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31 octobre 2016 1 31 /10 /octobre /2016 12:58

Introduction

Les Etats généraux de l’enseignement du français en Afrique subsaharienne tenus à Libreville en 2003 ont abouti à des résolutions dont certaines ont été effectivement mises en œuvre telle la revalorisation de la rémunération des enseignants gabonais à travers la création en 2008 d’une Prime d’Incitation à la Fonction d’Enseignant (PIFE).

D’autres Etats généraux vont se dérouler en mai 2010 qui vont aboutir à la loi n°21/2011 du 14 février 2012 portant Orientation Générale de l’Education, de la Formation et de la Recherche.

En 2014, une Prime d’Incitation à la Performance (PIP° verra le jour, dont le montant dépendra d’une fiche d’évaluation notée par le supérieur hiérarchique de tout fonctionnaire ou contractuel de la Fonction publique.

Dans un tel environnement favorable au choix de la carrière d’enseignant, on pourrait penser que « le plus beau métier du monde » a encore de beaux jours au Gabon. Cependant, l’état des lieux dressé nous incite à moins d’optimisme, comme nous allons le démontrer à travers les trois principales articulations de notre communication, à savoir : la formation professionnelle, les tensions et le rapport à l’exercice de la profession.

 

Axe 1 : la formation professionnelle

Au Gabon, la formation de base est assurée par l’Ecole Normale Supérieure ENS) pour les enseignants des collèges et  lycées (Certificat d’Aptitude de Professeur de Collège/ Certificat d’Aptitude de Professeur d’Enseignement Secondaire) et par l’Ecole Nationale des Instituteurs (ENI) pour des bacheliers ou des étudiants issus de l’Université.

La formation continue est assurée  par l’Institut Pédagogique Nationale (IPN) et par l’Institut Générale des Services (IGS) en tant que formateurs et en tant qu’organisateurs, soit 14 inspecteurs et 8  conseillers pédagogiques.

Rappelons tout d’abord que jusqu’en 2002 ; l’Education nationale au Gabon est encore, à plusieurs niveaux (tant dans l’enseignement que dans l’encadrement à l’IPN ou à la Direction Générale des Examens et Concours), bénéficiaire de coopérants français.

A partir de 2002, la gabonisation des postes va s’accélérer mais d’une manière contestable : sous forme de cooptation et non pas suite à une évaluation objective des enseignants en fonction.

J’ai commencé à travailler en 1995, aussi je puis témoigner de cette période et de ses conséquences sur les dispositifs d’accompagnement des jeunes enseignants.

Recruté directement avec un Diplôme d’Etudes Approfondies en Lettres modernes et affecté au Lycée National Léon Mba, j’ai été encadré par le professeur et enseignant coopérant français France VOLATIER à qui la direction retirait deux classes (une-4ème et une 2nde S) pour me les attribuer.
Le Chef de département de français Marcellin EWORE BEKALE et les coopérants français Fabre et Gettrey à l’IPN m’ont donné des documents pédagogiques issus de séminaires ateliers, des conseils et orientations tout en m’assurant de leur disponibilité. Ainsi j’ai bénéficié de trois dispositifs d’enseignement : celui d’un ainé et ancien dans la profession (sorte de tutorat), celui de collègues (chef de département et responsables de niveaux 4ème et 2nde) et celui de l’IPN.

Or aujourd’hui je doute fort qu’un jeune enseignant bénéficie d’un tel accompagnement.

Sur les trois dispositifs d’enseignement, il ne pourra plus compter que  sur  celui des collègues, du chef de département et des responsables de niveaux.

Depuis 2004, même le traditionnel Conseil d’Enseignement qui, au premier trimestre, permettait un échange pédagogique entre l’IPN et les départements de français des lycées n’existe plus.

Relevons tout de même qu’à partir du mois d’aout 2010 et ce durant trois années de suite (2010, 2011, 2012), un séminaire de formation à l’échelle nationale a été organisé, suite aux Etats généraux de l’Education au Gabon tenus en mai 2010.

