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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:32

Joël, un jeune cadre, doit soutenir un dossier devant un conseil d’administration.
 

Le président du conseil d’administration prend place. L’ordre du jour est adopté.

Des minutes s’égrènent, des heures passent, les différents intervenants se succèdent, chacun tente pour le mieux de convaincre les décideurs. Trois sont déjà recalés.
Ceux qui n’ont pas encore présenté leur projet sentent leur tension monter.

C’est le tour de Joël.

Il explique l’importance du projet et les retombées immédiates.
Il parle depuis trente minutes. Après avoir répondu aux questions, il attend le verdict.
L’heure est grave. Les battements de son cœur s’accélèrent, de telle manière que, à l’approcher, on verrait presque ses muscles tambouriner sous sa veste.
A cet instant, il se souvient de ce que son collègue lui disait.A propos du refus du projet par les décideurs.
Joël tremble comme une feuille. L’attente parait insoutenable.
Ses jambes l’abandonnent. Elles se glacent, se solidifient, s’effritent sans pour autant rompre, puisqu’il tient toujours debout.
La salle climatisée devient une chaudière pour Joël qui transpire maintenant à si grosses gouttes que sa chemise en a assez de retenir cette inondation, elle cède et laisse la veste éponger ce nouveau cours d’eau.
Le pantalon moule désormais ses jambes qui refusent, cependant, de se briser.
L’éternelle attente devant tous ces yeux qui projettent des étincelles rieuses, qui au fil d’interminables minutes deviennent tantôt agressives tantôt compatissantes.
Ce silence lourd dont aucune toux ne vient percer l’épaisseur dérange encore plus l’exposant. Parce qu’un quelconque bruit soulagerait son procès, ces regards hagards et cette concertation silencieuse et douloureuse.

Enfin, le président du conseil prend la parole et communique la décision : le projet est approuvé. Aussitôt, le soleil brille et réchauffe Joël qui, soudainement, tout en jubilant s’assied.

Son collègue passe, à son tour, son examen et le réussit brillamment.

Le soir, dans un restaurant chic du coté du quartier Louis, les deux collègues ont déjà terminé un champagne en apéritif et le deuxième est bien entamé.
Ils dégustent, l’un du magret de canard et l’autre du poisson salé aux aubergines.
Ils sont joyeux d’avoir vaincu le signe indien. 

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 15:30

Un soir, Atsame fille d’Andeme mit une robe moulante qui s’achevait au ras des cuisses et s’embarqua dans une voiture blanche. Mais cette fois, au grand étonnement de sa mère, elle ne rentra pas le lendemain.

Le matin, aux aurores, un brouillard noirci enveloppait Metanga-si. Des brumes bleuies formaient un épais nuage au-dessus des toits de ce quartier hors du temps.
Les premiers rayons de soleil ne dissipèrent pas ce phénomène inhabituel. L’air était fade. Une odeur acre de chair pourrie prenait à la gorge. De petites silhouettes longeaient le cours d’eau. Des clameurs s’élevaient. Les voix des femmes grisaillaient l’air en lançant des jurons. Les vielles femmes frappaient leur buste en psalmodiant. Les aboiements matinaux des chiens sonnaient comme un hymne à la mort. Un corps, la figure enfouie dans le cours d’eau, les pieds sur la cote, les cheveux ensanglantés, était couché sur le ventre.
Alertée par les cris, Andeme se pencha depuis sa fenètre. Puis à cause de la mauvaise visibilité, descendit de son perchoir. Elle longea, le cœur haletant, le cours d’eau.
Atsame n’était pas rentrée comme à son habitude au petit matin. Andeme l’avait vainement attendue.

