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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 13:12

Je fête l'essentiel je fête ta présence
Rien n'est passé la vie a des feuilles nouvelles
Les plus jeunes ruisseaux sortent dans l'herbe fraîche

 

Et comme nous aimons la chaleur il fait chaud

Les couleurs brûlent les fruits abusent du soleil
Puis l’automne courtise ardemment l’hiver vierge

 

L’homme ne mûrit pas il vieillit ses enfants

Ont le temps de vieillir avant qu’il ne soit mort
Et les enfants de ses enfants il les fait rire

 

Toi première et dernière tu n’as pas vieilli

Et pour illuminer mon amour et ma vie
Tu conserves ton cœur de belle femme nue.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 13:06

1. Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?

2. Ces doux êtres pensifs, que la fièvre maigrit ?

3. Ces filles de huit ans qu'on voit cheminer seules ?

4. Ils s'en vont travailler quinze heures sous des meules ;

5. Ils vont, de l'aube au soir, faire éternellement

6. Dans la même prison le même mouvement.

7. Accroupis sous les dents d'une machine sombre,

8. Monstre hideux qui mâche on ne sait quoi dans l'ombre,

9. Innocents dans un bagne, anges dans un enfer,

10. Ils travaillent. Tout est d'airain, tout est de fer.

11. Jamais on ne s'arrête et jamais on ne joue.

12. Aussi quelle pâleur! la cendre est sur leur joue.

13. Il fait à peine jour, ils sont déjà bien las

14. Ils ne comprennent rien à leur destin, hélas !

15. Ils semblent dire à Dieu : "Petits comme nous sommes,

16. Notre père, voyez ce que nous font les hommes !"

17. O servitude infâme imposée à l'enfant !

18. Rachitisme! travail dont le souffle étouffant

19. Défait ce qu'a fait Dieu ; qui tue, oeuvre insensée,

20. La beauté sur les fronts, dans les coeurs la pensée,

21. Et qui ferait - c'est là son fruit le plus crétin !-

22. D'Apollon un bossu, de Voltaire un crétin !

23. Travail mauvais qui prend l'âge tendre en sa serre,

24. Qui produit la richesse en créant la misère,

25. Qui se sert d'un enfant ainsi que d'un outil !

26. Progrès dont on demande : Où va-t-il ? que veut-il ?

27. Qui brise la jeunesse en fleur ! qui donne, en somme,

28. Une âme à la machine et la retire à l'homme !

29. Que ce travail, haï des mères, soit maudit !

30. Maudit comme le vice où l'on s'abâtardit,

31. Maudit comme l'opprobre et comme le blasphème !

32. Ô Dieu ! qu'il soit maudit au nom du travail même,

33. Au nom du vrai travail, sain, fécond, généreux,

34. Qui fait le peuple libre et qui rend l'homme heureux !

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 13:01

C'est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D'argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c'est un petit val qui mousse de rayons.

Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l'herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.

Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Sourirait un enfant malade, il fait un somme:
Nature, berce-le chaudement : il a froid.

Les parfums ne font pas frissonner sa narine;
Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:57

[…]

Je vous le dis ici et maintenant, mes amis : même si nous devons affronter des difficultés aujourd'hui et demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément ancré dans le rêve américain. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son credo : "Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux."

Je rêve que, un jour, sur les rouges collines de Géorgie, les fils des anciens esclaves et les fils des anciens propriétaires d'esclaves pourront s'asseoir ensemble à la table de la fraternité.

Je rêve que, un jour, l'État du Mississippi lui-même, tout brûlant des feux de l'injustice, tout brûlant des feux de l'oppression, se transformera en oasis de liberté et de justice.
Je rêve que mes quatre petits enfants vivront un jour dans un pays où on ne les jugera pas à la couleur de leur peau mais à la nature de leur caractère. Je fais aujourd'hui un rêve !

Je rêve que, un jour, même en Alabama où le racisme est vicieux, où le gouverneur a la bouche pleine des mots "interposition" et "nullification", un jour, justement en Alabama, les petits garçons et petites filles noirs, les petits garçons et petites filles blancs, pourront tous se prendre par la main comme frères et sœurs. Je fais aujourd'hui un rêve !

