faut pas plus à ma mère pour qu’elle se jette dans la mêlée. M’abandonnant à mon café au lait, elle met en mouvement sa solide ossature en maugréant.

Je ne tente pas de la retenir. On ne retient pas un rhinocéros en mouvement.

 

Azouz Begag, Le gone de Chaaba

 

Sans séparer le fond de la forme, vous ferez de ce texte un commentaire composé.

Vous pourrez, par exemple, montrer comment le narrateur confère à une scène banale de la vie quotidienne une dimension épique.


 

« Le grand voyage », Paul Eluard, Une leçon de morale, 1950

 

Le grand voyage de verdure que j’ai fait

Malgré tant de mauvais esprits

 

La nature toujours s’en va vers sa naissance

Et j’ai été reçu par l’aube ressemblante

Et des légions d’oiseaux m’ouvraient leur cœur sonore

En secouant leurs plumes et leur chant sur l’herbe

 

Les vagues du matin se levaient une à une

Les fleurs se partageaient les couleurs de midi

J’étais très gai je me sentais frais et dispos

J’avançais en entier rayonnant de partout

 

Sur la rosée montante et sur les fruits solaires

J’avais raison je vivais bien

 

Car j’avais fait un grand voyage passionnel

Alors que tout m’était contraire

 

Du point du jour de ton épaule à tes yeux clés

Du sillon de ta bouche aux moissons de tes mains

Du pays de ton front au climat de ton sein

J’ai ranimé la forme de mon corps sensible

 

Et garce à tes sourires qui lavaient mon sang

J’ai de nouveau vu clair dans le miroir du jour

Et grace à tes baisers qui me liaient au monde

Je me sis retrouvé faible comme un enfant

 

Fort comme un homme et digne de mener mes rêves

Vers le feu doux de l’avenir.

 

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

 

Onze bouches à nourrir, Elonga, 1980, Ntyugwetondo RAWIRI,

 

            Toute la famille se trouvait réunie autour de la table. Ils digéraient le lourd repas de manioc et de poisson salé qu’ils venaient de terminer. Ce soir-là, les mines sont maussades. Igowo était revenu plusieurs fois les voir, seul ou avec Ziza et Pierre Henry. L’accueil variait au gré de l’humeur de Mboumba, tantôt chaleureux, tantôt glacial. Aujourd’hui, leur apparition inattendue surprend tout le monde. Non pas qu’Igowo ait l’habitude de prévenir de son arrivée. Mais ce soir, ils auraient sans doute souhaité rester seuls à pleurer sur leur misère. Depuis quelques temps, ils ne mangeaient plus à leur faim. La nourriture était devenue trop chère pour les maigres salaires du père et du fils. Le poisson, rare, atteignait des prix exorbitants. C’était une denrée de luxe. (…)

            Les enfants dépérissaient à vue d’œil. Ils ne jouaient plus avec les camarades de leur âge dans la cour du quartier. Les plus petits pleurnichaient à la moindre taquinerie des aînés. Ce qui leur attirait les coups et les imprécations de la mère les nerfs à fleur de peau. Dans ses moments de révoltes, elle accusait avec véhémence son fils Mpira d’être incapable, et son époux de faire preuve d’une criminelle insouciance. Comment pouvait-elle nourrir onze bouches avec seulement du manioc ? Ce manioc qui provoquait chez tous une constipation opiniâtre. Où voulait-on qu’elle trouve des laxatifs pour détendre au moins les ventres des plus jeunes dont le sommeil devenait pénible ? Las d’entendre ces jérémiades, le mari la traitait de tous les noms. Les autres épouses ne se contentent pas d’attendre leur conjoint les bras ballants ; elles vendent des beignets au marché ou devant leur maison… Si la sienne secouait un peu sa torpeur, ils mangeaient une nourriture plus variée et plus riche. Il ne pouvait pas, à lui tout à la fois, le loyer, les vêtements et la nourriture. Puis il s’en prenait à son fils. Ce fainéant ne pouvait pas se débrouiller pour changer d’emploi au lieu de se contenter d’une simple place de planton. Il devrait mourir de honte. Que n’aurait-il pas fait pour être le père d’Igowo ! Au moins il serait comblé.