Le corps présentait des ecchymoses. On le retourna. C’était une fille. Le sein droit était sectionné. Une grande foule entourait le corps. Andeme arriva et fixa le macchabée.
Elle regardait d’une curiosité coupable le corps étendu. Soudain, ses yeux devinrent livides. Le jour s’assombrit. Les chiens se turent. Tout devint noir autour d’elle. Atsame gisait là…

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:31

(Scène banale de la vie quotidienne : des véhicules sont immobilisés et la circulation interdite sur une autoroute pour le passage d’un cortège officiel)

 

Les véhicules étaient pressés les uns contre les autres. Tonalité continue des coups d’avertisseur désespérés. Des conducteurs, furieux d’attendre depuis des heures, descendaient de leur voiture pour s’invectiver, une manière comme une autre de canaliser leur agressivité. Un embouteillage monstre qui durait depuis plus de six heures ; direction Est et direction Ouest, des deux cotés de la voie qui, elle, au milieu, était vide, son asphalte noir et brillant reflétant parfois de manière aveuglante les rayons brùlants du soleil. La ligne jaune séparait la voie de celle du commun des mortels. Plus de lois, plus de moral, pensa Dioné. Il n’y avait plus que la raison du plus fort, seule, symbolisée par la machine qui glissait loin sur la voie. Une autre forme de jungle. La nouvelle civilisation.

-          J’te dis qu’aujourd’hui, nous n’avancerons pas, grogna Guiyou. Cela devait bien arriver un jour. Nous allons griller sur place.

-          Ils vont envoyer la garde, dit Dioné, sans conviction.
-          Pourquoi pas l’autorisation d’utiliser la voie, pendant que tu y es ? ricana Guiyou.
Tu veux que je te dise ce que nous sommes ? Des p’tits tas de merde qui aimeraient toujours rester des p’tits tas de merde parce que, tu vois, cette odeur de merde, nous avons fini par nous y habituer. Nous allons rester ici jusqu’à ce que nos os pourrissent dans ces ferrailles puantes et pendant que nous serons en enfer, nous les verrons passer sur la voie…Y en a qui disent qu’ils font parfois du 200 mille à l’heure. C’est d’sport cela. Tu n’trouves pas ? Y a rien de mieux que la vitesse pour les méninges. Tu fais la différence entre eux et nous, et tu découvres ce que nous avons dans la caboche.

-          Tu vas te taire nom de Dieu, hurla Dioné. Tu vas te taire ou je vais te foutre mon poing sur ta sale face de rat.

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9 mars 2017 4 09 /03 /mars /2017 14:31

Toute la famille se trouvait réunie autour de la table. Ils digéraient le lourd repas de manioc et de poisson salé qu’ils venaient de terminer. Ce soir-là, les mines sont maussades.
Igowo était revenu plusieurs fois les voir, seul ou avec Ziza et Pierre Henry.
L’accueil variait au gré de l’humeur de Mboumba, tantôt chaleureux, tantôt glacial. Aujourd’hui, leur apparition inattendue surprend tout le monde.
Non pas qu’Igowo ait l’habitude de prévenir de son arrivée.
Mais ce soir, ils auraient sans doute souhaité rester seuls à pleurer sur leur misère.
Depuis quelques temps, ils ne mangeaient plus à leur faim.
La nourriture était devenue trop chère pour les maigres salaires du père et du fils.
Le poisson, rare, atteignait des prix exorbitants. C’était une denrée de luxe. (…)

Les enfants dépérissaient à vue d’œil. Ils ne jouaient plus avec les camarades de leur âge dans la cour du quartier. Les plus petits pleurnichaient à la moindre taquinerie des aînés.
Ce qui leur attirait les coups et les imprécations de la mère les nerfs à fleur de peau.
Dans ses moments de révoltes, elle accusait avec véhémence son fils Mpira d’être incapable, et son époux de faire preuve d’une criminelle insouciance.
Comment pouvait-elle nourrir onze bouches avec seulement du manioc ?
Ce manioc qui provoquait chez tous une constipation opiniâtre.
Où voulait-on qu’elle trouve des laxatifs pour détendre au moins les ventres des plus jeunes dont le sommeil devenait pénible ?
Las d’entendre ces jérémiades, le mari la traitait de tous les noms.
Les autres épouses ne se contentent pas d’attendre leur conjoint les bras ballants ; elles vendent des beignets au marché ou devant leur maison…
Si la sienne secouait un peu sa torpeur, ils mangeaient une nourriture plus variée et plus riche.
Il ne pouvait pas, à lui tout à la fois, le loyer, les vêtements et la nourriture.
Puis il s’en prenait à son fils. Ce fainéant ne pouvait pas se débrouiller pour changer d’emploi au lieu de se contenter d’une simple place de planton. Il devrait mourir de honte. Que n’aurait-il pas fait pour être le père d’Igowo ! Au moins il serait comblé.
                                                                                  