Je rêve que, un jour, tout vallon sera relevé, toute montagne et toute colline seront rabaissés, tout éperon deviendra une plaine, tout mamelon une trouée, et la gloire du Seigneur sera révélée à tous les êtres faits de chair tout à la fois.

Telle est mon espérance. Telle est la foi que je remporterai dans le Sud.

Avec une telle foi nous serons capables de distinguer, dans les montagnes de désespoir, un caillou d'espérance. Avec une telle foi nous serons capables de transformer la cacophonie de notre nation discordante en une merveilleuse symphonie de fraternité.
Avec une telle foi, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d'aller en prison ensemble, de nous dresser ensemble pour la liberté, en sachant que nous serons libres un jour. Ce sera le jour où les enfants du Bon Dieu pourront chanter ensemble cet hymne auquel ils donneront une signification nouvelle -"Mon pays c'est toi, douce terre de liberté, c'est toi que je chante, pays où reposent nos pères, orgueil du pèlerin, au flanc de chaque montagne que sonne la cloche de la liberté"- et si l'Amérique doit être une grande nation, il faut qu'il en soit ainsi.
Aussi faites sonner la cloche de la liberté sur les prodigieux sommets du New Hampshire.

Faites la sonner sur les puissantes montagnes de l'État de New York.
Faites la sonner sur les hauteurs des Alleghanys en Pennsylvanie.
Faites la sonner sur les neiges des Rocheuses, au Colorado.
Faites la sonner sur les collines ondulantes de la Californie.
Mais cela ne suffit pas.

Faites la sonner sur la Stone Mountain de Géorgie.
Faites la sonner sur la Lookout Mountain du Tennessee.
Faites la sonner sur chaque colline et chaque butte du Mississippi, faites la sonner au flanc de chaque montagne.

Quand nous ferons en sorte que la cloche de la liberté puisse sonner, quand nous la laisserons carillonner dans chaque village et chaque hameau, dans chaque État et dans chaque cité, nous pourrons hâter la venue du jour où tous les enfants du Bon Dieu, les Noirs et les Blancs, les juifs et les gentils, les catholiques et les protestants, pourront se tenir par la main et chanter les paroles du vieux "spiritual" noir : "Libres enfin. Libres enfin. Merci Dieu tout-puissant, nous voilà libres enfin."

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:55

DETROIT (AFP, 25/10/05) - Rosa Parks, la noire américaine qui, en 1955, avait refusé de céder sa place à un blanc dans un autobus et avait ainsi déclenché un mouvement qui devait mettre fin à la ségrégation, est morte à l'âge de 92 ans, ont rapporté lundi les médias locaux.

La pionnière dans la défense des droits des noirs américains est décédée chez elle à Detroit (Michigan, nord), selon The Detroit News.

Elle avait à l'époque refusé de céder sa place à un blanc, comme c'était alors la règle dans tout le sud des Etats-Unis, où était imposée une ségrégation raciale très stricte.

Ce refus avait entraîné son arrestation et avait eu pour conséquence le boycott par la communauté noire des autobus de Montgomery (Alabama, sud) pendant un an, début du mouvement pour les droits civiques des noirs.

Un jeune pasteur, Martin Luther King, prit la tête du boycott et du mouvement non-violent contre la ségrégation et la discrimination raciale qui devait déboucher sur un changement de la législation au niveau local, de l'Etat et enfin au plan fédéral, en faveur des noirs.

"Certains disent que je ne me suis pas levée tout simplement parce que j'étais fatiguée", avait rappelé Mme Parks dans une interview il y a quelques années. "Ce n'est pas vrai. Je n'étais pas fatiguée physiquement, ou du moins pas plus qu'après n'importe quel autre jour de travail. Mais j'étais fatiguée de céder."

En refusant de se lever pour céder sa place à un blanc, Mme Parks "s'est en fait levée pour lutter pour tous les Américains", a déclaré à CNN le représentant John Lewis, lui-même participant du mouvement pour les droits civiques qui a suivi.

"Pendant 381 jours, les gens ont marché des kilomètres chaque jour plutôt que de prendre les autobus où régnait la ségrégation. Ils ont organisé un service de voitures pour ceux qui devaient aller vraiment trop loin. Le geste de Rosa Parks a inspiré un mouvement de résistance massive contre la ségrégation et la discrimination raciale", a-t-il rappelé.

