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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:26

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,
Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,
Je vois se dérouler des rivages heureux
Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone ;

Une île paresseuse où la nature donne
Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;
Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,
Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,
Je vois un port rempli de voiles et de mâts
Encor tout fatigués par la vague marine,

Pendant que le parfum des verts tamariniers,
Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,
Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:24

Homme libre, toujours tu chériras la mer !
La mer est ton miroir ; tu contemples ton âme
Dans le déroulement infini de sa lame,
Et ton esprit n'est pas un gouffre moins amer.

Tu te plais à plonger au sein de ton image ;
Tu l'embrasses des yeux et des bras, et ton coeur
Se distrait quelquefois de sa propre rumeur
Au bruit de cette plainte indomptable et sauvage.

Vous êtes tous les deux ténébreux et discrets :
Homme, nul n'a sondé le fond de tes abîmes ;
Ô mer, nul ne connaît tes richesses intimes,
Tant vous êtes jaloux de garder vos secrets !

Et cependant voilà des siècles innombrables
Que vous vous combattez sans pitié ni remord,
Tellement vous aimez le carnage et la mort,
Ô lutteurs éternels, ô frères implacables !

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:23

Souvent, pour s'amuser, les hommes d'équipage
Prennent des albatros, vastes oiseaux des mers,
Qui suivent, indolents compagnons de voyage,
Le navire glissant sur les gouffres amers.

A peine les ont-ils déposés sur les planches,
Que ces rois de l'azur, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leurs grandes ailes blanches
Comme des avirons traîner à côté d'eux.

Ce voyageur ailé, comme il est gauche et veule !
Lui, naguère si beau, qu'il est comique et laid !
L'un agace son bec avec un brûle-gueule,
L'autre mime, en boitant, l'infirme qui volait !

Le Poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer ;
Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:14
Dom Juan, Sganarelle, un pauvre.

SGANARELLE.- Enseignez-nous un peu le chemin qui mène à la ville.

LE PAUVRE.- Vous n'avez qu'à suivre cette route, Messieurs, et détourner à main droite quand vous serez au bout de la forêt. Mais je vous donne avis que vous devez vous tenir sur vos gardes, et que depuis quelque temps il y a des voleurs ici autour.

DOM JUAN.- Je te suis bien obligé, mon ami, et je te rends grâce de tout mon cœur.

LE PAUVRE.- Si vous vouliez, Monsieur, me secourir de quelque aumône.

DOM JUAN.- Ah, ah, ton avis est intéressé, à ce que je vois.

LE PAUVRE.- Je suis un pauvre homme, Monsieur, retiré tout seul dans ce bois depuis dix ans, et je ne manquerai pas de prier le Ciel qu'il vous donne toute sorte de biens.

DOM JUAN.- Eh, prie-le qu'il te donne un habit, sans te mettre en peine des affaires des autres.

SGANARELLE.- Vous ne connaissez pas Monsieur, bon homme, il ne croit qu'en deux et deux sont quatre, et en quatre et quatre sont huit.

DOM JUAN.- Quelle est ton occupation parmi ces arbres ?

LE PAUVRE.- De prier le Ciel tout le jour pour la prospérité des gens de bien qui me donnent quelque chose.

DOM JUAN.- Il ne se peut donc pas que tu ne sois bien à ton aise.

LE PAUVRE.- Hélas, Monsieur, je suis dans la plus grande nécessité du monde.

DOM JUAN.- Tu te moques; un homme qui prie le Ciel tout le jour, ne peut pas manquer d'être bien dans ses affaires.

LE PAUVRE.- Je vous assure, Monsieur, que le plus souvent je n'ai pas un morceau de pain à mettre sous les dents.

DOM JUAN.- Voilà qui est étrange, et tu es bien mal reconnu de tes soins; ah, ah, je m'en vais te donner un Louis d'or tout à l'heure, pourvu que tu veuilles jurer.

LE PAUVRE.- Ah, Monsieur, voudriez-vous que je commisse un tel péché ?

DOM JUAN.- Tu n'as qu'à voir si tu veux gagner un Louis d'or ou non, en voici un que je te donne si tu jures, tiens il faut jurer.