Au bac 2015, pour la première fois, les épreuves de français au baccalauréat ont été corrigées sur la base de grilles d’évaluation spécifiques (3 pour l’écrit, 1 pour l’oral), aussi les résultats ont-ils été meilleurs cette année (plus de 50%)

En somme, des dispositifs d’encadrement des jeunes enseignants existent, mais ils sont insuffisants, peu efficaces et concentrés à Libreville la capitale alors qu’il existe aujourd’hui au Gabon 9 directions d’académie provinciale dont les bureaux pourraient être renforcés par des conseillers et inspecteurs pédagogiques.

On compte environ 950 enseignants de français aujourd’hui au Gabon, dont près de la moitié exercent à Libreville. Depuis la création d’une Prime d’Incitation à la Performance en 2014 et surtout à cause des grèves dans le secteur éducatif en 2015, un système d’évaluation des professeurs en fonction est apparu à travers une fiche d’évaluation dite F02 présentée sommairement comme suit :

Le critère fondamental est la présence au poste : 60 jours par trimestre, affecté du coefficient 1,5

Suivent 3 critères spécifiques ainsi que 2 sous critères auxquels sont affectés des coefficients :

 

1.     Le comportement professionnel (normes académiques

·        Respect des horaires de cours (emploi du temps) et de la progression du programme, coefficient 1,5

·        Participation aux réunions d’établissement et de préparation pédagogique (conseils de classe, de département, etc) coefficient 1

 

2.     Les qualités professionnelles

·        Tenue du cahier de texte et cohérence avec le cahier de l’élève, coefficient 1

·        Taux de réussite des élèves au trimestre, coefficient 1

 

3.     Les compétences professionnelles

·        Niveau et suivi pédagogique (supports de cours, devoirs surveillés, de maison, de groupe), coefficient 2

·        Respect des délais de dépôt des notes d’évaluation, coefficient 1,5

 

Des missions d’inspection et de contrôle ont été réalisées par l’IPN et l’IGS pour endiguer les grèves qui ont perturbé l’année 2014-2015, mais aussi pour vérifier l’évaluation de ces fiches par les Chefs d’établissement.

Mais on peut se demander si, avec la suppression de la Prime d’Incitation à la Performance en juillet 2015, cette fiche d’évaluation existera encore et si elle aura le même impact sur le travail de l’enseignant de français au Gabon.

Un constat me préoccupe, la mauvaise gestion des ressources humaines à l’éducation nationale. Les bons enseignants de français que j’ai connus ont abandonné la profession pour la diplomatie, la politique ou le privé (enseigner aux lycées français Blaise Pascal, Michel Montaigne ou à l’école turco-gabonaise)…

Ceux qui restent sont ceux qui n’ont pas d’autre choix ou ceux qui ont des relations pour évoluer par cooptation…

A cette allure, l’enseignement du français au Gabon dépendra longtemps encore des expatriés et les enseignants gabonais ayant10 ans d’ancienneté dans la profession ou plus deviendront de plus en plus rares, ce d’autant plus qu’ils sont nombreux à bénéficier de promotions ou nominations (Censeurs ou Chefs d’établissement) sans avoir 5 ans d’ancienneté dans la Fonction publique.

Comme solution à ce problème, nous proposons tout simplement le respect des textes régissant tout fonctionnaire au Gabon : pas de nomination avant d’être titularisé ou d’avoir 5 ans d’expérience.

 

Axe 2 : les tensions

L’Education nationale est un des secteurs ministériels dont le budget est relativement important au Gabon. Il est donc légitime que les attentes soient fortes envers la communauté éducative. Cependant, les résultats enregistrés aux examens nationaux (entre 45% et 48% au Brevet d’Etudes du Premier Cycle et 20% au plus au premier tour du Baccalauréat, avant l’oral de rattrapage) et le fort taux de redoublement (35%, moyenne nationale) sont très en deçà des attentes. Ces statistiques révèlent un réel problème d’échec scolaire qui corrobore les travaux des chercheurs gabonais tels Armel Nguimbi, Nze Waghe ou Ambourouet-Bigman  portant sur les faiblesses en orthographe et grammaire des élèves et étudiant.

La responsabilité des enseignants de français est donc engagée, aussi allons-nous évoquer les différentes tensions qui affectent l’appropriation, par les enseignants, des savoirs impliqués par leurs compétences professionnelles.