Les pasteurs dans les différentes églises de la ville, à commencer par Martin Luther King, encourageaient leurs ouailles chaque dimanche à poursuivre le mouvement, malgré la fatigue. Tandis que les rares noirs propriétaires de voitures ou chauffeurs de taxis mettaient en place un système de transport parallèle, rejoints par quelques blancs, parfois par idéologie, parfois simplement parce qu'ils avaient besoin que leurs employés noirs viennent travailler.

Peu à peu, grâce en partie à l'écho international qu'a eu le mouvement, des fonds ont commencé à arriver, permettant de mettre en place un service d'autobus parallèle.

Finalement, après plus d'un an, la Cour suprême a déclaré illégale la ségrégation dans les autobus. Et le mouvement des droits civiques qui avait ainsi été lancé finit en quelques années par venir à bout de tout le système de ségrégation raciale qui régnait dans le sud.

Si le mouvement était non-violent, la réaction des blancs et celle des autorités, elles, ne l'ont pas été, et de nombreux noirs en ont été victimes.

Mme Parks a payé cher son geste de révolte. Après son arrestation, elle et son mari ont tous deux été licenciés - officiellement pour raisons économiques. Et elle a dû finir par quitter la ville pour aller s'installer dans le nord après avoir reçu d'innombrables menaces de mort

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:53

"L'attitude la plus ancienne, et qui repose sans doute sur des fondements psychologiques solides puisqu'elle tend à réapparaître chez chacun de nous quand nous sommes placés dans une situation inattendue, consiste à répudier purement et simplement les formes culturelles : morales, religieuses, sociales, esthétiques, qui sont les plus éloignées de celles auxquelles nous nous identifions.
"Habitudes de sauvages ", " cela n'est pas de chez nous ", " on ne devrait pas permettre cela", etc., autant de réactions grossières qui traduisent ce même frisson, cette même répulsion, en présence de manières de vivre, de croire ou de penser qui nous sont étrangères.
Ainsi l'Antiquité confondait-elle tout ce qui ne participait pas de la culture grecque (puis gréco-romaine) sous le même nom de barbare ; la civilisation occidentale a ensuite utilisé le terme de sauvage dans le même sens.[....]
Ce point de vue naïf, [...]recèle un paradoxe assez significatif.
Cette attitude de pensée, au nom de laquelle on rejette les " sauvages " (ou tous ceux qu'on choisit de considérer comme tels) hors de l'humanité, est justement l'attitude la plus marquante et la plus distinctive de ces sauvages mêmes.
L'humanité cesse aux frontières de la tribu, du groupe linguistique, parfois même du village ; à tel point qu'un grand nombre de populations dites primitives se désignent d'un nom qui signifie les " hommes " (ou parfois — dirons-nous avec plus de discrétion — les " bons ", les " excellents ", les " complets "), impliquant ainsi que les autres tribus, groupes ou villages ne participent pas des vertus — ou même de la nature — humaines, mais sont tout au plus composés de " mauvais ", de " méchants ", de "singes de terre " ou d'" œufs de pou ".
On va souvent jusqu'à priver l'étranger de ce dernier degré de réalité en en faisant un " fantôme " ou une "apparition".
Ainsi se réalisent de curieuses situations où deux interlocuteurs se donnent cruellement la réplique.
Dans les Grandes Antilles, quelques années après la découverte de l'Amérique, pendant que les Espagnols envoyaient des commissions d'enquête pour rechercher si les indigènes possédaient ou non une âme, ces derniers s'employaient à immerger des blancs prisonniers afin de vérifier par une surveillance prolongée si leur cadavre était, ou non, sujet à la putréfaction. [...]
En refusant l'humanité à ceux qui apparaissent comme les plus "sauvages" ou " barbares" de ses représentants, on ne fait que leur emprunter une de leurs attitudes typiques.
Le barbare, c'est d'abord l'homme qui croit à la barbarie."