                                                                                    

Igowo est le neveu de Mboumba. Ziza et Pierre Henry sont ses amis

 

 

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

 

Extrait de L’école du sud, D. Fernandez, LGF, 1989

 

Adeline, réfugiée près du lit, se demandait à quelle sorte de travail se livraient les deux servantes armées d’engins aussi primitifs. La frénésie belliqueuse dont elles furent saisies dépassa ses prévisions les plus pessimistes, tout en lui donnant une forte envie de rire. A droite, à gauche, sur les chaises, sur les tables, sur le coffre, sur la coiffeuse, sur les murs, par terre, en l’air, dans le vide, elles projetaient les lanières de leurs fouets ; la mère, malgré son âge et sa corpulence, ne se démenait pas moins que sa fille : elles pivotaient sur elles-mêmes, se penchaient, se redressaient, toujours agitant leurs verges sinueuses et fustigeant au petit bonheur devant elles.

La poussière, réveillée en sursaut de sa léthargie séculaire, prenait la fuite comme elle pouvait. Elle s’élevait en petits nuages, montait au plafond hors de portée des terribles lanières, flottait en suspens dans le demi jour, cherchait un refuge dans les toiles d’araignée inaccessible. L’irritation d’être soumises à un extra non prévu dans les habitudes de la maison attisait la rage des deux furies, Adeline ne le devinait que trop bien. Elles sautaient sur place, lançaient le plus haut possible leurs courts bras dodus, bondissaient, rugissaient, apostrophant les corpuscules rebelles pour les obliger à retomber du plafond et à prendre une autre raclée. Cette danse de guerre dura tant qu’elles n’eurent pas épuisé leur soif de vengeance. Lorsqu’elles jugèrent la correction suffisante, elles quittèrent la pièce, tête haute et sourire triomphal, laissant la poussière descendre à nouveau sur les meubles et se rendormir dans la pénombre.

 

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« Petit-Paris » a pleuré, Patrimoine, Lucie Mba

 

Petit-Paris a pleuré

En cette nuit moirée

         Martelée par les cris stridents

                                       D’hommes et de femmes abasourdis.

                                            Les oreilles de Zoa ont vibré ;

                                        Dans une fortification en contrebas,

                                       Des enfants lapés par les lames de feu,

                                Se consument au fond d’un puits de flammes,

                                        Abîme brûlant, rougeâtre et jaunâtre,

                               Prisonniers d’une forteresse d’acier incandescente.

                                       Par instinct de survie, au sein de leur âtre

                                  Des bambins candides, de chair et d’os meurtris

                                        Communiant dans leur passion, tentent

                                                        De conjurer le sort.

Fondant, calcinés, agglutinés

Autour de l’aîné, ils cherchent un port.

Les cinq petits êtres, la combustion

Aidant, se muent en lave de plomb

Suintante, bientôt séchée et moulue.

Pendant cette nuit lugubre

             Petit-Paris a pleuré

         Les yeux de Zoa ont vu :

Hommes et femmes jusqu’au sang, émus

          Bras ballants, impuissants,

      Assister à ce spectacle révoltant.

    Des pompiers arrivés bien trop tard

-  Manque de carburant ? Peur des farceurs ? -

Ayant pour équipement sinistre et meurtrier

Un matériel de fer et d’acier, puis

Trois petits cercueils noirs

Défoncent, arrachent, scient

Portes et fenêtres pour extirper

De cette fournaise l’amas de corps

Calcinés, carbonisés, lacérés de

ASAFA, ABOU, MOUSSA

DADA et AICHA !!! (…)

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A l’ombre de l’Afrique, Le soleil élargit la misère, Okoumba-Nkoghe

 

A l’ombre de l’Afrique

l’on conduit des autos de luxe

l’on fume du tabac de Havane

quoique l’on n’ait pas de gîte

digne de ce nom

L’argent et son existence

exaltent la pensée

incitent à choisir le coup d’état

comme unité de lieu d’une méditation

 

A l’ombre de l’Afrique

l’on passe sa vie entière

à offrir son petit sou

aux griots de la cour

chantant sa gloire

Cherchant à établir les conditions

d’une riche vie

l’on explore les étapes essentielles

qui lient l’individu à Lucifer.