 

D’abord, il faut évoquer les tensions découlant des trajectoires scolaires et universitaires différentes. D’une part, les enseignants issus de l’Université, d’autre part, ceux issus de l’Ecole Normale Supérieure ou encore ceux ayant bénéficié des deux centres de formation. Pour le Conseiller pédagogique Honoré Ovono Obame, cette différence est valorisante pour les professeurs issus de l’ENS qui sont, pour lui, « prêts à enseigner ».  Les besoins de l’Education nationale et les recrutements pour nécessité de service ont longtemps favorisés les recrutements directs d’enseignants de français gabonais ou expatriés. Pour pallier aux différences de cursus, la formation en cours de carrière sous forme de séminaires-ateliers a été longtemps assurée jusqu’en 2002 par la Coopération française. D’après Armel Nguimbi, cette situation pourrait expliquer la quasi absence de coopération pédagogique entre enseignants de français. Les solutions proposées ici sont :

·        Séminaires-ateliers par bassins pédagogiques avec impression de supports pédagogiques de synthèse et large distribution

·        Séminaires-ateliers de vulgarisation des meilleurs travaux de recherche de chaque promotion de l’ENS…Un travail de qualité devrait bénéficeir au plus grand nombre d’enseignants.

·        Tutorat systématique des jeunes enseignants par les plus expérimentés dans chaque département de français.

 

Ensuite, il faut reconnaitre qu’avec 47% d’enseignants expatriés, des tensions pourront être observées dans le choix des œuvres littéraires à étudier en classe.

En effet, si les textes officiels préconisent une étude paritaire entre littérature française d’une part et littérature négro-africaine et étrangère d’autre part, la réalité du terrain est toute autre.

Ainsi, les enseignants expatriés vont privilégier l’étude d’œuvres qui leurs sont familières : Maimouna d’Abdoulaye Sadji, l’aventure ambiguëe de Cheikh Hamidou Kane, Le monde s’effondre de Chinua Achébé, l’étrange destin de Wangrin de Amadou Hampaté Ba,  Ville cruelle d’Eza Boto, les bouts de bois de Dieu de Sembène Ousmane…

Tandis que les nationaux vont préférer faire la promotion de la littérature gabonaise à travers Au bout du silence de Laurent Owondo, Parole de vivant d’Auguste Moussirou Mouyama, Le bourbier d’Armel Nguimbi, Histoire d’Awu de Justine Mintsa

Quand on sait qu’officiellement l’IPN fait aujourd’hui la promotion de la littérature gabonaise, on comprend la nécessité d’harmoniser les pratiques, d’où les propositions suivantes :

-         Parmi les œuvres au programme, que les élèves choisissent eux-mêmes l’œuvre ou les œuvres à étudier

-         Que ces œuvres fassent l’objet d’exposés présentés par les élèves.

-         Que les enseignants et chercheurs produisent des œuvres critiques sur les livres gabonais.

 

Enfin, on constate au Gabon, dans les textes officiels comme dans les pratiques, une tension entre le français à l’écrit qui est valorisé et le français à l’oral qui l’est beaucoup moins. Aux examens du Certificat d’Etudes Primaires Elémentaires (CEPE) comme au BEPC, la dictée demeure une épreuve discriminante…Or vous conviendrez avec moi qu’à une époque où les téléphones portables ont une saisie intelligente et les ordinateurs un dictionnaire intégré et des correcteurs d’erreurs automatique, cela peut paraitre désuet, voire suranné.

Hier, jeune enseignant en 4eme, j’ai voulu  remplacer la traditionnelle récitation par le récit d’un conte en langue maternelle traduit ensuite en français par chaque élève…Tout s’est bien passé jusqu’à ce qu’une parente d’élève s’offusque du fait qu’on puisse, en cours de français, parler une autre langue que le français…

En 2014-2015, j’ai demandé à mes élèves de 4eme de choisir une bande dessinée publiée sous le titre générique « Gabonitudes » dans le quotidien national L’Union sous forme de 8 vignettes, de la lire et de la commenter : dire, par exemple,  quel fait de la société gabonaise (ou quelle mauvaise habitude) l’auteur dénonce, comment, etc.