LE PAUVRE.- Monsieur.

SGANARELLE.- Va, va, jure un peu, il n'y a pas de mal.

DOM JUAN.- Prends, le voilà, prends te dis-je, mais jure donc.

LE PAUVRE.- Non Monsieur, j'aime mieux mourir de faim.

DOM JUAN.- Va, va, je te le donne pour l'amour de l'humanité, mais que vois-je là ? Un homme attaqué par trois autres ? La partie est trop inégale, et je ne dois pas souffrir cette lâcheté. (Il court au lieu du combat.)

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:06

LA STATUE, Dom JUAN, SGANARELLE.

LA STATUE.
Arrestez, D. Juan, vous m'avez hier donné parole de venir manger avec moy.

Dom JUAN.
Oüy, où faut-il aller ?

LA STATUE.
Donnez-moy la main.

Dom JUAN.
La voila.

LA STATUE.
Dom  Juan, l'endurcissement au peché traîne une mort funeste, et les graces du Ciel que l'on renvoye, ouvrent un chemin à sa foudre.

Dom JUAN.
O Ciel, que sens-je ? un feu invisible me brûle, je n'en puis plus, et tout mon corps devient un brasier ardent, ah !

(Le tonnerre tombe avec un grand bruit et de grands éclairs sur D. Juan, la terre s'ouvre et l'abysme, et il sort de grands feux de l'endroit où il est tombé.)

SGANARELLE.
Ah mes gages ! mes gages !
Voila par sa mort un chacun satisfait, Ciel offencé, Loix violées, filles seduites, familles deshonorées, parens outragez, femmes mises à mal, maris poussez à bout, tout le monde est content ; il n'y a que moy seul de malheureux, qui aprés tant d'années de service, n'ay point d'autre recompense que de voir à mes yeux l'impieté de mon Maître, punie par le plus épouvantable châtiment du monde. Mes gages, mes gages, mes gages !

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 15:00

Dom Juan

Il n'y a plus de honte maintenant à cela, l'Hipocrisie est un vice à la mode, et tous les vices à la mode passent pour vertus, le personnage d'homme de bien est le meilleur de tous les personnages qu'on puisse joüer aujourd'hui, et la profession d Hipocrite a de merveilleux avantages. C'est un art de qui l'imposture est toûjours respectée, et quoy qu'on la découvre, on n'ose rien dire contr'elle.
Tous les autres vices des hommes sont exposez à la censure, et chacun a la liberté de les attaquer hautement, mais l'Hipocrisie est un vice privilegié, qui de sa main ferme la bouche à tout le monde, et joüit en repos d'une impunité souveraine.
On lie à force de grimaces une société étroite avec tous les gens du party ; qui en choque un, se les attire tous sur les bras, et ceux que l'on sçait mesme agir de bonne foy là-dessus, et que chacun connoist pour être veritablement touchez : ceux-là, dis-je, sont toûjours les dupes des autres, ils donnent hautement dans le panneau des grimaciers, et appuyent aveuglément les singes de leurs actions.
Combien crois-tu que j'en connoisse, qui par ce stratageme ont rhabillé adroitement les desordres de leur jeunesse, qui se sont fait un bouclier du manteau de la religion, et sous cet habit respecté, ont la permission d'estre les plus méchans hommes du monde ?
On a beau sçavoir leurs intrigues, et les connoistre pour ce qu'ils sont, ils ne laissent pas pour cela d'estre en credit parmy les gens, et quelque baissement de teste, un soûpir mortifié, et deux roulemens d'yeux rajustent dans le monde tout ce qu'ils peuvent faire.
C'est sous cét abry favorable que je veux me sauver et mettre en seureté mes affaires.
Je ne quitteray point mes douces habitudes, mais j'auray soin de me cacher, et me divertiray à petit bruit. Que si je viens à estre découvert, je verray sans me remuer prendre mes interests à toute la cabale, et je seray défendu par elle envers, et contre tous.
Enfin, c'est là le vray moyen de faire impunément tout ce que je voudray.
Je m'érigeray en censeur des actions d'autruy, jugeray mal de tout le monde, et n'auray bonne opinion que de moy.
Dés qu'une fois on m'aura choqué tant soit peu, je ne pardonneray jamais, et garderay tout doucement une haine irreconciliable.
Je feray le vangeur des interêts du Ciel, et sous ce pretexte commode, je pousseray mes ennemis, je les accuseray d'impieté, et sçauray déchaîner contr'eux des zelez indiscrets, qui sans connoissance de cause crieront en public contr'eux, qui les accableront d'injures, et les damneront hautement de leur authorité privée.
C'est ainsi qu'il faut profiter des foiblesses des hommes, et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siecle.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:58

