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Pierre Akendengue - Considerable (Africa obota / Nandipo)
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Considérable (chanson gabonaise),
Pierre Claver Akendengue
Petit par les centimètres, grand par les sentiments, il s’appelait Powè.
Il aimait chanter : « ah, que le monde est méchant, mais que Dieu est grand ! »
Mais chaque fois qu’il chantait, il tombait des gouttes d’eau.
Les hommes en ont eu marre, l’ont chassé du village.
Powè s’en est allé, le cœur gros loin de son pays
Considérable
Il prit congé de la chouette qui s’arracha les cheveux de douleur
S’embarqua dans son bateau mû par un moteur en bois du pays
Il croisa les hommes-léopards qui se nourrissent de sang,
Se curent les dents assis sur des bancs de sable en bois
Pendant que les femmes chassent hippopotames et crocodiles dans le pays
Considérable
Et pour la première fois, il arriva dans la ville du pays
C’était un jour de marché, il vit beaucoup de gens marcher
Et marchander : « cadeau y en a, cadeau y en a, y a bon »
Et chacun de remplir son panier
D’un peu de pollution, d’un petit peu d’indigestion, d’un peu d’aliénation et taxation du pays
Considérable
Sur ce sonna l’Angelus en même temps que le canon, un vieux canon
Tous les enfants du pays comme un seul se mirent au pas en plein marché
« Toute religion sert une politique », ces quelques mots à peine lancés
Powè fut emmené à plat ventre, sur le dos
Par les mercenaires du pays qui l’enfermèrent au cachot
Considérable, considérable
Et derrière les barreaux,
Powè se mit à chanter et il tomba beaucoup d’eau
Craignant une inondation, le geôlier supplia Powè de passer la frontière.
Et de frontière en frontière, Powè remarqua qu’à chacune de nos frontières arbitraires
Une armée de mercenaires s’entraine en chuchotant le nom de sa prochaine victime,
Quelqu’un que nous savons épris de paix et de liberté
La liberté
Un pays ami-ami remarqua que Powè avait de bons réflexes
L’engagea comme tirailleur, mais dès lors que l’on tire par réflexe
Il tombe toujours quelque chose
Parfois des gouttes d’eau, parfois un peu de sang
Un jour ce furent des gouttes d’eau, mais les 200 d’innocents…
Considérable
Grand par les sentiments, lassé de tirer ailleurs, le tirailleur
Powè pensa que la situation nécessitait qu’il revint tirer chez nous
« vivre sans vivre la libération de mon pays, ce n’est pas digne de moi »
Mais ces quelques mots à peine pensés, Powè sera pendu.
Tout le peuple s’assemble place de l’Indépendance autour de la potence
Powè chanta à pleine voix : « VIVRE SANS VIVRE LA LIBERTE DANS NOTRE PAYS CE N’EST PAS DIGNE D’UN PEUPLE CONSIDERABLE COMME NOUS »
Sur ce, la pluie redoubla de violence
Et dans la confusion qui suivit
On ne revit pas Powè
On ne revit pas Powè
Mais depuis ce jour-là un petit oiseau gris chante : « Powè, Powè »
Et il tombe de l’eau. Alors chacun se souvient :
« VIVRE SANS VIVRE LA LIBERTE DANS SON PAYS CE N’EST PAS DIGNE D’UN PEUPLE CONSIDERABLE».
Mais tout peuple est considérable
Considérable.