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:50

"Respect de l'homme! Respect de l'homme!... Là est la pierre de touche!
Quand le nazi respecte exclusivement qui lui ressemble, il ne respecte rien que soi-même.
Il refuse des contradictions créatrices, ruine tout espoir d'ascension, et fonde pour mille ans, en place d'un homme, le robot d'une termitière. [...]
Nous voulons fonder le respect de l'homme.
Pourquoi nous haïrions-nous à l'intérieur d'un même camp?
Aucun d'entre nous ne détient le monopole de la pureté d'intention. [...]
C'est sans doute pourquoi, mon ami, j'ai un tel besoin de ton amitié.
J'ai soif d'un compagnon qui, au-dessus des litiges de la raison, respecte en moi le pèlerin de ce feu-là.
J'ai besoin de goûter quelquefois, par avance, la chaleur promise, et de me reposer, un peu au-delà de moi-même, en ce rendez-vous qui sera nôtre.
Je suis si las des polémiques, des exclusives, des fanatismes!
Je puis entrer chez toi sans m'habiller d'un uniforme, sans me soumettre à la récitation d'un Coran, sans renoncer à quoi que ce soit de ma patrie intérieure.
Auprès de toi je n'ai pas à me disculper, je n'ai pas à plaider, je n'ai pas à prouver; je trouve la paix, comme à Tournus.
Au-dessus de mes mots maladroits, au-dessus des raisonnements qui me peuvent tromper, tu considères en moi simplement l'Homme.
Tu honores en moi l'ambassadeur de croyances, de coutumes, d'amours particulières.
Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente.
Tu m'interroges comme l'on interroge le voyageur.
Si je diffère de toi, loin de te léser, je t'augmente."

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:44

Il est aussi absurde de dire qu'un homme est un ivrogne parce qu'il décrit une orgie, un débauché parce qu'il raconte une débauche que de prétendre qu'un homme est vertueux parce qu'il a fait un livre de morale ; tous les jours on voit le contraire.
- C'est le personnage qui parle et non l'auteur ; son héros est athée, cela ne veut pas dire qu'il soit athée; il fait agir et parler les brigands en brigands, il n'est pas pour cela un brigand.
A ce compte, il faudrait guillotiner Shakespeare, Corneille et tous les tragiques ; ils ont plus commis de meurtres que Mandrin et Cartouche ; on ne l'a pas fait cependant, et je ne crois même pas qu'on le fasse de longtemps, si vertueuse et si morale que puisse devenir la critique.
C'est une des manies de ces petits grimauds à cervelle étroite que de substituer toujours l'auteur à l'ouvrage et de recourir à la personnalité pour donner quelque pauvre intérêt de scandale à leurs misérables rapsodies, qu'ils savent bien que personne ne lirait si elles ne contenaient que leur opinion individuelle.

Nous ne concevons guère à quoi tendent toutes ces criailleries, à quoi bon toutes ces colères et tous ces abois, - et qui pousse messieurs les Geoffroy au petit pied à se faire les don Quichotte de la morale, et, vrais sergents de ville littéraires, à empoigner et à bâtonner,au nom de la vertu, toute idée qui se promène dans un livre la cornette posée de travers ou la jupe troussée un peu trop haut. - C'est fort singulier.

L'époque, quoi qu'ils en disent, est immorale (si ce mot-là signifie quelque chose, ce dont nous doutons fort), et nous n'en voulons pas d'autre preuve que la quantité de livres immoraux qu'elle produit et le succès qu'ils ont. - Les livres suivent les mœurs et les mœurs ne suivent pas les livres.
- La Régence a fait Crébillon, ce n'est pas Crébillon qui a fait la Régence.
Les petites bergères de Boucher étaient fardées et débraillées, parce que les petites marquises étaient fardées et débraillées.
- Les tableaux se font d'après les modèles et non les 
modèles d'après les tableaux. je ne sais qui a dit je ne sais où que la littérature et les arts influaient sur les mœurs.
Qui que ce soit, c'est indubitablement un grand sot.
- C'est comme si l'on disait : Les petits pois font pousser le printemps ; les petits pois poussent au contraire parce que c'est le printemps, et les cerises parce que c'est l'été.
Les arbres portent les fruits, 
et ce ne sont pas les fruits qui portent les arbres assurément, loi éternelle et invariable dans sa variété ; les siècles se succèdent, et chacun porte son fruit qui n'est pas celui du siècle précédent ; les livres sont les fruits des mœurs.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:39

Le théâtre, on ne saurait trop le répéter, a de nos jours une importance immense, et qui tend à s’accroître sans cesse avec la civilisation même.
Le théâtre est une tribune. Le théâtre est une chaire. Le théâtre parle fort et parle haut.
Lorsque Corneille dit : pour être plus qu'un roi tu te crois quelque chose, Corneille, c'est Mirabeau.