Dom Juan

Quoi? Tu veux qu'on se lie à demeurer au premier objet qui nous prend, qu'on renonce au monde pour lui, et qu'on n'ait plus d'yeux pour personne?
La belle chose de vouloir se piquer d'un faux honneur d'être fidèle, de s'ensevelir pour toujours dans une passion, et d'être mort dès sa jeunesse à toutes les autres beautés qui nous peuvent frapper les yeux !
Non, non: la constance n'est bonne que pour des ridicules; toutes les belles ont droit de nous charmer, et l'avantage d'être rencontrée la première ne doit point dérober aux autres les justes prétentions qu'elles ont toutes sur nos cours.
Pour moi, la beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence dont elle nous entraîne.
J'ai beau être engagé, l'amour que j'ai pour une belle n'engage point mon âme à faire injustice aux autres; je conserve des yeux pour voir le mérite de toutes, et rends à chacune les hommages et les tributs où la nature nous oblige.
Quoi qu'il en soit, je ne puis refuser mon cœur à tout ce que je vois d'aimable; et dès qu'un beau visage me le demande, si j'en avais dix mille, je les donnerais tous.
Les inclinations naissantes, après tout, ont des charmes inexplicables, et tout le plaisir de l'amour est dans le changement.
On goûte une douceur extrême à réduire, par cent hommages, le cœur d'une jeune beauté, à voir de jour en jour les petits progrès qu'on y fait, à combattre par des transports, par des larmes et des soupirs, l'innocente pudeur d'une âme qui a peine à rendre les armes, à forcer pied à pied toutes les petites résistances qu'elle nous oppose, à vaincre les scrupules dont elle se fait un honneur et la mener doucement où nous avons envie de la faire venir.
Mais lorsqu'on en est maître une fois, il n'y a plus rien à dire ni rien à souhaiter; tout le beau de la passion est fini, et nous nous endormons dans la tranquillité d'un tel amour, si quelque objet nouveau ne vient réveiller nos désirs, et présenter à notre cœur les charmes attrayants d'une conquête à faire.
Enfin il n'est rien de si doux que de triompher de la résistance d'une belle personne, et j'ai sur ce sujet l'ambition des conquérants, qui volent perpétuellement de victoire en victoire, et ne peuvent se résoudre à borner leurs souhaits.
Il n'est rien qui puisse arrêter l'impétuosité de mes désirs: je me sens un cœur à aimer toute la terre; et comme Alexandre, je souhaiterais qu'il y eût d'autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses.

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:38

Une ville sombre Masuku
Un vieux manguier tordu
Que le vent secoue la nuit
Et dans l’ombre de la nuit
Sort le petit Ebarlare

Une mangue roule de l’arbre
Comme une pierre de la montagne
L’enfant la fourre dans son pagne
Puis regagne sa morne demeure
Quel triste bonheur !

C’est toujours la même vie
Dans ce corps tout chétif
Une mangue verte un peu de sel
Avec un vieux bout de manioc quel
Triste régal pour Ebarlare

Mais quand la mangue ne roule
Mais quand le manioc ne tombe
Ebarlare s’assied dans la cour
Et en pleurant tout le jour
Noue la trame de sa vie