Igowo est le neveu de Mboumba. Ziza et Pierre Henry sont ses amis

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 14:55

— Vraiment ces étrangers, c’est pas la peine ! On les accueille, on les naturalise, on les nomme, on les épouse et dès que ça bouge, hop ! Je te rapatrie un milliard de francs dans mon pays d’origine. Intégration régionale, panafricanisme, je t’en foutrais !

— Privatisations ! Privatisations ! Ça devient une chanson pour ne pas dire néocolonialisme économique.
Vous trouvez normal qu’après trente ans d’indépendance nous ne gardions rien à nous ? L’eau ? Privatisée ! L’électricité ? Privatisée ! Le téléphone ? Privatisé ! La poste ? Privatisée !

— Soyons sérieux : tu sais bien que ces sociétés d’État étaient sous constante perfusion financière. Moi, je crois que la privatisation arrangera les choses : meilleurs services, plus grands bénéfices, tout le monde y gagnera : toi, moi, l’État et les investisseurs privés.

— Mais alors, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas privatiser la fonction publique ?

Eau-de-vie,
De longue vie,
Tu redonnes la vie
Aux morts !

Charles rit de ce refrain d’ivrogne mais on pourrait croire qu’il est lui-même déjà assez ivre pour rire sans raison. Il s’applique à remplir son verre, vidant sa troisième bouteille.

— Jo, des militaires ont défilé cet après-midi du côté de la présidence. Il fallait être là, voir ça de ses propres yeux pour y croire. Ces voleurs et vandales défilaient à leur tour pour revendiquer je ne sais trop quoi. Un parent près de moi a lancé, ironique : “Tiens, on ne savait pas qu’eux aussi avaient des problèmes !” Et la meilleure, c’est que Mitterrand aurait refusé de laisser les militaires français rétablir l’ordre !

— Comment un pauvre petit pays comme le Bénin arrive à organiser une conférence nationale souveraine alors que nous on ne pourrait pas le faire, sous prétexte de divisions ethniques et faute d’argent ?

— Conférence nationale ? En tout cas, moi, je suis pas fan de ça ! D’ailleurs, on aura des élections en fin d’année, alors à quoi bon ?

— Tu crois que de simples élections permettront de réconcilier un peuple divisé, appauvri par trente ans de népotisme, d’affairisme et de tribalisme ? Moi, je suis d’accord avec l’opposition qui exige la tenue de cette conférence ici, comme au Bénin et au Gabon. Et tant pis pour le pouvoir s’il fait la sourde oreille. C’est parce que l’agouti ne connaît pas le chien qu’il s’amuse avec lui.

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 14:54

Qu’est-ce qu’il a fait à ces étudiants pour  demandent son départ ? Il se penche pour reprendre  tract qu’il a laissé tomber.
Départ du recteur… Départ du directeur du  national des œuvres universitaires… Départ du ministre de tutelle.
C’est lui, le ministre de tutelle, ministre de l’Enseignement supérieur, chargé de la recherche scientifique, c’est bien lui, Bernard Cauphy. Mais qu’est-ce qu’il n’a pas fait ?
Est-ce sa faute si le CNOU a dix milliards d’arriérés malgré les subventions de l’État ?
À qui la faute si, malgré les mille neuf cents francs de subvention pour le repas au restaurant universitaire, l’étudiant mange mal ?
Que le directeur du CNOU parte, quoi de plus normal ? Que le recteur s’en aille, à la limite. Mais lui ?
Papa avait raison : c’est parce que l’agouti ne connaît pas le chien qu’il s’amuse avec lui.