Ainsi, pour réduire cette fracture entre écrit et oral, nous proposons les mesures suivantes :

Au premier cycle, les coefficients des rubriques sont les suivants : oral (01) ; dictée (01), étude de texte (02), composition française (02),

-         ils devraient être remplaces ainsi : oral (01) ; dictée (01), étude de texte (02), composition française (02)

Au BEPC, examen qui clôt le premier cycle, les matières sont les suivantes :  dictée, étude de texte  et composition française

ils devraient être remplaces ainsi : oral; dictée, étude de texte, composition française.

 

Axe 3 : le rapport à l’exercice de la profession

Peut-on être performant sans avoir une certaine passion pour le métier que l’o exerce ? Au Gabon, on peut constater une différence entre enseignants expatriés et les nationaux quant à l’exercice de la profession.

Sur le plan cognitif, nous observons un léger avantage des expatries recrutés sur titres. Ils sont plus sérieux ou plus méthodiques dans l’exercice du métier, moins enclins à entrer en grève car tenus par des obligations contractuelles strictes.

Les nationaux étaient plus pragmatiques, plus ambitieux, moins fidèles à la carrière ou à la fonction d’enseignant…jusqu’à la création, en 2008, de la Prime d’Incitation à la Fonction Enseignante (PIFE) soit cent mille francs CFA par mois ou cent cinquante-deux euros par mois en plus du salaire pour la catégorie A1 (niveau CAPES ou bac + 5).

Sur le plan socio psycho affectif, on constate la même différence.

Certes, tous les enseignants de français au Gabon ont de l’estime, voire de l’amour pour leur profession, malgré leurs conditions de travail souvent difficiles (effectifs pléthoriques, absence de bibliothèque scolaire, etc).

Mais les nationaux, une fois titularisés ou intégrés dans la Fonction publique, vont commencer à organiser leur reconversion professionnelle en essayant d’investir des métiers plus lucratifs, des fonctions mieux rémunérées et socialement plus valorisantes.

Pour pallier à cette situation, certes le gouvernement a décidé, depuis aout 2015 de mensualiser la PIFE et de revaloriser les salaires pour tous les agents de la Fonction publique, mais nous proposons des Mesures d’Incitation à la performance :

-         Promotions et nominations au mérite

-         Entretiens individuels périodique,  à la demande des agents publics ou à l’initiative de l’Education nationale (Direction Centrale des Ressources Humaines), tous les deux ans, à la titularisation, à l’intégration.

 

Conclusion

En somme, nous pouvons comprendre que la fonction d’enseignant n’est qu’un tremplin pour d’autres métiers ou fonctions moins stressantes, mieux rétribuées, plus valorisantes.

A titre d’exemple, nous n’étions que trois enseignants en 2000 à Paris au XXème Congrès mondial pour représenter le Gabon. De ces trois enseignants, je suis le seul devant vous aujourd’hui : l’un est devenu Député depuis 2001 et l’autre Chef d’établissement depuis 2009.

« Emergence, excellence, performance »  sont aujourd’hui les mots-clés du discours politique au Gabon. A l’horizon 2020, l’objectif fixé est 80% de réussite aux examens nationaux (BAC et BEPC). Cet objectif ne sera pas atteint sans une gestion plus rationnelle et plus objective des ressources humaines. Ce cri d’alarme peut avoir des effets bénéfiques  si les résolutions de ce congrès sont transmises au niveau des décideurs et si chaque association fait ce qu’elle peut, selon ses moyens, pour maintenir  ardente la flamme de notre vocation.

Références

Loi n°21/2011 du 14 février 2012 portant Orientation Générale de l’Education, de la Formation et de la Recherche.

Discours et pratiques sur l’enseignement des textes littéraires au lycée, Armel Nguimbi, éditions Odette Maganga (ODEM), Libreville, mars 2015

La situation de l’enseignement du français au Gabon, par Honoré OVONO OBAM http://www.francparler-oif.org/pour-lenseignant/les-articles/2650-la-situation-de-lenseignement-du-francais-au-gabon.html

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Published by Edgard - dans Education
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