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:28

Toute la famille se trouvait réunie autour de la table. Ils digéraient le lourd repas de manioc et de poisson salé qu’ils venaient de terminer.
Ce soir-là, les mines sont maussades. Igowo était revenu plusieurs fois les voir, seul ou avec Ziza et Pierre Henry. L’accueil variait au gré de l’humeur de Mboumba, tantôt chaleureux, tantôt glacial. Aujourd’hui, leur apparition inattendue surprend tout le monde.
Non pas qu’Igowo ait l’habitude de prévenir de son arrivée. Mais ce soir, ils auraient sans doute souhaité rester seuls à pleurer sur leur misère.
Depuis quelques temps, ils ne mangeaient plus à leur faim. La nourriture était devenue trop chère pour les maigres salaires du père et du fils. Le poisson, rare, atteignait des prix exorbitants. C’était une denrée de luxe. (…)

Les enfants dépérissaient à vue d’œil. Ils ne jouaient plus avec les camarades de leur âge dans la cour du quartier. Les plus petits pleurnichaient à la moindre taquinerie des aînés.
Ce qui leur attirait les coups et les imprécations de la mère les nerfs à fleur de peau.
Dans ses moments de révoltes, elle accusait avec véhémence son fils Mpira d’être incapable, et son époux de faire preuve d’une criminelle insouciance.
Comment pouvait-elle nourrir onze bouches avec seulement du manioc ?
Ce manioc qui provoquait chez tous une constipation opiniâtre.
Où voulait-on qu’elle trouve des laxatifs pour détendre au moins les ventres des plus jeunes dont le sommeil devenait pénible ?
Las d’entendre ces jérémiades, le mari la traitait de tous les noms. Les autres épouses ne se contentent pas d’attendre leur conjoint les bras ballants ; elles vendent des beignets au marché ou devant leur maison…
Si la sienne secouait un peu sa torpeur, ils mangeaient une nourriture plus variée et plus riche. Il ne pouvait pas, à lui tout à la fois, le loyer, les vêtements et la nourriture.
Puis il s’en prenait à son fils. Ce fainéant ne pouvait pas se débrouiller pour changer d’emploi au lieu de se contenter d’une simple place de planton. Il devrait mourir de honte.
Que n’aurait-il pas fait pour être le père d’Igowo ! Au moins il serait comblé.

 

Igowo est le neveu de Mboumba. Ziza et Pierre Henry sont ses amis

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7 février 2017 2 07 /02 /février /2017 14:26


Il est terrible
le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim
elle est terrible aussi la tête de l'homme
la tête de l'homme qui a faim
quand il se regarde à six heures du matin
dans la glace du grand magasin
une tête couleur de poussière
ce n'est pas sa tête pourtant qu'il regarde
dans la vitrine de chez Potin1
il s'en fout de sa tête l'homme
il n'y pense pas
il songe
il imagine une autre tête
une tête de veau par exemple
avec une sauce de vinaigre
ou une tête de n'importe quoi qui se mange
et il remue doucement la mâchoire
doucement
et il grince des dents doucement
car le monde se paye sa tête
et il ne peut rien contre ce monde
et il compte sur ses doigts un deux trois
un deux trois
cela fait trois jours qu'il n'a pas mangé
et il a beau se répéter depuis trois jours
Ca ne peut pas durer
ça dure
trois jours
trois nuits
sans manger
et derrière ces vitres
ces pâtés ces bouteilles ces conserves
poissons morts protégés par les boîtes
boîtes protégées par les vitres
vitres protégées par les flics
flics protégés par la crainte
que de barricades pour six malheureuses sardines...
Un peu plus loin le bistrot
café-crème et croissants chauds
l'homme titube
et dans l'intérieur de sa tête
un brouillard de mots
un brouillard de mots
sardines à manger
œuf dur café-crème
café arrosé rhum
café-crème
café-crème
café-crème arrosé sang !...
Un homme très estimé dans son quartier
a été égorgé en plein jour
l'assassin le vagabond lui a volé
deux francs
soit un café arrosé
zéro franc soixante-dix
deux tartines beurrées
et vingt-cinq centimes pour le pourboire du garçon.
Il est terrible
le petit bruit de l'œuf dur cassé sur un comptoir d'étain
il est terrible ce bruit
quand il remue dans la mémoire de l'homme qui a faim.


1. Potin : nom d'une chaîne de magasins d'alimentation.

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