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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:36

— Dehors ! Sortez !
Ces cris ponctués de jets de pierres déclenchent la panique. Les deux portes latérales, celles de l’avant et les fenêtres sont prises d’assaut par les jeunes, affolés. 
Les étudiants de sciences économiques, moins nombreux, sont les premiers à vider leurs salles d’examen. Les Chinois (surnom des étudiants en droit) mettent plus de temps à quitter leurs amphithéâtres. 
Comme un feu de brousse en saison sèche, la peur vide les amphis d’anglais, d’histoire géographie, de lettres modernes, de psychologie, de sociologie, de philosophie… 
Dans une lente précipitation, tous fuient droit devant eux, c’est-à-dire vers le campus Sankara. Qui pour s’y terrer, qui pour le traverser, atteindre le quartier Wari-bana et y prendre un taxi ou un bus qui l’emmènerait loin de cet enfer. 
Des étudiants fuyant d’autres étudiants !  Il faut le voir pour y croire. 
On ne sait pas pourquoi on fuit, mais on sait seulement qu’il faut fuir. 
Les filles, qui ont ôté leurs chaussures à talons pour mieux courir, les abandonnent derrière elles. D’autres laissent plus que des chaussures : des cartes d’étudiant, des cartes d’identité, des porte-documents… 
Peu à peu, le flux ralentit aux abords du campus Sankara. 
La rue qui traverse cette cité universitaire est pleine de monde. 
L’union fait la force : on attend là de pied ferme ces perturbateurs venus les déloger des salles d’examen.  La détermination et l’agressivité font place à la détente et à l’humour.
Pourquoi on a fui même ? 
On rit, on plaisante, on se moque de la peur de l’autre.  Ceux qui voulaient traverser la brousse environnant la cité universitaire pour aller à Wari-bana se ravisent. 
Les plus courageux rebroussent chemin à la recherche d’objets perdus.

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6 décembre 2016 2 06 /12 /décembre /2016 13:36

La porte s’ouvre sous la poussée d’une force maléfique. 
Une femme supplie : Je t’en prie, Prosper, ce n’est pas de sa faute si… 
Une voix rauque l’interrompt : Laisse-moi faire ! 
Un homme petit et laid, dont le ventre proéminent occupe tout l’espace de la porte entrebâillée, aboie : C’est bien ici la chambre de Coulibaly Mamadou ? 
Le nommé se lève sans répondre. 
L’étranger et lui se jaugent du regard dans un silence menaçant.
L’homme est d’âge mûr. La quarantaine. 
Une calvitie avance sur un front bombé, dégarni et luisant. 
Des gouttes de sueur perlent sur son nez épaté. 
Il a chaud dans son costume de fonctionnaire. 
Le jeune homme, grand et mince, a les cheveux coupés court, le menton imberbe et lisse. 
Il est sans doute du nord. Il porte une tunique musulmane ample.
Les yeux de tous les étudiants se sont détournés du téléviseur pour se porter tantôt sur l’un, tantôt sur l’autre des protagonistes.
L’aspect du jeune homme a douloureusement assuré l’inconnu qu’il a bien en face de lui la personne recherchée. 
Il met la main droite à l’intérieur de sa veste, au côté gauche. 
Un objet noir apparaît dans sa main. 
Dans le champ de vision de l’adolescent, cet objet fait maintenant partie d’un arrière-plan flou. 
Son attention est fixée sur l’espace situé entre le corps ennemi et la porte entrouverte…
Oui, il peut passer… 
À condition d’enjamber auparavant les corps de ses compagnons...

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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 13:11

L’irruption d’un fonctionnaire jaloux dans une cité universitaire en Afrique,

en 1990, marque le début d’un mouvement de contestation estudiantine qui, peu à peu, va s’étendre à d’autres secteurs de la société, ébranlant le monde de la politique monolithique.

Le Gouvernement n’hésite pas à décréter l’année blanche, renvoyant chez eux les étudiants frondeurs.

Révolte, Espoir, Amour, Trahison, Amertume : les sentiments les plus divers animent

des jeunes et des moins jeunes avides de changement.

Quelques destins se croisent avant de se séparer : les étudiants Sékou Traoré dit Volcano,Isabelle Koné, Mamadou Coulibaly ; le journaliste Gilles Moreau, l’écrivain PierreHoussou Yao, le politique Thierry Lago…

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