 

A l’ombre de l’Afrique

l’on se dispute le privilège

de gober les provisions

appartenant à la nation.

Et l’on se montre l’un à l’autre

les miettes du pillage avec orgueil

tirant vanité de la resquille commise.

 
Vous ferez de ce texte un commentaire composé.


 

Mon village n’est plus, Voyage au cœur de la plèbe, 1986 Quentin Ben Mongaryas

Mon village n’est plus

Mon beau village est mort

Tué par la ville et l’évolution

Tué par l’émancipation et la civilisation

 

Mon grand-père n’est plus

Mon bon grand-père est mort

Tué par la vieillesse

La maladie et l’usure

 

Ma grand-mère n’est plus

Ma gentille grand-mère est morte

Tuée par les durs travaux des champs

La marche en forêt et le paysannat

 

Mon père n’est plus

Mon fameux père est mort

Tué par les durs travaux des champs

La misère et l’abandon

 

Ma mère n’est plus

Ma tendre mère est morte

Tuée par les soucis des enfants

La misère et l’abandon

 

Moi la progéniture je ne suis plus

Moi-même le rejeton je suis mort

Tué par l’orgueil et la vanité

Tué par la gourmandise et la luxure

Tué par la paresse

La corruption et l’opprobre

 

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Me voici n
ostalgique, Le crépuscule des silences, Pierre Edgard Moundjegou, 1975

 

Afrique

mère

me voici nostalgique

la nuit est mûre

aux obsèques du soleil

défunt

une moitié de mes souffrances

se fait ténèbres

je n’ai pas oublié l’âge

des nuits capricieuses

les regards de mon regard

au miroir de tendres rêves

effondrés

l’hymne du tam-tam sur les ondes

profanes

devenu message orphelin

et crispé aux coudes de l’espoir

déraillé

hélas

des hommes ont tenté de couper

mon nombril

pour me séparer de toi

mère

et notre dialogue

depuis le premier matin

de ma vie

est toujours troublé par des parasites.

 

Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

  

Mon Français, Ferdinand ALLOGHO OKE

 

                                                           Je jargonne pas

                                                           Je cause français

                                                           Français moule fidèle de ma culture

                                                           Français certifié conforme

                                                           De ma vision du monde

 

                                                           Je jargonne pas

                                                           Je cause français

                                                           Francophonie symphonie

                                                           De la diversité expressionnelle

                                                           Des voix isocèlement complémentaires

 

                                                           Mon français n’est un baragouin

                                                           Susciteur du rire polyphasé

                                                           Le long des rues mortier-pilon

 

                                                           Mon français n’est pas un baragouin

                                                           Tiré du petit nègre du couscous maghrébin

                                                           Mon français n’est pas ce machin vulgaire

                                                           Des gargotes de mengorokome fumivores

 

                                                           Mon français est bien francophone

                                                           C’est un affluent influent ravitaillant

                                                           Le courant des torrents conduisant

                                                           Au confluent du respect d’autrui

                                                           Mon français tam-tame au rythme de ma voix iodée

                                                           Il xylophone à la cadence vespérale des chats-huants

                                                           Il cithare au son de mes vocables

                                                           Préparés à la sauce de mon environnement spécifique

                                                           Baobab-okoumé-potopoto

                                                           Ozigo-foufou-bangala

 

                                                           Je ne jargonne pas

                                                           Je cause français

                                                           Du vrai français


Vous ferez de ce texte un commentaire composé.

 

 

Par Edgard - Publié dans : Pédagogie
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Commentaires

Il est trés gentil de nous faire part de sujets d'entrainement mais j'apprécirait d'en avoir la corection afin de vérifier mes plans

Merci d'avance

Commentaire n°1 posté par Mélissa le 02/11/2010 à 15h21

Vous pourriez aussi m'envoyer vos plans et je vous renvoie la correction...

Réponse de Edgard le 11/03/2011 à 16h31

j'aimerais m'entrainer avec des sujets de commentaire composé  et surtout avoir la méthodologie 

Commentaire n°2 posté par N'dri le 17/02/2011 à 19h11

Si vous cherchez bien sur ce blog, vous trouverez la réponse à votre question...

Réponse de Edgard le 11/03/2011 à 16h28

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