— Alphonse, amène-moi ces éléments subversifs ici, dans mon bureau. Ils vont voir de quel bois je me chauffe !

— Bien, patron !

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6 janvier 2017 5 06 /01 /janvier /2017 14:51

— Dehors ! Sortez !
Ces cris ponctués de jets de pierres déclenchent la panique. Les deux portes latérales, celles de l’avant et les 
fenêtres sont prises d’assaut par les jeunes, affolés.
Les étudiants de sciences économiques, moins nombreux, sont les premiers à vider leurs salles d’examen.
Les Chinois (surnom des étudiants en droit) mettent plus de temps à quitter leurs amphithéâtres.
Comme un feu de brousse en saison sèche, la peur vide les amphis d’anglais, d’histoire géographie, de lettres modernes, de psychologie, de sociologie, de philosophie…
Dans une lente précipitation, tous fuient droit devant eux, c’est-à-dire vers le campus Sankara. Qui pour s’y terrer, qui pour le traverser, atteindre le quartier Wari-bana et y prendre un taxi ou un bus qui l’emmènerait loin de cet enfer.
Des étudiants fuyant d’autres étudiants ! Il faut le voir pour y croire.
On ne sait pas pourquoi on fuit, mais on sait seulement qu’il faut fuir.
Les filles, qui ont ôté leurs chaussures à talons pour mieux courir, les abandonnent derrière elles.
D’autres laissent plus que des chaussures : des cartes d’étudiant, des cartes d’identité, des porte-documents…
Peu à peu, le flux ralentit aux abords du campus Sankara.
La rue qui traverse cette cité universitaire est pleine de monde.
L’union fait la force : on attend là de pied ferme ces perturbateurs venus les déloger des salles d’examen.
La détermination et l’agressivité font place à la détente et à l’humour. Pourquoi on a fui même ?
On rit, on plaisante, on se moque de la peur de l’autre.
Ceux qui voulaient traverser la brousse environnant la cité universitaire pour aller à Wari-bana se ravisent.
Les plus courageux rebroussent chemin à la recherche d’objets perdus.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:45

— Vraiment ces étrangers, c’est pas la peine ! On les accueille, on les naturalise, on les nomme, on les épouse et dès que ça bouge, hop ! Je te rapatrie un milliard de francs dans mon pays d’origine. Intégration régionale, panafricanisme, je t’en foutrais !

— Privatisations ! Privatisations ! Ça devient une chanson pour ne pas dire néocolonialisme économique.Vous trouvez normal qu’après trente ans d’indépendance nous ne gardions rien à nous ? L’eau ? Privatisée ! L’électricité ? Privatisée ! Le téléphone ? Privatisé ! La poste ? Privatisée !

— Soyons sérieux : tu sais bien que ces sociétés d’État étaient sous constante perfusion financière. Moi, je crois que la privatisation arrangera les choses : meilleurs services, plus grands bénéfices, tout le monde y gagnera : toi, moi, l’État et les investisseurs privés.

— Mais alors, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas privatiser la fonction publique ?

Eau-de-vie,
De longue vie,
Tu redonnes la vie
Aux morts !

Charles rit de ce refrain d’ivrogne mais on pourrait croire qu’il est lui-même déjà assez ivre pour rire sans raison. Il s’applique à remplir son verre, vidant sa troisième bouteille.

— Jo, des militaires ont défilé cet après-midi du côté de la présidence. Il fallait être là, voir ça de ses propres yeux pour y croire. Ces voleurs et vandales défilaient à leur tour pour revendiquer je ne sais trop quoi. Un parent près de moi a lancé, ironique : “Tiens, on ne savait pas qu’eux aussi avaient des problèmes !”
Et la meilleure, c’est que Mitterrand aurait refusé de laisser les militaires français rétablir l’ordre !