Quand Shakespeare dit: to die, to sleep, Shakespeare, c'est Bossuet.

L'auteur de ce drame sait combien c'est une grande et sérieuse chose que le théâtre.
Il sait que le drame, sans sortir des limites impartiales de l'art, a une mission nationale, une mission sociale, une mission humaine.
Quand il voit chaque soir ce peuple si intelligent et si avancé qui a fait de Paris la cité centrale du progrès, s'entasser en foule devant un rideau que sa pensée, à lui chétif poète, va soulever le moment d' après, il sent combien il est peu de chose, lui, devant tant d'attente et de curiosité ; il sent que si son talent n'est rien, il faut que sa probité soit tout ; il s' interroge avec sévérité et recueillement sur la portée philosophique
de son oeuvre ; car il se sait responsable, et il ne veut pas que cette foule puisse lui demander compte un jour de ce qu' il lui aura enseigné.
Le poète aussi a charge d'âmes.
Il ne faut pas que la multitude sorte du théâtre sans emporter avec elle quelque moralité austère et profonde.
Aussi espère-t-il bien, dieu aidant, ne développer jamais sur la scène (du moins tant que dureront les temps sérieux où nous sommes), que des choses pleines de leçons et de conseils. Il fera toujours apparaître volontiers le cercueil dans la salle du banquet, la prière des morts à travers les refrains de l'orgie, la cagoule à côté du masque.

Il laissera quelquefois le carnaval débraillé chanter à tue-tête sur l'avant-scène ; mais il lui criera du fond du théâtre.
Il sait bien que l' art seul, l' art pur, l' art proprement dit, n' exige pas tout cela du poète, mais il pense qu' au théâtre surtout il ne suffit pas de remplir seulement les conditions de l' art.
Et quant aux plaies et aux misères de l'humanité, toutes les fois qu' il les étalera dans le drame, il tâchera de jeter sur ce que ces nudités-là auraient de trop odieux le voile d' une idée consolante et grave.

Il ne mettra pas Marion De Lorme sur la scène, sans purifier la courtisane avec un peu d'amour ; il donnera à Triboulet le difforme un cœur de père ; il donnera à Lucrèce la monstrueuse des entrailles de mère.
Et de cette façon, sa conscience se reposera du moins tranquille et sereine sur son œuvre.
Le drame qu'il rêve et qu'il tente de réaliser pourra
toucher à tout sans se souiller à rien. Faites circuler dans tout une pensée morale et compatissante, et il n'y a plus rien de difforme ni de repoussant.
 la chose la plus hideuse mêlez une idée religieuse, elle deviendra sainte et pure.
Attachez Dieu au gibet, vous avez la croix.

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6 février 2017 1 06 /02 /février /2017 12:36

L'auteur de ce recueil n'est pas de ceux qui reconnaissent à la critique le droit de questionner le poëte sur sa fantaisie, et de lui demander pourquoi il a choisi tel sujet, broyé telle couleur, cueilli à tel arbre, puisé à telle source.
L'ouvrage est-il bon ou est-il mauvais?
Voilà tout le domaine de la critique.
Du reste, ni louanges ni reproches pour les couleurs employées, mais seulement pour la façon dont elles sont employées.
A voir les choses d'un peu haut, il n'y a, en poésie, ni bons ni mauvais sujets, mais de bons et de mauvais poëtes.
D'ailleurs, tout est sujet; tout relève de l'art; tout a droit de cité en poésie.
Ne nous enquérons donc pas du motif qui vous a fait prendre ce sujet, triste ou gai, horrible ou gracieux, éclatant ou sombre, étrange ou simple, plutôt que cet autre.
Examinons comment vous avez travaillé, non sur quoi et pourquoi.
Hors de là, la critique n'a pas de raison à demander, le poëte pas de compte à rendre.
L'art n'a que faire des lisières, des menottes, des bâillons; il vous dit : Va ! et vous lâche dans ce grand jardin de poésie, où il n'y a pas de fruit défendu.
L'espace et le temps sont au poëte. Que le poëte donc aille où il veut, en faisant ce qui lui plaît; c'est la loi.

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