— Comment un pauvre petit pays comme le Bénin arrive à organiser une conférence nationale souveraine alors que nous on ne pourrait pas le faire, sous prétexte de divisions ethniques et faute d’argent ?

— Conférence nationale ? En tout cas, moi, je suis pas fan de ça ! D’ailleurs, on aura des élections en fin d’année, alors à quoi bon ?

— Tu crois que de simples élections permettront de réconcilier un peuple divisé, appauvri par trente ans de népotisme, d’affairisme et de tribalisme ? Moi, je suis d’accord avec l’opposition qui exige la tenue de cette conférence ici, comme au Bénin et au Gabon. Et tant pis pour le pouvoir s’il fait la sourde oreille. C’est parce que l’agouti ne connaît pas le chien qu’il s’amuse avec lui.

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:41

Qu’est-ce qu’il a fait à ces étudiants pour qu’ils demandent son départ ?
Il se penche pour reprendre le tract qu’il a laissé tomber.
Départ du recteur… Départ du directeur du centre national des œuvres universitaires… Départ du ministre de tutelle.
C’est lui, le ministre de tutelle, ministre de l’Enseignement supérieur, chargé de la recherche scientifique, c’est bien lui, Bernard Cauphy. Mais qu’est-ce qu’il n’a pas fait ? 
Est-ce sa faute si le CNOU a dix milliards d’arriérés malgré les subventions de l’État ?
À qui la faute si, malgré les mille neuf cents francs de subvention pour le repas au restaurant universitaire, l’étudiant mange mal ? 
Que le directeur du CNOU parte, quoi de plus normal ? 
Que le recteur s’en aille, à la limite. Mais lui ? 
Papa avait raison : c’est parce que l’agouti ne connaît pas le chien qu’il s’amuse avec lui.

— Alphonse, amène-moi ces éléments subversifs ici,dans mon bureau. Ils vont voir de quel bois je me chauffe !

— Bien, patron !

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5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 13:36

— Dehors ! Sortez !
Ces cris ponctués de jets de pierres déclenchent la panique. Les deux portes latérales, celles de l’avant et les fenêtres sont prises d’assaut par les jeunes, affolés. 
Les étudiants de sciences économiques, moins nombreux, sont les premiers à vider leurs salles d’examen. Les Chinois (surnom des étudiants en droit) mettent plus de temps à quitter leurs amphithéâtres. 
Comme un feu de brousse en saison sèche, la peur vide les amphis d’anglais, d’histoire géographie, de lettres modernes, de psychologie, de sociologie, de philosophie… 
Dans une lente précipitation, tous fuient droit devant eux, c’est-à-dire vers le campus Sankara. Qui pour s’y terrer, qui pour le traverser, atteindre le quartier Wari-bana et y prendre un taxi ou un bus qui l’emmènerait loin de cet enfer. 
Des étudiants fuyant d’autres étudiants !  Il faut le voir pour y croire. 
On ne sait pas pourquoi on fuit, mais on sait seulement qu’il faut fuir. 
Les filles, qui ont ôté leurs chaussures à talons pour mieux courir, les abandonnent derrière elles. D’autres laissent plus que des chaussures : des cartes d’étudiant, des cartes d’identité, des porte-documents… 
Peu à peu, le flux ralentit aux abords du campus Sankara. 
La rue qui traverse cette cité universitaire est pleine de monde. 
L’union fait la force : on attend là de pied ferme ces perturbateurs venus les déloger des salles d’examen.  La détermination et l’agressivité font place à la détente et à l’humour.
Pourquoi on a fui même ? 
On rit, on plaisante, on se moque de la peur de l’autre.  Ceux qui voulaient traverser la brousse environnant la cité universitaire pour aller à Wari-bana se ravisent. 
Les plus courageux rebroussent chemin à la recherche d’objets perdus.

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